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Un médicament contre le VIH pourrait traiter des dommages au cerveau

Radiographie d'un cerveau lors d'un accident vasculaire cérébral (AVC)
Radiographie d'un cerveau lors d'un accident vasculaire cérébral (AVC) Photo: iStock
Renaud Manuguerra-Gagné

Des chercheurs californiens ont trouvé qu'un médicament déjà commercialisé pour traiter le VIH pourrait accélérer la rémission à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Cette découverte pourrait permettre de développer une première thérapie avec une cible moléculaire clairement définie dans les cas d'AVC.

Le cerveau est un organe fragile, et les dommages qu’il subit sont extrêmement difficiles à réparer. Dans le cas d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), il existe certains médicaments pour diminuer les dommages s’ils sont utilisés dans les heures suivant le trauma, mais aucun ne peut agir une fois que les neurones sont endommagés ou détruits.

Or, des chercheurs américains et israéliens ont découvert (Nouvelle fenêtre) qu’une molécule présente à la surface de certains neurones ou cellules immunitaires, nommée CCR5, avait un rôle néfaste dans la guérison du cerveau et que, quand son effet était bloqué chez des rongeurs, de nouveaux liens commençaient à apparaître entre les neurones des régions endommagées.

Cette étude va au-delà d’une observation de laboratoire faite sur des animaux, car il existe déjà un médicament commercialisé chez les humains qui cible cette même molécule. Plus encore, les chercheurs ont observé que des personnes qui étaient nées sans le gène produisant CCR5 se débrouillaient mieux lors de séances de réhabilitation après avoir subi un AVC.

Ces observations pourraient améliorer le traitement des dommages au cerveau.

Une molécule, plusieurs rôles

Le médicament en question, le maraviroc, est commercialisé pour le traitement du VIH. Le lien entre la maladie et CCR5 est simple : cette molécule est la cible principale du virus, qui s’en sert pour s’introduire dans les cellules immunitaires et les infecter.

Or, CCR5 ne se limite pas au système immunitaire. Dans le cerveau, elle joue un rôle dans l’apprentissage et la mémoire. Elle indique aussi aux neurones qu’il est temps d’arrêter de transmettre un signal.

Les chercheurs ont cependant remarqué qu’après un AVC, les niveaux d’expression de CCR5 augmentent considérablement dans le cerveau. Selon eux, cette activation diminue l’activité des neurones dans la région du cerveau qui a subi un dommage, leur évitant ainsi des dommages supplémentaires. Toutefois, si ce signal d'arrêt reste activé trop longtemps, les neurones ne seront pas en mesure de recréer des liens les uns avec les autres, ce qui empêchera le patient de se rétablir.

Pour vérifier s’il était possible de changer le cours des choses, les chercheurs ont administré du maraviroc à des souris trois semaines après un dommage au cerveau.

Même si ce délai entre le dommage et un traitement peut sembler une éternité, les chercheurs ont quand même vu une réponse bénéfique, ce qui n’avait pas été observé à un point aussi tardif jusqu’à maintenant.

Ils ont aussi observé que les neurones dans les régions endommagées produisaient plus de connexions avec leurs voisins. Le mécanisme par lequel cette régénération est possible n’est toutefois pas encore compris par les chercheurs, bien qu’il soit possiblement lié à la réaction inflammatoire.

De la souris à l’humain

Or, les chercheurs ne se sont pas limités à une étude sur des rongeurs; ils ont aussi remarqué que les êtres humains qui ne possèdent pas ce gène ont un avantage lorsqu'ils se remettent d’un AVC.

Environ 10 % de la population d’origine européenne possède une mutation qui élimine l’expression de CCR5. Cette mutation, qui protège entre autres du VIH, est d’ailleurs ce qu’a tenté de reproduire le chercheur chinois He Jiankui en décembre 2018 lors d’expériences de modifications génétiques faites sur des jumelles, expériences qui ont été largement condamnées par la communauté internationale.

Les chercheurs californiens ont donc étudié les données de 68 personnes ayant subi un AVC et qui étaient porteuses de cette mutation, et les ont comparées à 446 personnes qui ne l’étaient pas. Étonnamment, les personnes dépourvues de CCR5 récupéraient plus rapidement certaines capacités motrices ou cognitives dans l’année suivant l’AVC.

Ces améliorations restaient minces, mais selon les chercheurs, le simple fait qu’une différence existe grâce à cette mutation et sans autre intervention médicale est intéressant.

Les chercheurs sont actuellement en train de préparer une étude clinique où 30 personnes recevront du maraviroc quatre semaines après un AVC pour voir s’il est possible de reproduire ce traitement chez l’humain.

Établissement de santé

Science