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L’art culinaire s’affiche sur Instagram pour le meilleur et pour le pire

Une personne saupoudre de cacao un gâteau au chocolat en lisant les indications de la recette sur son cellulaire.
Les publications culinaires sur Instagram peuvent encourager une vision positive de l'alimentation. Photo: iStock / Ihor Smishko
Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

Sur le réseau social, des milliers de comptes font la promotion du plaisir de manger. Instagram est toutefois une arme à double tranchant pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire. Cet espace numérique peut-il en être à la fois la cause et le remède?

La créatrice de contenus Jessica Prudencio utilise Instagram comme moteur pour entretenir et pour promouvoir une relation plus positive avec la nourriture, elle qui a déjà souffert de troubles alimentaires.

Elle a lancé le compte @toutedansmesfesses (Nouvelle fenêtre) quelques mois après être sortie d’une période sombre de la maladie.

On y voit défiler des adresses gourmandes et des produits frais.

Je veux encourager les gens à se mettre moins de pression sur les épaules, à manger ce qu’ils veulent et à avoir du plaisir avec la bouffe.

Jessica Prudencio

La nutritionniste et docteure en nutrition Karine Gravel ne s’oppose pas à l’idée. Elle croit toutefois que les personnes entretenant une relation trouble avec la nourriture doivent analyser leur comportement pour déterminer si la consommation de ces contenus relève du contrôle ou du plaisir.

À ce jour, aucune donnée n’a établi de lien entre l’utilisation d’Instagram par des personnes souffrant de troubles alimentaires et l’émergence d’une curiosité saine de l’alimentation.

Selon Mme Gravel, tout dépend du stade du trouble alimentaire dans lequel l’individu se trouve.

Au moment où la personne est en symbiose avec la maladie, elle doit s’éloigner de l’information nutritionnelle. Puis, si elle sent qu’elle se trouve dans un meilleur état, elle peut réapprivoiser ces contenus avec précaution.

Entre plaisir et obsession

Selon ce qu’elle observe en clinique, Karine Gravel affirme que toutes les personnes traitées ont eu une période où elles cherchaient de l’information nutritionnelle en ligne. Cette recherche souvent compulsive devient alors l’un des symptômes de leur trouble alimentaire.

Un groupe d'amis prennent chacun une photo de leur assiette pleine dans un restaurant.Si nos sociétés valorisaient davantage la minceur il y a quelques années, la préoccupation grandissante pour la nourriture saine et naturelle expliquerait en partie l’apparition des troubles d’évitement et de gestion des aliments. Photo : iStock / twinsterphoto

La nutritionniste suggère aux patients de prendre un congé de ce type de contenus lorsqu’ils se trouvent au coeur de leur combat avec la maladie.

Si on sent que l’on va voir les images de nourriture dans un esprit de contrôle, la limite est dépassée. Par contre, si ça nous donne envie de cuisiner et de découvrir, on peut s’y adonner. Limiter le temps [qu’on y] consacre peut aussi être une option à considérer.

Karine Gravel

Elle rappelle que cette décision est individuelle. La question pertinente à se poser : suis-je en train de m’aider ou de me contrôler?

Elle note d’ailleurs que l'obsession de manger sainement guette les grands utilisateurs d’Instagram.

Selon une étude de la University College London publiée en 2017, une utilisation accrue d’Instagram est liée à l’apparition de symptômes d’orthorexie, une obsession à choisir le contenu de son assiette en fonction de la qualité nutritionnelle des aliments qui s’y trouvent.

Les publications de corps parfaits et de repas santé sur Instagram risquent d’attiser les symptômes de troubles alimentaires chez les personnes à risque, ajoute Karine Gravel.

Réapprendre à manger 2.0

Les gens qui suivent Jessica Prudencio en ligne lui font part de l’influence que ses publications ont sur leurs assiettes et leur rapport aux aliments.

Je reçois souvent des commentaires de jeunes filles qui me racontent que mon compte Instagram les aide à découvrir de nouveaux restaurants, mais aussi à sortir de leur zone de confort. Ça les aide à oublier de compter les calories, à arrêter de se culpabiliser pour ce qu’elles mangent et seulement à tirer du plaisir de la nourriture.

Jessica Prudencio

Le réseau social, en dépit de ses revers, reste un outil puissant pour éveiller la curiosité envers le monde culinaire, et ainsi rayer les calories de l’équation, considère Mme Prudencio.

Gabrielle Pellerin, chef pour Cook it, une entreprise de boîtes de repas prêts à cuisiner, partage la même passion pour la cuisine. Sur son compte Instagram, elle publie des photos de plats variés avec des liens vers les recettes.

La communauté Instagram, non seulement les influenceurs qui sortent au resto, mais aussi ceux qui cuisinent, ça incite les gens à découvrir, à s’ouvrir à d’autres modes culinaires comme le véganisme, à essayer de nouvelles recettes.

Gabrielle Pellerin

La curiosité pour les fourneaux

Instagram a changé la vie des chefs. C’est du moins ce que croit le chef de cuisine Romain Avril. Il explique que l’application a permis aux artisans de sortir de l’anonymat des cuisines pour créer des liens avec la communauté numérique et les clients.

Photo de Romain devant le bar du restaurantRomain Avril, chef exécutif dans un grand restaurant de Toronto Photo : Radio-Canada / Jean-François Benoit

Aux yeux de plusieurs, cette démocratisation de l’art culinaire donne envie de s’y adonner.

« Il y a vraiment un gain, un amour et une envie de la cuisine. Les chaînes de télévision et les émissions de cuisine ont aidé. Mais surtout Instagram. Ça permet de présenter et d’expliquer. Pour le client, il peut montrer ce qu’il sait faire et même le faire voir aux aux chefs. » - Romain Avril

Troubles alimentaires

Société