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Des pilules pour la mémoire?

Une souris blanche, sur une table, maintenue par la main gantée d'un scientifique.

Une souris de laboratoire

Photo : iStockphoto

Jean François Bouthillette

Des chercheurs torontois ont créé un médicament capable de rendre à des souris âgées la mémoire d'un jeune rongeur. Un premier pas, peut-être, vers la découverte d'un traitement contre les pertes cognitives liées au vieillissement, mais aussi à la dépression ou à la maladie d'Alzheimer.

Quelques minutes après l’injection du composé, les souris vieillissantes du laboratoire d’Etienne Sibille et Thomas Prevot réussissaient aussi bien que leurs congénères plus jeunes à des tests de mémoire.

Plus tôt, pourtant, elles montraient les signes clairs de troubles cognitifs dus à leur âge.

C’est exceptionnel, renverser des déficits de mémoire! On le voit rapidement : une demi-heure après avoir reçu ces nouvelles molécules qu’on a créées, les effets de l’âge, les déficits de mémoire importants avaient disparu.

Etienne Sibille, professeur au département de psychiatrie, pharmacologie et toxicologie de l’Université de Toronto
On voit M. Sibille et la collaboratrice debout, dans le laboratoire, en train de regarder une éprouvette en plastique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le professeur Etienne Sibille et une collaboratrice, dans son laboratoire du CAMH, le centre de recherche sur la toxicomanie et la santé mentale de Toronto.

Photo : Gracieuseté Etienne Sibille et Thomas Prevot

Au bout de plusieurs jours, les scientifiques ont constaté que le médicament avait modifié le cerveau des souris. « On a vu que le traitement avait un effet sur les neurones dans le cortex préfrontal, une région du cerveau très importante pour la cognition », souligne Thomas Prevot, chercheur postdoctoral au laboratoire d’Etienne Sibille, à Toronto.

« Avec l’âge, il y a une diminution structurelle de ces neurones, explique-t-il. Or, avec le composé qu’on a développé, on arrive à augmenter leur longueur et leurs connexions, en quelque sorte. »

Petits égarements et bruit de fond

Il en va des humains comme des souris : on constate parfois les effets très concrets du vieillissement de son cerveau. Quand on a plus de mal qu’avant à se souvenir d’un nom ou d’une idée, par exemple, ou à solutionner un problème simple.

C’est qu’avec le passage des années, le nombre et l’efficacité de certains neurotransmetteurs déclinent dans le cerveau, explique Etienne Sibille. Et la recherche indique que c'est directement lié au déclin cognitif.

Or, ces récepteurs nommés GABA (pour acide gamma-aminobutyrique) jouent un rôle important de petits chefs d’orchestre dans la matière grise. Ils ont pour fonction d’inhiber l’activité de certains neurones à certains moments clés : une réduction de la « cacophonie ambiante » qui facilite des tâches comme l’encodage ou la récupération de mémoires.

On voit des neurones au microscope.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Au microscope, les chercheurs ont observé des changements significatifs dans le cerveau des rongeurs. Leur composé avait renversé les effets de l'âge sur certaines cellules-clé

Photo : Gracieuseté Etienne Sibille et Thomas Prevot

« C’est un peu comme détecter un signal dans le bruit, explique le professeur Sibille : la clarté des mémoires est fonction du bruit de fond. »

Les molécules mises au point par son équipe et lui-même permettent justement cela : restaurer, dans un cerveau âgé, le taux de bruit de fond moindre qu’on trouve dans un cerveau jeune.

Vers un traitement chez l’humain

Dans un article qu’ils publient dans Molecular Neuropsychiatry (Nouvelle fenêtre), les chercheurs expliquent qu’ils ont modifié chimiquement des molécules bien connues – des benzodiazépines, couramment utilisées pour traiter l’anxiété – pour que leur action soit plus ciblée.

Ce sont ces nouveaux composés de leur cru qui, injectés ou donnés aux souris âgées de leur laboratoire, ont « rajeuni » leur cerveau.

On voit M. Prevot en train de faire des manipulations en laboratoire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Thomas Prevot, chercheur post-doctoral au CAMH et premier auteur de l'article

Photo : Gracieuseté Etienne Sibille et Thomas Prevot

Si ces résultats en laboratoire sont intéressants, il faut souligner qu’il s’agit d’une étape préliminaire sur la longue route qui pourrait mener à un médicament. Un comprimé à prendre quotidiennement à partir de la cinquantaine, par exemple, pour éviter le déclin cognitif dû à l’âge.

Les chercheurs poursuivent leurs travaux, espérant arriver à des essais cliniques d’ici deux ans.

Ils fondent aussi beaucoup d’espoir sur la capacité de ces molécules à prévenir, de la même manière, les pertes de mémoire associées à une grande quantité de maladies comme la dépression, l’épilepsie, la schizophrénie ou la maladie d’Alzheimer.

Le reportage de Jean François Bouthillette a été diffusé à l'émission Les années lumière, dimanche, à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

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