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À l'aube des élections, la désinformation dans la ligne de mire

Un homme glisse un bulletin de vote dans une boîte de scrutin.
Les Canadiens sont appelés aux urnes cet automne et seront inévitablement bombardés d'informations. Photo: Radio-Canada / ICI Radio-Canada
Hugo Prévost

Face aux menaces contre la légitimité du processus électoral, Élections Canada a renforcé son arsenal réglementaire et multiplié les outils pour garantir que les élections d'octobre prochain soient libres et justes. Les grands médias, de leur côté, sont invités à s'inspirer du modèle français pour amoindrir l'impact des fausses nouvelles circulant sur les plateformes numériques.

Dans le cadre d'une conférence intitulée Prévenir les menaces à l'approche des élections fédérales, organisée par la Fondation pour le journalisme canadien et tenue à la Maison de Radio-Canada, à Montréal, le rédacteur en chef adjoint de l'Agence France-Presse (AFP), Grégoire Lemarchand, et le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, étaient invités à discuter des menaces pesant sur la démocratie canadienne – et à suggérer des solutions.

De part et d'autre, le mot d'ordre est collaboration : collaboration entre médias pour torpiller les fausses nouvelles, à l'image de l'exercice CrossCheck tenu en France pendant la dernière élection présidentielle, mais aussi collaboration entre Élections Canada, les services de renseignement et les partis politiques pour protéger les renseignements personnels et empêcher les intrusions mal venues.

L'exemple français détonne, dans un contexte où les médias sont habituellement concurrents, et donc adversaires.

Lors de l'élection de 2017, et durant les 11 semaines qui ont précédé le deuxième tour de la présidentielle, une trentaine de médias, dont l'AFP, d'autres grands noms du journalisme français, mais aussi des publications plus modestes, ont collaboré pour déboulonner de fausses informations virales.

Comme l'a mentionné M. Lemarchand, l'idée est venue peu de temps après l'élection de Donald Trump, aux États-Unis, et après le référendum sur le Brexit, deux événements où l'influence des réseaux sociaux et des fausses nouvelles a surpris.

« [CrossCheck] était un travail collectif, mais il fallait une personne pour fournir une validation finale », mentionne le rédacteur en chef de l'AFP, dont l'agence a exercé ce rôle en raison de sa neutralité.

« Facteur de fiabilité »

Au total, cette collaboration a permis la publication de 67 articles. « Nous n'avons jamais fait d'erreur! », s'est enorgueilli M. Lemarchand.

« Il y avait des choses très légères [...], mais aussi des choses très graves, comme ces faux documents selon lesquels [Emmanuel] Macron disposait d'un compte offshore aux Bahamas ».

Pour M. Lemarchand, le succès de l'exercice a prouvé que « nous pouvions travailler ensemble ».

« C'est de la coopétition », a-t-il ajouté, en évoquant à la fois une coopération et une concurrence entre les médias. « Il s'agissait de faire oeuvre de service public. »

L'alliance entre les médias a été vue comme « un facteur de fiabilité et de crédibilité », a encore souligné le rédacteur en chef adjoint de l'AFP.

Ce dernier a toutefois déçu les partisans des théories de conspiration selon lesquelles Moscou et le président Vladimir Poutine sont les grands croquemitaines des élections occidentales.

« Nous sommes incapables de déterminer si un État est responsable » de la désinformation, a-t-il concédé, en invitant le public à abandonner ses « fantasmes d'usines à trolls ».

A-t-on besoin d'être sophistiqué? Non! La désinformation est si facile à produire...

Grégoire Lemarchand, rédacteur en chef adjoint de l'AFP

Collaboration et transparence

De son côté, le directeur général des élections du Canada, Stéphane Perrault, a dû reconnaître que l'approche collaborative adoptée par son organisation était quelque chose de nouveau pour une institution habituée de travailler de façon indépendante.

Cela dit, le nouveau contexte politique et surtout technologique pousse à forger de nouvelles alliances. Élections Canada multiplie donc les contacts avec d'autres instances gouvernementales (les services de renseignement, Affaires mondiales Canada, etc.), mais aussi avec les partis politiques et les grandes plateformes de médias sociaux.

De nouveaux éléments rendent les fausses nouvelles dangereuses.

Stéphane Perrault, directeur général des élections du Canada

Une stratégie étoffée

La stratégie d'Élections Canada s'articule autour de cinq points : la cybersécurité, la transparence des communications, le financement étranger, la gestion des renseignements et la gestion de l'identité dans un monde virtuel.

Le cas de Cambridge Analytica, où des renseignements personnels recueillis sur Facebook ont éventuellement été employés par le Parti républicain pour tenter d'avantager Donald Trump, inquiète d'ailleurs tout particulièrement M. Perrault.

Ce dernier déplore ainsi que les partis politiques aient seulement l'obligation de se doter d'une politique de gestion des renseignements personnels, sans devoir respecter de normes communes ou indiquer la manière dont seront utilisés les renseignements des électeurs.

Malgré tout, « on est en bonne posture, de façon générale » pour assurer la sécurité des élections, assure le patron d'Élections Canada.

M. Perrault est d'ailleurs un partisan indétrônable du vote sur bulletin en papier et du décompte des voix à la main.

Le directeur général y va toutefois d'une mise en garde : « Il faudrait être naïf pour penser qu'il n'y a pas de menace. »

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