•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Couper la forêt du mont Kaaikop ne serait pas rentable, selon une étude

Paysage montagneux en hiver.

Le mont Kaaikop est le deuxième sommet des Laurentides en matière de hauteur.

Photo : Coalition pour la préservation du mont Kaaikop

Andrée-Anne Côté-St-Laurent

Des citoyens et des écologistes se dotent d'une arme supplémentaire pour tenter de convaincre le gouvernement Legault de protéger le deuxième sommet des Laurentides en matière de hauteur. Une étude réalisée pour le compte de la Coalition pour la préservation du mont Kaaikop indique qu'il serait plus rentable, à moyen et à long terme, de le sauvegarder plutôt que d'y mener des coupes forestières intensives.

Depuis six ans, la Coalition pour la préservation du mont Kaaikop investit temps et argent pour documenter l’écosystème de cette montagne.

Selon son porte-parole et trésorier, Claude Samson, 82 000 $ ont déjà été amassés auprès de citoyens, de municipalités et d’organisations comme la Fondation David Suzuki pour financer diverses études.

« Nos craintes, c'est de ne pas être entendus par le gouvernement, explique M. Samson. Ce qu'on veut, c'est que les mentalités changent. »

Le mont Kaaikop héberge l’une des rares forêts anciennes des Laurentides. Selon les données recueillies par la Coalition, les deux tiers (67 %) des arbres y ont plus de 70 ans. Une partie d’entre eux auraient plus de 150 ans.

« Il faut changer nos façons de penser, croit Claude Samson. Il y a là un site de 40 kilomètres carrés, et cela, ce n’est rien pour le ministère [des Forêts, de la Faune et des Parcs]. Ils vont donner des droits de coupe ailleurs! Cela ne représente même pas 1 % du territoire à bûcher pour les forestières. »

La nouvelle étude, intitulée La valeur économique des écosystèmes du mont Kaaikop : une analyse de la contribution des écosystèmes et de la biodiversité au bien-être humain, détaille les biens et services que cette forêt offre naturellement :

  • production de produits forestiers ligneux;
  • régulation du climat global (séquestration et stockage du carbone);
  • habitat pour la biodiversité;
  • activités récréotouristiques;
  • valeur esthétique;
  • valeurs culturelles autochtones.

Les résultats montrent que le scénario de la coupe générerait seulement 300 000 $ de plus que le scénario contraire, soit 2,5 millions de dollars par rapport à 2,2 millions.

Toutefois, l’arrêt des coupes forestières sur le territoire étudié permettrait d’augmenter à long terme la valeur des services écosystémiques liés aux activités récréotouristiques, aux habitats pour la biodiversité, à la valeur esthétique et aux services culturels autochtones.

Le spécialiste de l’économie écologique Jérôme Dupras est l’un des coauteurs de l’étude.

« L'idée, c'est de se demander ce qu’on est prêts à faire pour 300 000 $. Est-ce qu’on est prêts à sacrifier les habitats naturels, le potentiel de développement futur des activités récréotouristiques pour ce petit gain? », demande-t-il.

Chevreuils, gibiers, orignaux, la montagne est en quelque sorte le garde-manger des chasseurs de la réserve mohawk de Tioweroton, à Sainte-Lucie-des-Laurentides, un territoire qui appartient aux nations mohawks de Kahnawake et de Kanesatake.

Dans une version antérieure de cet article, il était mentionné que le territoire de Tioweroton appartenait aux Mohawks de Kahnawake. Nous avons précisé qu'il appartient conjointement à Kahnawake et à Kanesatake.

Des conifères en hiver.

Le mont Kaaikop héberge l’une des rares forêts anciennes des Laurentides.

Photo : Coalition pour la préservation du mont Kaaikop

Créer une aire protégée

La nation mohawk appuie la demande de conversion en aire protégée pour le mont Kaaikop et ses forêts adjacentes.

Pour la fondation David Suzuki, la protection du mont Kaaikop est intéressante, puisque le site est accessible à une grande partie de la population.

« On crée des grandes aires protégées dans le nord, alors que dans le sud, où la biodiversité est la plus riche, nous n’avons qu’une fraction infime de protégée. […] Le projet de préserver une des dernières anciennes forêts du sud du Québec vaut son pesant d’or », lance le directeur général pour le Québec à la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand.

Selon le chercheur Jérôme Dupras, le gouvernement aurait jusqu’ici refusé de revoir ses plans de coupes afin de ne pas créer de précédent pour d’autres cas où des projets d’exploitation forestière sont contestés par des citoyens.

Par courriel, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) indique qu’il « souhaite travailler dans un esprit de collaboration avec les personnes et organismes intéressés à la préservation du mont Kaaikop afin de trouver une façon d’assurer le développement durable des ressources tout en considérant les préoccupations de toutes les parties interpellées ».

À cette fin, le ministère explique qu’une nouvelle consultation publique au sujet des Plans d’aménagement forestier intégré opérationnels des Laurentides sera lancée au printemps 2019.

Le MFFP précise qu’aucune opération d’aménagement forestier n’est prévue au mont Kaaikop dans le cadre de cette consultation. « Comme le Ministère s’y est engagé, il y aura des discussions en amont avec la Municipalité de Sainte-Lucie avant d’inclure ce secteur dans une éventuelle consultation. »

Commission Coulombe : des chercheurs déçus

L’un des chercheurs qui ont participé à l’étude, l’ingénieur forestier et professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, Christian Messier, déplore « le manque de progrès réalisés depuis le dépôt du rapport Coulombe en 2004 ».

Selon lui, la gestion des forêts publiques se fait de la même manière qu’il y a 20 ans. « Le but du MFFP, c’est de couper des forêts pour approvisionner les usines et il ne regarde pas les autres coûts », affirme M. Messier.

L’ingénieur et professeur demande au gouvernement de s’asseoir « humblement » avec les citoyens pour la préservation du mont Kaaikop, pour savoir ce qu’ils sont prêts à accepter comme récolte forestière, ainsi qu’avec les chercheurs comme lui.

« Venez nous voir, on va s’asseoir ensemble et on va trouver une manière de concilier ces demandes, lance-t-il. Actuellement, le gouvernement ne le fait pas et décide qu’on doit couper la forêt comme on l’a toujours fait. »

Christian Messier suggère d’exploiter certaines zones de manière plus intensive, mais d’en préserver d’autres comme le mont Kaaikop.

Protection des écosystèmes

Environnement