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De moins en moins de crevettes nordiques dans les filets

Un filet de pêche plein de crevettes
Un filet de pêche plein de crevettes Photo: CBC
Joane Bérubé

Les stocks de crevettes nordiques poursuivent leur décroissance. La mise à jour scientifique sur l'état des stocks confirme la tendance à la baisse dans trois des quatre zones de pêche. Les crevettiers doivent s'attendre à subir une autre baisse de quotas, la quatrième en quatre ans.

D’évidence, Pandalus Borealis, mieux connu sous le nom de crevette nordique, ne va pas bien et se porte même de plus en plus mal.

La diminution des stocks de crevettes nordiques s’est poursuivie en 2018 si bien que les stocks dans les zones Esquiman, Anticosti et Sept-Îles sont maintenant près des niveaux qu’ils avaient dans les années 1990.

Les scientifiques relèvent maintenant quatre ans de baisses consécutives.

Les prélèvements projetés par les biologistes du ministère des Pêches et des Océans (MPO) pour la prochaine saison sont donc en diminution.

Même si l’avis scientifique n’est pas le seul dont tient compte la Gestion des pêches du MPO pour déterminer les taux de prises autorisés, reste que les pêcheurs subiront une autre baisse en 2019. Les gestionnaires des pêches les ont rencontrés pour leur faire part de la situation au début de février.

Prélèvements projetés par les biologistes en 2019 :

  • 724 t dans la zone de l’Estuaire
  • 2658 t dans la zone de Sept-Îles
  • 4979 t dans Anticosti
  • 4930 t dans Esquiman

À titre comparatif, les prélèvements projetés en 2015 étaient de :

  • 1225 t pour Estuaire
  • 13 224 t pour Sept-Îles
  • 9511 t pour Anticosti
  • 8396 t pour Esquiman

L’an dernier, le taux de prises autorisées (TAC) dans la zone de Sept-Îles a diminué de 60 % tandis que les zones Esquiman et Anticosti ont subi des baisses de 15 %. Il devrait diminuer encore cette année, même si les stocks de ces deux zones sont considérés comme étant toujours dans la zone dite « saine ».

Toutefois, souligne Hugo Bourdages, biologiste à l'évaluation de stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne (IML), ces stocks sont à la porte de la zone dite de « prudence ».

Les stocks de Sept-Îles sont d’ailleurs dans cette zone de prudence pour une seconde année consécutive. La baisse du TAC dans la zone de Sept-Îles devrait en conséquence être plus importante que pour les stocks considérés comme en zone saine.

Des milliers de crevettes nordiques en gros plan Des crevettes nordiques Photo : Radio-Canada

Les relevés scientifiques et les résultats de la pêche de 2018 sont un peu plus encourageants dans la zone de l’Estuaire.

Hugo Bourdages explique par contre qu’il s’agit d’une petite zone où les scientifiques ont souvent noté de grandes fluctuations dans les données. Mais la grande tendance reste, comme dans les autres zones, une tendance à la diminution même s’il y a plus de variations entre les années, commente le biologiste.

La zone de l’Estuaire est tout de même passée cette année de zone de prudence à zone saine. L’an dernier, le TAC avait été abaissé de 74 % dans cette zone.

Une grande tendance

Les raisons qui expliquent ce déclin sont de plus en plus documentées.

Le réchauffement de l’eau dans les grandes profondeurs où vit la crevette est responsable de cette décroissance à laquelle s’ajoute la prédation par le sébaste, qui fait un grand retour dans le Saint-Laurent. On sait qu’à long terme ce ne sont pas des facteurs qui vont changer », relève Hugo Bourdages.

Crevettes nordiques pêchées dans l'Arctique canadienCrevettes nordiques pêchées dans l'Arctique canadien Photo : MPO - Claude Nozères

Les juvéniles se font également de plus en plus rares d’une année à l’autre. Les recrutements observés lors des derniers relevés sont inférieurs à la moyenne observée dans les 25 dernières années. Si on en voit moins cette année, il risque d’y avoir moins de crevettes adultes dans trois ou quatre ans, fait valoir Hugo Bourdages.

Les conditions environnementales sont défavorables présentement au succès de reproduction et à la vie de la crevette en général.

Hugo Bourdages, biologiste à l’évaluation des stocks à l’Institut Maurice-Lamontagne

La crevette est dans un environnement en grands changements, mais les scientifiques n’ont pas d’outils ni de modèles pour prédire son avenir dans le golfe, nuance Hugo Bourdages.

Quatre saisons de diminution

En 2018, 16 680 tonnes de crevettes ont été rapportées à quai. En 2017, c’était plutôt 22 431 tonnes. Il s’agit d’une diminution de 26 %.

Toutefois, si on compare 2018 avec 2015, il s’agit d’une baisse de 45 %. Les prises avaient alors atteint 30 367 tonnes. L'année 2015 fut la dernière bonne année de pêche à la crevette dans l’estuaire et le golfe.

Depuis, les débarquements n’ont cessé de diminuer.

Ces baisses ont un impact certain en Gaspésie où sont situées deux importantes usines de crevette, soit Marinard à Rivière-du-Renard et Crevette du Nord Atlantique à L’Anse-au-Griffon. L’an dernier, les travailleurs de ces deux usines ont transformé 11 millions de livres de crevettes.

Les crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries MarinardLes crevettes arrivent à l'usine des Pêcheries Marinard Photo : Myriam Fimbry

Il y a quatre ans, Pêches et Océans évaluait que l’industrie de la pêche à la crevette de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent générerait près de 2000 emplois directs.

La crevette demeure tout de même une des trois pêcheries les plus importantes du golfe avec le homard et le crabe.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Industrie des pêches