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Pas de permissions de sorties pour l'assassin de Brigitte Serre

L'adolescente Brigitte Serre avait participé à une émission du défunt réseau TQS peu de temps avant son meurtre, commis par Sébastien Simon.

L'adolescente Brigitte Serre avait participé à une émission du défunt réseau TQS peu de temps avant son meurtre, commis par Sébastien Simon.

Photo : La Presse canadienne / TQS

Radio-Canada

Malgré son cheminement et ses efforts de réhabilitation en prison, Sébastien Simon n'a pas convaincu la Commission canadienne des libérations conditionnelles qu'il est prêt à obtenir des sorties supervisées du pénitencier où il purge une peine de prison à vie pour le meurtre gratuit de Brigitte Serre en janvier 2006.

Un texte d'Isabelle Richer

Le meurtre d'une violence inouïe de l'adolescente de 17 ans avait secoué tout le Québec, le 25 janvier 2006. Sébastien Simon et deux complices avaient décidé de dévaliser la station-service de Saint-Léonard où le jeune homme avait travaillé pendant une semaine. Il venait tout juste d'être congédié.

Ce soir-là, un des complices, Tommy Gagné, attache la jeune femme pendant que Sébastien Simon sert les clients qui ne se doutent de rien.

La victime réussit à se défaire de ses liens alors que Simon se rend à l'arrière du magasin. Elle reconnaît son assaillant, qui la poignarde à 72 reprises.

Les trois complices se sont enfuis avec leur butin, ont retenu les services de prostituées et ont fait la fête durant la nuit. Sébastien Simon, qui avait tout juste 18 ans, est ensuite allé se faire tatouer « Born to kill, born to die » sur les avant-bras, avant de sauter dans un autobus pour Edmonton. C'est là que les policiers l'ont arrêté avant de le ramener à Montréal.

La preuve contre le jeune homme était accablante et ses deux complices avaient décidé de témoigner contre lui. Sébastien Simon a choisi de plaider coupable au meurtre prémédité de Brigitte Serre, recevant automatiquement une peine de prison à vie avec un minimum de 25 ans à purger.

Choc pour la famille

À peine 13 ans plus tard, Bruno Serre, père de la victime, Darlene Ryan, sa femme, ainsi que Anna-Lisa Repele, mère de la victime, ont été estomaqués d'apprendre que l'homme, aujourd'hui âgé de 31 ans, pouvait faire une demande de permissions de sorties avec escorte (PSAE). Il ne s'agit pas d'une libération conditionnelle, mais d'un programme qui s'inscrit dans une démarche de réhabilitation pour favoriser la réinsertion sociale des délinquants.

Sébastien Simon souhaitait avoir droit à quatre sorties supervisées par le Service correctionnel, accompagné en tout temps par un agent correctionnel.

Son objectif? Aller rendre visite à sa femme. Dans des circonstances qui n'ont pas été expliquées à l'audience, le jeune homme a rencontré sa conjointe en décembre 2016, l'a épousée en mars 2017, et le couple se voit depuis ce temps dans le cadre de la vie carcérale.

Les membres de la famille de la victime déplorent de ne pas avoir été informés de cette situation. Ils l'ont appris à l'audience.

D'ailleurs, les proches de Brigitte Serre estiment que les droits des victimes évoluent bien lentement. Ils ont eu l'occasion de s'adresser à tour de rôle aux commissaires pour exposer les conséquences du crime sur leur vie et s'opposer à la demande de sorties supervisées du détenu.

Brigitte n'a pas eu le droit à une deuxième chance, elle. Chaque moment de bonheur est assombri par son absence.

Amélie Serre, soeur de la victime, dans une lettre lue lors de l'audience

Vie de violence et de rejet

Sébastien Simon a eu parcours misérable. Issu d'une famille d'alcooliques, il a été victime de violence de la part de son père et il a été retiré de son milieu familial et placé en centre d'accueil à l'âge de 9 ans. Il n'a connu que des situations de rejet et d'abandon. Rapidement, il a commencé à commettre des crimes pour aller chercher une forme de valorisation auprès des autres jeunes.

Les choses se sont aggravées et il a été condamné à quelques occasions à des peines en centre jeunesse.

À 18 ans, il venait tout juste de sortir du centre jeunesse quand il a commis son crime le plus grave, le meurtre de Brigitte Serre.

Depuis sa détention, il a déjoué tous les pronostics, a fait valoir son avocate, Me Isabel Simao. Il a suivi tous les programmes pour comprendre l'origine de sa criminalité, pour contrôler son impulsivité. Il a fait des études secondaires et a suivi plusieurs cours pour obtenir un diplôme en réseautique, afin de favoriser son retour en société, bien qu'il sache que le chemin sera long.

Les deux commissaires qui ont entendu sa demande ont rappelé que la Commission est là pour évaluer le risque que pose un détenu s'il est réinséré en société.

Elles ont reconnu les efforts considérables de Sébastien Simon et l'ont félicité de son cheminement. Mais l'homme part de loin et son évaluation psychologique montre encore un risque de récidive modéré et un potentiel de réinsertion sociale lui aussi modéré.

Les deux commissaires ont conclu que la demande de Sébastien Simon est prématurée et l'ont rejetée.

Elles ont aussi rappelé aux membres présents à l'audience que Sébastien Simon pourra demander une révision judiciaire dans deux ans. Il s'agit d'une disposition du Code criminel, abolie depuis, mais de laquelle il peut se prévaloir. Il pourra ainsi s'adresser à un jury pour tenter d'obtenir une libération conditionnelle après 15 ans de détention plutôt que les 25 ans fermes prévus par la loi.

Le détenu s'y prépare déjà. Et la famille de Brigitte Serre promet de s'y opposer avec fermeté.

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