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Comment une petite ville de la Pologne est devenue l’épicentre européen du sport électronique

Des spectateurs assis dans un auditorium assistent à un match de sports électroniques.

Les spectateurs étaient nombreux à assister à la première journée de quarts de finale au stade Spodek.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Catherine Marineau-Dufresne

Rien ne destinait la Pologne à jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale du sport électronique. Grâce à un heureux hasard, une ville de 300 000 habitants au passé ouvrier est devenue le lieu de rendez-vous des meilleurs joueurs de Counter Strike: Global Offensive (CS:GO) au monde.

Le tournoi des Intel Extreme Masters (IEM) de Katowice, dans le sud de la Pologne, présente cette semaine les matchs finaux de la saison de ce jeu de tir à la première personne, vendu à plus de 25 millions d'exemplaires dans le monde. Plus de 100 000 visiteurs sont attendus à l'événement, ce qui représente le tiers de la population locale.

Comment une ville de région est-elle devenue un arrêt incontournable du sport électronique en Europe? Grâce au flair d'un conseiller municipal! Il est tombé en 2012 sur un article concernant la popularité grandissante des sports électroniques. L’expert interviewé portait un nom polonais : Michal Blicharz.

À cette époque, la ville cherchait à moderniser ses activités et le conseiller municipal a décidé d'approcher M. Blicharz sur les réseaux sociaux.

Je suis fréquemment sollicité sur les réseaux sociaux et je porte rarement attention aux messages d’inconnus que je reçois, explique le vice-président Pro Gaming à la Ligue de sport électronique (ESL) Michal Blicharz. Cette fois-là, ma curiosité a toutefois été piquée.

Cet échange en ligne a jeté les bases de la collaboration entre la municipalité et la compagnie de production d’événements de sports électroniques, que la mairie a récemment décidé de renouveler jusqu’en 2023.

Un athlète de esports est assis devant un écran d'ordinateur lors d'un match du jeu Counter Strike : Global Offensive.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une équipe du jeu CS:GO lors des qualificatifs le 21 février 2019 à Katowice.

Photo : ESL / Adela Sznajder

Une ville en transformation

La décision d’installer l’équivalent du Super Bowl de CS:GO à Katowice rend l’événement encore plus significatif aux yeux de Michal Blicharz, un ancien capitaine d’une équipe de jeux vidéo plusieurs fois championne en Pologne. Il a grandi à 160 km de là. Son père a autrefois travaillé dans les mines de charbon de la région.

C’était la meilleure solution pour la ville, qui voulait changer son image de centre industriel.

Michal Blicharz

Ce passé minier est encore visible dans les quartiers ouvriers en périphérie du centre-ville historique, où défilent de petits bâtiments de brique. Deux mines ont été transformées en musées. L’un a réhabilité une ancienne tour d’extraction pour en faire un point d’observation de la ville, et l’autre est un site commémoratif des victimes du massacre de Wujek, lors duquel neuf travailleurs ont été tués au moment où des policiers tentaient de mettre fin à une grève ouvrière, en 1981.

Grâce au succès du tournoi, les installations de Katowice se sont modernisées et multipliées, permettant à d’autres événements d’envergure, comme la conférence des Nations unies sur le climat, la COP24 de décembre 2018, de se dérouler à la fois dans le stade Spodek et un très moderne palais des congrès situé à un jet de pierre de là.

Vue d'ensemble du Spodek, un stade à la forme d'un cône tronqué à l'envers pouvant accueillir 12 000 personnes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Spodek est considéré comme l’un des monuments architecturaux les plus iconiques en Pologne. Le stade aux allures d’OVNI peut accueillir 12 000 personnes.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Une idée aussi ambitieuse que risquée

Même si l’histoire a donné raison aux organisateurs des IEM, le pari était risqué. Les compétitions de sports électroniques ont l’habitude de se tenir dans les grandes métropoles du monde, comme Shanghai, Los Angeles, Paris, Sydney et Moscou.

C’était une idée qui semblait irréaliste au départ, se souvient Michal Blicharz. Il fallait qu'elle ait un sens à nos yeux, mais aussi pour nos commanditaires, qui n’avaient pas nécessairement prévu investir en Pologne.

C’est là que la collaboration avec la municipalité a pris toute son importance, car les élus ont pu à la fois négocier avec les partenaires et offrir de bonnes conditions de location aux organisateurs.

L'ampleur de l'idée a aussi longtemps effrayé les organisateurs. Le stade de Katowice compte 12 000 places assises, soit 10 fois le nombre de spectateurs que les événements de la ESL avaient l’habitude d’attirer à l’époque.

La station de tram Rondo, devant laquelle on peut voir un train rouge immobilisé.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La station de tram Rondo, située à côté du site des IEM.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

La marche était haute, mais le comité organisateur a réagi en conséquence, soit en instaurant un système de billetterie très avantageux, qui donne accès gratuitement aux gradins, mais permet de payer pour obtenir un accès prioritaire.

Le soupir de soulagement a été exhalé le 17 janvier 2013, alors que les spectateurs faisaient la file par milliers, malgré le froid, pour la première journée de compétition de ce qui allait devenir le plus vieux tournoi toujours actif de l’histoire du jeu vidéo.

Conscients de la formule qui a permis de faire des IEM Katowice un succès, les organisateurs continuent de respecter la tradition d’offrir l’entrée gratuitement aux fans.

Une tradition de renommée mondiale

Les affrontements au tournoi de Katowice s’étalent cette année sur deux fins de semaine et offrent également aux spectateurs des matchs de StarCraft II et de Fortnite. Les meilleures équipes de CS:GO se partageront un total de 1 million de dollars américains.

Chaque année, les visiteurs se comptent par dizaines de milliers et les spectateurs en ligne par dizaines de millions.

Un immense trophée gonflable où il est inscrit Intel Extreme Masters se tient au centre d'un carrefour où circulent de nombreux piétons, à Katowice, en Pologne.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plus de 100 000 visiteurs sont attendus à Katowice pour les Intel Extreme Masters, soit le tiers de la population locale.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Le vice-président de la ESL Michal Blicharz est fier de voir que les efforts de son équipe ont porté leurs fruits depuis six ans.

C’est facile de sentir la magie dans l’air à Katowice, explique-t-il avec un grand sourire. Les amateurs ont bâti une culture forte ici, l’ambiance est unique, et ce ne sont pas tous les arrêts du circuit des sports électroniques qui y arrivent.

La dimension unique de l’événement est entre autres attribuable à la présence d’exposants en marge des compétitions professionnelles, qui offrent des activités pour tous les goûts et tous les âges.

Le signe ultime de succès réside peut-être dans les anecdotes que les représentants de la ville racontent en rigolant. Plusieurs ont confié à Michal Blicharz qu’ils se sont fait aborder pour parler de sports électroniques lors de séjours à l’étranger à la mention du nom de Katowice.

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