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L'Académie française accepte finalement la féminisation des noms

Les auteurs français Maurice Druon, Erik Orsenna and Bertrand Poirot-Delpech, en juin 1999, à la bibliothèque de l'Académie française.
Pendant des siècles, l'Académie française n'a eu que des hommes parmi ses membres. Photo: Getty Images / AFP / Pierre Verdy
Radio-Canada

Après avoir longtemps refusé de céder, l'Académie française a finalement donné jeudi son feu vert à la féminisation des noms de professions. Des termes comme « professeure », « autrice » ou « auteure », « ingénieure », « présidente » ou encore « cheffe » y sont maintenant acceptés.

Il n'existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions, ont convenu les académiciens, qui ont approuvé à une large majorité un rapport en ce sens.

Gardienne sourcilleuse du bon usage de la langue française, l'Académie examinait jeudi un rapport préconisant la féminisation des noms de métiers, sujet longtemps tabou au sein de l'institution fondée au 17siècle par Richelieu.

« S'agissant des noms de métiers, l'Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd'hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées », souligne le rapport rédigé par une commission présidée par l'historien Gabriel de Broglie, 87 ans, et composée de la romancière et essayiste Danièle Sallenave, du poète d'origine britannique Michael Edwards, et de l'écrivaine et biographe Dominique Bona.

C'est donc un virage à 180 degrés que l'Académie effectue. Il y a seulement cinq ans, en 2014, l'institution affirmait que l'Académie rejetait « un esprit de système qui tend à imposer, parfois contre le vœu des intéressées, des formes telles que professeure, recteure, sapeuse-pompière, auteure, ingénieure, procureure [...] qui sont contraires aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables barbarismes ».

Par ailleurs, en 2017, l'Académie française avait adopté à l'unanimité sa position contre l'écriture inclusive, que l'institution considérait comme un « péril mortel » pour la langue française. Une position qu'appuyait le seul Québécois membre de l'Académie, Dany Laferrière.

Une féminisation commune au Québec

Si la féminisation des noms de métiers est déjà en vigueur au Québec et dans plusieurs pays francophones comme la Belgique, la Suisse, ce n'est pas vraiment le cas en France.

Dans plusieurs séries télévisées traduites en français dans l'Hexagone, comme Borgen ou la série pour enfants créée au Canada en anglais La Pat'Patrouille, les termes « madame le premier ministre » ou « madame le maire » sont utilisés.

L'Académie accepte également « auteure », « autrice » et « écrivaine ». « L'emploi de ces formes en "eure", qui fait débat et cristallise certaines oppositions au mouvement naturel de la féminisation de la langue, ne constitue pas une menace pour la structure de la langue ni un enjeu véritable du point de vue de l'euphonie, à condition toutefois que le "e" muet final ne soit pas prononcé. »

En 1997, Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l'Académie française, estimait que les mots « auteure », « professeure » ou « écrivaine » n'avaient pas « une grande chance d'acclimatation en France et dans le monde francophone ».

« Cheffe » et « présidente », reconnus

Même le mot « cheffe » a retenu l'attention de l'Académie. « Si l'on ne peut soutenir que cette forme appartient au bon usage de la langue, il paraît également difficile de la proscrire tout à fait étant donné le nombre d'occurrences rencontrées dans les sources que la commission a pu consulter », constate le rapport.

Alors que dans l'édition en cours du dictionnaire de l'Académie, le mot présidente ne désigne que la femme d'un président (comme ambassadrice qui désigne la femme d'un ambassadeur), le rapport indique que « si les Français décidaient de porter une femme à la présidence de la République, on voit mal quelle raison pourrait s'opposer à l'emploi de la forme féminine de présidente. On peut également supposer que première ministre s'imposerait aussi aisément en français que chancelière, pour désigner la femme placée à la tête du gouvernement de la République fédérale d'Allemagne », soutient le rapport.

Avec les informations de Agence France-Presse

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