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Comment la tragédie des Broncos a-t-elle bouleversé l'industrie du camionnage?

Un poids lourds sur l'autoroute 20 à Lévis.

La tragédie des Broncos de Humboldt a changé le visage de l'industrie du camionnage au Canada.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Jaskirat Singh Sidhu, le responsable de la collision entre son semi-remorque et l'autocar de l'équipe des Broncos de Humboldt, a reçu un total de deux semaines de formation pour apprendre à conduire un véhicule lourd avant de s'aventurer seul sur la route. Une fois rendue publique, cette information a mené à beaucoup de questions au sujet de la formation et de la réglementation de l'industrie du camionnage en Saskatchewan, comme ailleurs au pays.

« Je peux vous dire ceci : deux semaines après le tragique accident des Broncos de Humboldt, les ministères des Transports du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta ainsi que l’industrie du camionnage planifiaient déjà de rendre la formation des camionneurs obligatoire », souligne Ahmed Shalaby, professeur d'ingénierie civile à l’Université du Manitoba.

Une opinion que partagent le ministre responsable de la Société d’assurances de la Saskatchewan (SGI), Joe Hargrave, et le ministre des Transports de l'Alberta, Brian Mason. La tragédie aura propulsé à l’avant-plan l’urgence d’agir à cet effet.

Le ministre responsable de la Société d'assurance de la Saskatchewan (SGI), Joe HargraveAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre responsable de la Société d'assurance de la Saskatchewan (SGI), Joe Hargrave a annoncé la formation obligatoire pour les conducteurs de semi-remorques lundi,

Photo : Radio-Canada

« Aucun d’entre nous ne voudrait être à bord d’un avion avec un pilote sans formation, même s’il possède un permis de pilote (...) et aucun d’entre nous ne veut être sur la route si nous savions que certains conducteurs de poids lourds n’ont pas reçu de formation », affirme M. Shalaby.

À l’été 2018, l’Alberta s’est engagée à rendre la formation obligatoire pour l’obtention des permis de conduire de classe 1 à compter du 1er mars 2019. La Saskatchewan lui a emboîté le pas, elle aussi, en annonçant en décembre 2018 que la formation deviendra obligatoire pour obtenir un permis de conduire de classe 1 à compter du 15 mars 2019.

Le Manitoba a fait de même, le 26 mars dernier, en rendant obligatoire la formation de 121,5 heures pour les apprentis conducteurs du permis de conduire de classe 1. Selon les informations de CBC, le ministre de l'Infrastructure du Manitoba, Ron Schuler, a déclaré que la tragédie des Broncos de Humboldt a fait en sorte que l'instauration d'une telle mesure « soit nécessaire ».

Des règles différentes d’est en ouest

Toutefois, tous les gouvernements provinciaux n'ont pas instauré la formation obligatoire pour obtenir les permis de conduire de classe 1. Les camionneurs de partout au pays, eux, peuvent se retrouver à effectuer des trajets interprovinciaux, avec ou sans formation obligatoire.

Heures de formation requises pour obtenir un permis de conduire de classe 1 par province et territoire :

  • Colombie-Britannique : 104 heures
  • Alberta : 113 heures
  • Saskatchewan : 121,5 heures
  • Manitoba : 121,5 heures
  • Ontario : 103,5 heures
  • Québec : aucune. Si la formation est suivie, elle exige 40 heures en école de conduite et 300 heures sur la route durant un stage
  • Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut : aucune

Au Nouveau-Brunswick, « il n’y a actuellement aucun nombre minimum d'heures de formation exigée pour obtenir un permis de classe 1 », indique une porte-parole du gouvernement, Alexandra Davis, dans un courriel à Radio-Canada. « Bien qu'il ne soit pas nécessaire qu'un conducteur s'exerce avant de passer l'examen sur la route, il serait très rare qu'un conducteur complète les tests écrits et tente immédiatement l'examen routier par la suite », ajoute-t-elle.

« Nous collaborons avec l'industrie du camionnage et d'autres intervenants pour examiner les exigences en matière de formation des conducteurs de véhicules utilitaires au Nouveau-Brunswick », souligne Alexandra Davis.

La formation n’est pas non plus obligatoire à l’Île-du-Prince-Édouard, selon le registraire des véhicules à moteur de la province, Doug MacEwen. Des écoles de conduite agréées par la province offrent des formations à ceux qui veulent en suivre. « Cependant, il serait pratiquement impossible pour quelqu'un de satisfaire à toutes les exigences sans formation et expérience pratique », souligne-t-il dans un courriel.

De toutes les provinces qui exigent la formation obligatoire pour les conducteurs de poids lourds, c’est en Saskatchewan et au Manitoba que ces formations sont les plus longues, avec 121,5 heures de cours.

121,5 heures de cours, est-ce suffisant?

Pour déterminer le nombre d'heures de formation nécessaires pour les nouveaux conducteurs de camion semi-remorque, la Société d'assurances du gouvernement de la Saskatchewan dit avoir consulté « des intervenants provinciaux et fédéraux de l'industrie du camionnage, des écoles de formation pour camionneurs en Saskatchewan, et ses homologues d'ailleurs », affirme un porte-parole de la SGI, Tyler McMurchy.

« Une fois que nous avons isolé les compétences nécessaires [énumérées dans les normes nationales de la profession de routiers professionnels] pour les débutants, nous avons déterminé le temps qu’il faudrait pour enseigner chaque compétence », ajoute-t-il.

Russell Dueck, instructeur et propriétaire de l’école de conduite Total Truck Driving, à Rosthern, en Saskatchewan, se dit satisfait de la nouvelle formation obligatoire en vigueur dans la province.

« Il y a des gens qui assistent aux cours qui ont déjà une bonne idée de ce que ça implique », poursuit M. Dueck. « Il se peut que ce soit difficile de les mettre au défi, mais pour d’autres, [121,5 heures] ce n’est peut-être pas suffisant. »

Selon Russell Dueck, il faudrait un peu plus d’un mois pour terminer la formation à temps plein, et environ deux mois à temps partiel.

« Le programme de formation de la Saskatchewan demeure de courte durée », affirme pour sa part le chercheur en sécurité routière et professeur associé à l'Université de la Saskatchewan Alexander Crizzle.

Selon lui, les chauffeurs débutants sont les plus enclins à avoir des accidents de la route « parce que les formations qu'ils ont en ce moment ne sont probablement pas adéquates ».

« Ils n'ont pas suffisamment d'expérience en matière de conduite dans toutes sortes de conditions routières », souligne-t-il, mais aussi de conduite en transportant des charges de cargaisons différentes. « Parfois, cela prend plus de temps pour se sentir vraiment à l'aise en tant que conducteur de poids lourds, car plusieurs manœuvres sont assez complexes et nécessitent davantage de pratique. »

Les propos du président de l’Alliance canadienne du camionnage (ATC), Stephen Laskowski, sont similaires. « L'ATC n'est pas d'avis que la collision des Broncos de Humboldt aurait pu arriver à n'importe quel conducteur de camion semi-remorque », conclut-il.

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