•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Trudeau en « réflexion » quant au sort de Wilson-Raybould

Gros plan de Justin Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau, lors de la conférence de presse tenue jeudi au siège de l'Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau reste imperturbable au lendemain du témoignage percutant de son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, tandis que les partis d'opposition, leurs couteaux bien affûtés, participent à un débat d'urgence ce soir aux Communes.

Interrogé en marge d'une annonce faite jeudi à l’Agence spatiale canadienne, M. Trudeau a une fois de plus évité de se prononcer sur le sort de la députée libérale de Vancouver Granville, et n’a pas répondu directement aux questions qu’elle a soulevées en avançant qu’elle avait été victime de pressions « inappropriées » pour éviter que SNC-Lavalin ne subisse un procès criminel.

« J'ai pris connaissance de son témoignage, il y a encore des réflexions à avoir par rapport à son statut à l'intérieur du caucus », a-t-il commenté lorsqu’on lui a demandé si Mme Wilson-Raybould allait être expulsée du caucus ou autorisée à briguer à nouveau les suffrages sous la bannière libérale l’automne prochain.

La principale intéressée indique depuis des jours qu'elle demeure membre du caucus libéral. Elle a précisé mercredi qu'elle ne s'attendait pas à être exclue du caucus.

M. Trudeau a maintenu que Mme Wilson-Raybould avait perdu ses fonctions de ministre de la Justice et procureure générale du Canada pour la seule et unique raison que le départ du président du Conseil du Trésor avait rendu un remaniement ministériel nécessaire.

L’ex-ministre a plutôt argué lors de son témoignage devant le comité de la justice que son départ s’expliquait par sa résistance aux pressions « constantes et soutenues » exercées sur elle par les bureaux du premier ministre, du ministre des Finances et du Conseil privé dans l’affaire SNC-Lavalin.

Le premier ministre a plutôt réitéré, comme il l’avait dit mercredi soir, que son équipe a toujours agi de façon « appropriée et professionnelle » dans ce dossier, et qu’il est en « désaccord » avec l’interprétation des faits offerte par son ancienne ministre. Il n'a pas précisé sur quels aspects il était en désaccord avec elle.

Comme Mme Wilson-Raybould l’a dit elle-même, je lui ai dit à plusieurs reprises que c’était sa décision, et sa décision seule à prendre. Mais nous savons qu’en tant que gouvernement, les Canadiens s’attendent à ce qu’on soit toujours en train de chercher des façons de protéger des emplois.

Une citation de : Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Justin Trudeau a aussi réitéré qu’il faisait confiance au commissaire à l’éthique et au comité de la justice pour trancher ce qu’il a qualifié de « désaccord entre politiciens » ou de « désaccord sur les perspectives ».

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a pour sa part défendu ses employés, et notamment son chef de cabinet, Ben Chin, qui a tenté de s'ingérer dans le dossier, selon le témoignage de Mme Wilson-Raybould.

« Mon personnel, de façon appropriée, informait son personnel des conséquences économiques de ses décisions, de l'importance de penser aux emplois », a-t-il commenté.

Débat d'urgence aux Communes

Les partis d’opposition n’entendent pas lâcher le morceau pour autant. La période de questions tenue en après-midi à la Chambre des communes a été dominée par ce seul enjeu. En l'absence de Justin Trudeau, il est revenu à la leader du gouvernement, Bardish Chagger, de défendre la position de son parti.

Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique ont par ailleurs demandé et obtenu qu'un débat d’urgence sur toute l’affaire se tienne en soirée. Les échanges ont eu cours jusqu'à minuit, mais en l'absence de tous les chefs de partis.

Depuis le témoignage de Mme Wilson-Raybould mercredi, le chef conservateur Andrew Scheer réclame la démission du premier ministre Trudeau et du greffier du Conseil privé, Michael Wernick, qui a aussi été accusé d'avoir exercé des pressions inappropriées sur l'ex-ministre.

Le Nouveau Parti démocratique continue pour sa part de demander une enquête publique dans cette affaire. Une motion en ce sens a déjà été battue la semaine dernière aux Communes.

Analyse avec Madeleine Blais-Morin et Michel David

Scheer demande à la GRC d'enquêter

Andrew Scheer a par ailleurs dévoilé jeudi le contenu d'une lettre qu'il a envoyée à la commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Brenda Lucki, pour demander une enquête « juste et exhaustive sur tout acte criminel potentiel » dans le dossier de SNC-Lavalin.

Il y souligne que le Code criminel stipule qu'il est interdit de « commettre des actes avec l'intention de faire peur au procureur général » et de « tenter de faire obstruction au cours de la justice ou de le défaire ».

Selon lui, les allégations des médias, ainsi que les témoignages de M. Wernick et de Mme Wilson-Raybould, font craindre « que le droit pénal a été enfreint ».

Ce sont des allégations extrêmement graves. Et je n'écris pas ces mots à la légère. Cependant, l'affaire en question semble être une infraction flagrante à la loi.

Une citation de : Andrew Scheer, chef du Parti conservateur, dans une lettre envoyée à la GRC

Plus tôt dans la journée, la GRC a refusé de dire si elle enquêtait dans ce dossier. « La GRC ne peut confirmer ni infirmer l'existence d'une enquête criminelle, à moins que des accusations ne soient déposées », a fait savoir la police fédérale dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

M. Trudeau a soutenu qu'aucun membre de son entourage n'a « à [sa] connaissance » été contacté par la GRC.

Entrevue avec Martine Valois et Jennifer Quaid

Inquiétude à l'Assemblée nationale

À Québec, le premier ministre François Legault n'a pas voulu se prononcer sur ce qui a pu se passer entre M. Trudeau et Mme Wilson-Raybould. Il a toutefois réitéré qu'il était inquiet pour SNC-Lavalin, qui pourrait être privée de contrats publics pendant 10 ans si elle devait être reconnue coupable de fraude et de corruption.

« La situation demeure très inquiétante, parce que le prix de l'action a baissé, il n'y a pas d'actionnaire de contrôle, a-t-il déclaré. Si, effectivement, SNC-Lavalin ne peut pas avoir de contrats publics pendant 10 ans, si le procès dure deux, trois ans, effectivement ça crée des gros problèmes et des gros risques pour l'emploi. »

Sa ministre de la Justice, Sonia LeBel, a aussi prudemment exprimé des craintes dans la foulée du témoignage de Mme Wilson-Raybould. « Je suis plutôt inquiète pour le respect de nos institutions. Si ce qu’on allègue est vrai, c’est effectivement inquiétant qu’on ait fait des pressions, et ça, ça m’inquiète grandement », a-t-elle commenté.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !