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Analyse

Il y a 6 ans, Benoît XVI quittait ses fonctions

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 28 février 2013, un hélicoptère blanc survolait le Vatican et puis tout Rome, avant de disparaître à l'horizon. À son bord, c'est un pape vieilli et épuisé qui quitte ses fonctions. Benoît XVI s'envolait pour Castel Gandolfo, la maison d'été des papes.

Un hélicoptère Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'hélicoptère qui a transporté Benoît XVI vers Castel Gandolfo, la maison d'été des papes, le 28 février 2013.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Michael Sohn

Je me souviens de ces minutes étranges : Benoît XVI qui salue une dernière fois les gens de son entourage, émus, perplexes. Pourquoi quitte-t-il ses fonctions? On n’avait pas vu ça depuis des siècles! Le moment est grave et inusité.

À 20 h, ce soir-là, le siège du successeur de Saint-Pierre se retrouve vacant. Se mettent en marche alors les traditions et les procédures minutieusement prévues dans la Constitution apostolique qui mènent tout droit à un conclave et à l’élection d’un nouveau pape. Sauf que le pape n’est pas mort. Il n’y aura pas de deuil. Ni de cérémonie larmoyante.

L’étrange vide laissé par Benoît XVI

Dans les jours qui suivent, tous les matins, les cardinaux qui arrivent à Rome les uns après les autres traversent les barrières bien gardées place Saint-Pierre pour participer à de grandes réunions et à de profondes réflexions sur la situation de l’Église.

Les journalistes qui affluent par centaines sont évidemment tenus à l’écart, mais des échos nous parviennent malgré tout. Au-delà du jeu des spéculations sur le successeur de Benoît XVI, quelque chose de plus important se discute. Il fallait être aveugle ou naïf pour ne pas voir dans quel état se trouvait la grande institution catholique.

Le pape Benoît XVI célèbre sa messe inaugurale place Saint-Pierre, au Vatican, le 24 avril 2005.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pape Benoît XVI célèbre sa messe inaugurale place Saint-Pierre, au Vatican, le 24 avril 2005.

Photo : Getty Images / Franco Origlia

Scandales, chicanes et disputes intestines ont marqué les derniers mois du pontificat de Benoît XVI manifestement dépassé par les événements, incapable d’être à la hauteur des défis qui pleuvent sur lui. Jusqu’à la trahison de son majordome qui lui volait des documents confidentiels pour les remettre en cachette à un journaliste d’enquête.

Le majordome et la crise

D’ailleurs, cette histoire du majordome du pape est tout sauf anecdotique. Paolo Gabriele racontera plus tard qu’il volait ces documents en sachant bien qu’ils allaient faire l’objet de publications fracassantes. Mais cet homme, père de famille, fidèle catholique, avait un objectif : réveiller Benoît XVI qui ne semblait pas conscient de ce qui se tramait dans son dos. L’Église était à la dérive.

Trois hommes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Au premier plan, Paolo Gabriele, en compagnie du pape Benoît XVI et de Georg Gaenswein le 2 mai 2012.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Alessandra Tarantino

Au lendemain de l’élection de François, le cardinal Turcotte m’a dit pourquoi les cardinaux avaient voté pour le cardinal argentin : « on veut que ça change ».

On l’a dit souvent, le conclave a été très court et François a été élu avec un mandat de réforme et de changements. Un an plus tard, au beau milieu de tous ces chantiers de réformes, le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, m’avouait : « les cardinaux voulaient du changement, mais on ne croyait pas que ça irait si vite et si loin ».

Tout est là, je crois. Le pape François semblait avoir compris que le plus important était un changement profond de culture. Comme si son Église avait perdu en chemin sa mission et un peu de son âme.

Des cardinaux qui vivent dans de très vastes logements. Des luttes de pouvoir et des comptes douteux à la banque du Vatican (Institut pour les oeuvres de religion). Et puis, évidemment, tous ces scabreux et interminables scandales de prêtres pédophiles et de leurs complices qui les protègent.

Les réformes administratives sont difficiles à effectuer. Mettre de l’ordre dans les affaires de la banque, ça prenait du courage. Affronter la résistance quotidienne des fonctionnaires de la curie, ça nécessite une vertu : la patience.

Mais le plus difficile, c’est le changement des mentalités.

L’époque des cardinaux qui se prennent pour des princes est révolue. De même que l’époque du clergé qui croit détenir la vérité morale absolue.

La véritable révolution de François se trouve quelque part autour de ça : changer la culture du cléricalisme qui donne à l’Église cette impression moyenâgeuse d’être un royaume au-dessus de toutes les sociétés civiles.

Six ans après le départ de Benoît XVI et l’arrivée de François, on le voit bien : le scandale des prêtres pédophiles est un exemple percutant de la nécessité de changements. Devant l’ampleur du défi, certains se demandent si François n’a pas songé, à son tour, à quitter ses fonctions.

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