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Financement provincial : des CALACS de l'Ontario sur le pied d'alerte

La femme est interviewée debout devant des drapeaux.
Anne Jutras du CALACS francophone de Presscott-Russell (archives) Photo: Radio-Canada / Christian Milette
Radio-Canada

Des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l'Ontario sont sur un pied d'alerte. Ils craignent de ne pas percevoir un financement additionnel aussi élevé que le montant avancé par le précédent gouvernement libéral.

Le 1er mars 2018, le gouvernement de Kathleen Wynne avait promis de hausser de 242 millions de dollars sur trois ans l'enveloppe destinée aux différents programmes de lutte contre la violence dite sexiste et aux programmes d'aide aux victimes de cette violence.

De plus, l'enveloppe destinée aux centres d'aides aux victimes de violence conjugale et sexuelle devait également augmenter de 30 % afin de permettre à ces organismes d'améliorer leurs programmes et d'embaucher du personnel supplémentaire.

Or, dans la perspective d'un redressement des finances de la province, le ministère du Procureur général de l'Ontario, qui est responsable de l'administration et de la prestation des services de justice dans toutes les communautés, évalue actuellement la prestation de services d'aide aux femmes victimes de violence.

Mardi, les CALACS de l'Ontario ont reçu un appel du ministère qui leur annonçait que le financement supplémentaire qu'ils espéraient recevoir pour faire face à l'accroissement de la demande à la suite du mouvement #MoiAussi sera plus mince que prévu, soit entre 15 000 et 20 000 $ pour chacun des CALACS, selon les premières estimations.

« Perspectives budgétaires moroses »

Malgré des perspectives budgétaires moroses et un déficit de 15 milliards de dollars hérité du gouvernement précédent, l'Ontario débloquera en plus une enveloppe ponctuelle de 1 million de dollars pour les centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, ce qui fera passer le financement général des centres à 15,8 millions de dollars en 2019-2020, explique le ministère dans un communiqué.

Pour le Centre Novas-CALACS francophone de Prescott-Russell comme pour celui d'Ottawa, cette nouvelle est décevante, puisque ce montant ne lui permet pas d'embaucher de nouveaux employés.

On a calculé, ça donnerait autour de 20 000 $ [pour] chaque [CALACS]. Donc 20 000 $, ce n'est même pas [suffisant pour] un employé à temps partiel pendant un an, explique Anne Jutras, directrice générale du Centre Novas-CALACS francophone de Prescott-Russell.

Environ 130 femmes par année sont prises en charge individuellement dans ce centre, et ce, sans compter les interventions en groupe. Outre le ministère ontarien, le centre a trois autres sources de financement pour un total de 350 000 $ par année.

Une précédente version de ce texte indiquait que le Centre Novas aide 530 femmes par année. Ce chiffre est plutôt de 130.

Pour sa part, le CALACS francophone d'Ottawa a indiqué avoir besoin d'embaucher au moins deux autres intervenantes, dans une publication Facebook datant de mardi.

Éliminer le double emploi

Mais plus encore, ce qui préoccupe les CALACS de l'Ontario, c'est que le ministère dit souhaiter la mise en place d'un système de services aux victimes plus intégré et plus efficace, tout en éliminant le double emploi et le chevauchement inutiles.

Le communiqué du ministère fait état de 214 organismes qui offrent ces services dans la province. Les 11 CALACS francophones affirment offrir un service unique. M. Jutras dit ne pas comprendre le concept de dédoublement avancé par le ministère.

Dans Prescott-Russell, il y a un CALACS qui offre des services en français. Il n'y a personne d'autre qui est spécialisé en agressions à caractère sexuel de la façon dont nous on l'est, se défend-elle.

Josée Guindon, gestionnaire du CALACS francophone d'Ottawa, voit aussi d'un mauvais oeil cette approche du gouvernement ontarien.

On ne l'a pas pris comme une bonne nouvelle. Pour nous, ça veut dire qu'il va y avoir une évaluation – on n'a rien contre ça, parce qu'on sait tout le bon travail que l'on fait. Mais le hic, c'est qu'au fil des ans, il y a beaucoup de services et de programmes qui se sont ajoutés au sein de la division des services aux victimes d'agressions sexuelles, détaille-t-elle.

Nous sommes indirectement en compétition avec d'autres services qui ne travaillent pas nécessairement pour les survivantes et qui ont d'autres approches.

Josée Guindon, gestionnaire du CALACS francophone d'Ottawa

La gestionnaire appelle toute la communauté francophone d'Ottawa et la communauté ontarienne à l'aide pour défendre les CALACS de l'Ontario.

L'Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, qui regroupe les CALACS et les maisons d'hébergement, a réuni ses membres mercredi pour évaluer la suite à donner aux annonces de la province.

Avec les informations de Rachel Gaulin

Ottawa-Gatineau

Politique provinciale