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Élections provinciales : huit indicateurs pour mieux comprendre l'Alberta

Superposition d'indicateurs numériques et de graphiques avec en fond le bâtiment de la législature albertaine.

Après quatre ans de gouvernement néo-démocrate, la province du pétrole entre cette semaine en élections.

Photo : Radio-Canada

Simon-Pierre Poulin

« La bouillonnante Alberta qui comme un volcan crache à la gueule du pays son énergie, sa jeunesse, sa soif de reconnaissance? » Dans son poème À l'Alberta, l'artiste Danièle Petit propose en prose un portrait de sa province. La parole est maintenant à l'Alberta tout entière, qui entame cette semaine des élections générales. Quelle est donc la réalité des Albertains appelés aux urnes? Tentons de la cerner, cette fois en chiffres.

1. Les meilleurs salaires au pays

De toutes les provinces, c'est en Alberta qu'on gagne le plus d'argent. Même le salaire minimum représente un maximum au pays depuis son augmentation à 15 $ de l'heure, cet automne.

Une certaine prudence s’impose avec ces chiffres, qui ne prennent pas en compte, entre autres, le filet social.

N’empêche, l’Alberta demeure l’eldorado canadien. Elle ne comptait que 3 millions d’habitants en 2000, puis 4,3 millions en 2018, une croissance démographique avec laquelle aucune autre province ne peut rivaliser.

2. Une prospérité qui s'essoufle

L’économie albertaine est toutefois largement dépendante d’une industrie pétrolière qui peine à se remettre de la dernière crise économique.

Conséquence de la saturation des capacités d’exportation, l’écart entre la valeur du pétrole canadien et du pétrole américain a atteint un record au mois de septembre. La différence de prix creuse dans les bénéfices des entreprises pétrolières présentes en Alberta, qui réduisent leurs effectifs.

3. Un gouvernement qui carbure au pétrole

Les faibles prix du brut albertain affaiblissent les redevances versées par les pétrolières au gouvernement. L’Alberta, qui avait pourtant effacé sa dette depuis 1999, enregistre un déficit budgétaire chaque année depuis 2016. L'opposition officielle, qui critique le gouvernement, en fait son sujet de prédilection.

En comparaison, le gouvernement du Québec enregistre cette année plus de 3 milliards de dollars de surplus. En Ontario, le gouvernement de Doug Ford prévoit quant à lui un déficit de plus de 15 milliards de dollars.

À Edmonton, le gouvernement Notley vise un retour à l’équilibre budgétaire pour 2023. Une condition s’impose toutefois : l’augmentation des exportations de pétrole. Avec l’expansion du pipeline Trans Mountain toujours en attente, les projets d'oléoducs s’annoncent déjà comme un thème central dans la campagne à venir.

4. L'empreinte carbone de la province

Pour chaque tonne de gaz à effet de serre (GES) émise au Québec, l’Alberta en produit presque sept. Au banc des accusés : le secteur pétrolier et gazier. Fleuron de son économie, cette industrie est aussi la plus polluante du Canada. Le secteur est responsable à lui seul du quart des émissions de GES du pays. Près de 3,6 millions de barils de pétrole sont produits chaque jour en Alberta.

La production d'électricité albertaine est elle aussi polluante. Selon l’Office national de l’énergie, la moitié de l’électricité albertaine en 2017 provenait de la combustion du charbon, et près de 40 %, du gaz naturel. Seulement 13 % de son énergie est issue de sources renouvelables.

Le gouvernement se donne pour objectif d’augmenter la proportion de l'énergie renouvelable à 30 % d’ici 2030, une cible plutôt modeste en comparaison du Manitoba et du Québec, où cette proportion est de 100 %.

5. Taxe de vente provinciale : 0 %

Les politiques fiscales en Alberta sont parmi les plus avantageuses (Nouvelle fenêtre) pour les contribuables canadiens. L’impôt sur le revenu y est bas et il n’existe aucune taxe provinciale, héritage de 43 ans ininterrompus de gouvernement progressiste-conservateur.

Selon l’économiste Trevor Tombe, de l'Université de Calgary, l’instauration d’une taxe de vente de 8 % permettrait un rééquilibrage immédiat du budget. L’Alberta n’en a pas besoin, rétorque le ministre des Finances.

6. Les Franco-Albertains

L’explosion démographique n’a pas amoindri le poids du français. La proportion d’Albertains le parlant à la maison se maintient aux environs de 2 % de la population, ce qui représente la plus forte croissance en nombre absolu d’une communauté francophone en milieu minoritaire.

Autre indice de la vitalité franco-albertaine : le nombre d’écoles francophones a plus que triplé entre 1994 et aujourd’hui. On en compte maintenant 41.

Selon les données du dernier recensement, près de 1 Albertain sur 15 peut s’exprimer en français, un atout que partagent plusieurs têtes d’affiche de l’élection en cours, notamment le chef du Parti conservateur uni, Jason Kenney, le chef du Parti libéral, David Khan, ainsi que les actuels ministres Ricardo Miranda et Shannon Philips.

7. La réalité autochtone

Un Albertain sur 15, c’est aussi la proportion de la population qui revendique une identité autochtone. Plus de la moitié des Autochtones vivent en dehors d’une réserve. Ils sont ainsi 76 000 à Edmonton.

À l’heure de la réconciliation, la réalité autochtone en Alberta se caractérise toujours par la marginalisation. Les problèmes sont nombreux : pauvreté, surdoses, surreprésentation dans les prisons. Le souvenir indélébile de la rafle des années 1960 marque encore les esprits.

8. Où travaillent les Albertains?

L’industrie de la construction fleurit dans les Prairies. Un Albertain sur 15 en fait son gagne-pain, contre 1 personne sur 25 pour l'ensemble du pays.

Ce sont plutôt l’industrie de l'information et l’industrie culturelle qui sont à la traîne, avec à peine 33 000 salariés en Alberta. Ils sont trois fois plus nombreux au Québec, et cinq fois, plus en Ontario.

Sans surprise, le quart du produit intérieur brut de l’Alberta est issu de l’industrie de l’extraction des ressources naturelles. C’est nécessairement un employeur de taille dans la province des sables bitumineux. Plus de la moitié de tous les Canadiens travaillant dans l’extraction des ressources naturelles, soit 142 000 personnes, vivent en Alberta. Ils sont à peine 21 000 au Québec, et 32 000, en Ontario.

Après tous ces chiffres, un seul à retenir : les élections provinciales en Alberta se tiendront le mardi 16 avril.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 en Alberta

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