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Seriez-vous prêt à payer 4 milliards pour un train rapide entre Toronto, Montréal et Québec?

Photo d'un employé vêtu d'un dossard orange à côté d'une locomotive verte tirant deux wagons dans une gare

Un train de VIA Rail à la gare d'Ottawa

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Michel Bolduc

VIA Rail réclame depuis 2016 des voies dédiées entre Québec et Windsor face aux retards atteignant parfois une heure causés par les trains de marchandises dans ce corridor. En cette année électorale, le gouvernement de Justin Trudeau dira-t-il finalement oui au mégaprojet dans le budget le 19 mars?

Le projet de 4 milliards de dollars de VIA, appelé Train à grande fréquence (TGF), mise sur la revitalisation de tronçons existants qui sont abandonnés ou peu utilisés .

Le tracé reste à finaliser, mais les trains de passagers passeraient, selon le plan actuel, par l'aéroport Jean-Lesage de Québec, Trois-Rivières, Montréal, Ottawa, Smiths Falls, Peterborough et Toronto (avec un arrêt supplémentaire près de l'avenue Eglinton), évitant l'actuel corridor achalandé près du lac Ontario qui appartient au CN.

Carte du sud du Québec et de l'Ontario sur laquelle apparaissent deux tracés en orange et en bleu avec une série de villes

Le tracé approximatif du nouveau corridor proposé par VIA Rail au nord des voies ferrées utilisées actuellement.

Photo : Radio-Canada/VIA Rail

Voir la carte sur mobile (Nouvelle fenêtre)

Plus rapide

Le service serait 25 % plus rapide, soutient VIA. Les trains de passagers n'auraient plus à céder le passage aux convois de marchandises et pourraient rouler à la vitesse maximale de 180 km/h, explique la porte-parole Mariam Diaby.

Les économies de temps projetées sont modestes pour les dizaines de milliers de passagers voyageant chaque année entre Toronto et Montréal (sans passer par Ottawa). VIA laisse toutefois entendre que les problèmes de ponctualité actuels risquent d'empirer si rien n'est fait, compte tenu de la croissance du transport de marchandises; cela rend donc le TGF encore plus attrayant.

Selon VIA, il n'y a pas d'espace disponible pour construire d'autres rails parallèlement au chemin de fer actuel. Quant à un véritable train à grande vitesse (TGV), un tel projet serait beaucoup plus cher et ne se prêterait pas à des arrêts multiples pour desservir les différentes communautés entre Québec et Toronto, affirme VIA.

Un TGV présente une alternative à l’avion, pour desservir des distances au-delà de 500 km. C’est pourquoi en Europe, moins de 10 % des passagers de trains utilisent le TGV. C’est aussi pourquoi le prix d’un voyage en TGV est souvent supérieur au prix d’un voyage en avion. Le projet TGF de VIA Rail peut être réalisé en 4 ans, au coût de 4 milliards – soit une fraction du temps et du prix d’un TGV.

Mariam Diaby, porte-parole de VIA Rail

VIA, ajoute-t-elle, offrirait un prix d’entrée similaire aux tarifs en vigueur actuellement.

François Pepin du groupe Trajectoire Québec affirme, lui, que le TGF est la solution la plus appropriée dans le contexte canadien actuel.

L'Ontario et Québec embarquent

François Bonnardel répond aux questions des journalistes sur le financement du projet de tramway de la Ville de Québec lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale le 21 février 2019.

Le ministre québécois des Transports, François Bonnardel

Photo : Radio-Canada

Le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, incite Ottawa à aller de l'avant avec le projet, alors que son homologue ontarien, Jeff Yurek, appuie l'idée d'offrir plus d'options de transport aux Ontariens.

Plusieurs maires sont convaincus eux aussi.

Le train à Trois-Rivières, on le veut! [...] Normalement en année électorale, il y a de beaux projets qui débloquent...

Ginette Bellemare, mairesse suppléante de Trois-Rivières

Sans avoir de chiffres à l'appui, elle croit que le projet a un fort potentiel au niveau économique et touristique pour une ville qui n'est pas desservie par le train actuellement.

En Ontario, la Chambre économique de Peterborough milite elle aussi pour le retour des trains de passagers dans la communauté.

Que ce soit pour aller travailler à Toronto chaque jour ou pour aller voir un match des Blue Jays, une joute des Sénateurs à Ottawa ou pour passer un week-end à Québec.

Stuart Harrison, président de la Chambre de commerce de Peterborough

Montréal et Toronto en faveur, mais...

Photo d'une femme aux cheveux noirs derrière un micro qui soulève l'une de ses mains en fermant les doigts.

La mairesse de Montréal Valérie Plante presse Ottawa de financer plusieurs projets de transport dans son prochain budget.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

À Montréal, la mairesse Valérie Plante est enthousiaste : La multiplication des options de mobilité interrégionales, interurbaines et interprovinciales est un outil puissant de développement économique et social, indique son bureau. Les trains VIA passeraient par le tunnel sous le mont Royal pour accéder à la gare Centrale.

Cela dit, l'attachée de presse de Mme Plante, Geneviève Jutras, ne fait pas du projet de VIA la priorité de la Ville, à l'approche du budget fédéral. Nous devons repenser notre vision du développement collectif et être en mesure de financer plus d'un projet à la fois, car les besoins sont multiples, ils sont pressants et ils sont complémentaires, dit-elle. (...) Donc pour moi, le financement doit être à la hauteur des projets que nous défendons pour la région métropolitaine. Ligne bleue, REM, ligne rose, tramway de l'est et le TGF. 

Le maire de Toronto John Tory en point de presse

Le maire de Toronto, John Tory

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

À Toronto, le maire John Tory est favorable à un service ferroviaire rapide. Son porte-parole Don Peat affirme, toutefois, que la priorité du maire demeure d'étendre le réseau de transport en commun à Toronto, y compris la construction d'une nouvelle ligne de métro au centre-ville.

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, appuie pleinement ce projet, comme il reconnaît ses bienfaits économiques, incluant une hausse potentielle du nombre de visiteurs à Ottawa, indique son attachée.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, n'a pas voulu commenter.

Même si sa ville n'est pas située le long du nouveau tronçon proposé, le maire de Kingston, Bryan Paterson, appuie le projet. Il mise sur la promesse de VIA de maintenir tous les arrêts du corridor actuel entre Toronto et Montréal et même de bonifier le service entre Kingston, Toronto et Ottawa pour aussi offrir des départs tôt le matin et en fin de soirée.

En faisant de Kingston une station centrale, les trains vont partir d'ici et arriver ici, ce qui voudra dire des horaires beaucoup plus pratiques, dit M. Paterson.

Des doutes

Plus à l'est, le directeur du développement économique à Cornwall, Bob Peters, affirme, au contraire, qu'il est inquiet.

Il se demande comment VIA pourrait maintenir, voire bonifier le niveau de service le long du corridor actuel entre Toronto et Montréal, tout en exploitant un deuxième tronçon.

VIA mise sur une hausse d'achalandage pour tripler son nombre de trains, mais n'a pas voulu nous dévoiler les rapports sur lesquels ces projections sont fondées, disant que le dossier est présentement à l'étude par Ottawa.

Le spécialiste des questions de transport et professeur à l'Université de Toronto Matti Siemiatycki met en doute ces projections, soulignant que bien des voyageurs utilisent leur automobile pour se déplacer dans le corridor Québec-Windsor, parce qu'ils ont besoin d'un véhicule à destination.

Selon lui, Ottawa devrait plutôt investir dans des projets locaux de transport en commun.

4 milliards, c'est beaucoup d'argent.

Matti Siemiatycki, professeur de géographie

Le président du groupe Transport Action Canada, Harry Gow, croit, au contraire, que le projet de VIA est bien ficelé et faisable, même si, selon lui, des dépassements de coût sont à prévoir et certaines villes comme Cornwall pourraient y perdre au change.

Selon M. Gow, le gouvernement Trudeau a intérêt à délier les cordons de la bourse, s'il veut gagner les prochaines élections. Il ajoute que le fédéral pourrait électrifier la nouvelle ligne, pour maximiser les gains environnementaux. VIA estime que cette option coûterait 6 milliards.

Ottawa reste vague

Un homme aux cheveux gris tient la main dans les airs en parlant.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Sans vouloir spéculer sur le contenu du budget du 19 mars, Transports Canada indique que le gouvernement s’intéresse à la proposition de train à grande fréquence dans le corridor Windsor-Québec que VIA Rail a faite puisqu’elle s’inscrit dans Transports 2030, notre plan stratégique pour l’avenir des transports.

Est-ce que ça passe ou ça casse pour le projet de TGF en 2019? Le gouvernement ne s'engage pas à donner une réponse ferme à VIA cette année, même si Ottawa a accordé 8 millions au transporteur l'an dernier pour des analyses de faisabilité.

Si le fédéral donne son aval, VIA indique que le nouveau corridor pourrait être en service en quatre ans, le transporteur étant déjà propriétaire des rails entre Smiths Falls, en Ontario, et Coteau, au Québec, soit près de 30 % du parcours.

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