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Les futurs travailleurs qualifiés sélectionnés par Québec en ont pour au moins deux ans d'attente

Un panneau signalétique montrant les douanes pour les passagers en immigration dans un aéroport.

Les listes d'attente ont gonflé ces dernières années et les candidats à l'immigration doivent s'armer de patience.

Photo : iStock

Romain Schué
Mis à jour le 

Les candidats à l'immigration déjà sélectionnés par Québec ou qui le seraient prochainement pourraient attendre plus de deux ans avant de pouvoir s'installer dans la province. En raison d'un nombre important de demandes de résidences permanentes que doit traiter Ottawa et de la baisse des seuils d'immigration fixée par le gouvernement Legault, les délais ne cessent en effet de s'allonger.

« Il y a une certaine urgence à régler la pénurie de main-d’œuvre », a déclaré mardi le premier ministre François Legault pour justifier la nécessité d'utiliser « rapidement » Arrima, au lendemain de la décision de la Cour supérieure forçant son ministre de l’Immigration à reprendre le traitement de 18 000 dossiers en attente.

Arrima, un système informatique instauré par le précédent gouvernement libéral l’été passé, mais suspendu pour le moment, devrait permettre une meilleure sélection des candidats à l’immigration selon les besoins du marché du travail.

Mais dans les faits, malgré la volonté de François Legault, ce système ne pourra pas « régler » cette pénurie de main-d’œuvre dans les mois à venir en raison des retards à Ottawa.

D'autant que le gouvernement fédéral ne compte pas donner la priorité aux personnes choisies dans Arrima sur les autres demandeurs.

Ottawa a son rôle à jouer

Après l’obtention d’un Certificat de sélection du Québec (CSQ), un travailleur qualifié doit envoyer ce document à Ottawa. À la suite d'une vérification des antécédents judiciaires et des tests médicaux, le gouvernement fédéral octroie la résidence permanente, qui est un statut permettant librement au nouvel arrivant de travailler et de s’installer, de manière durable, dans n’importe quelle province du pays.

Point important : Ottawa doit respecter les cibles d’immigration fixées par Québec. Par exemple, en 2016, alors que le Parti libéral du Québec (PLQ) était au pouvoir, le gouvernement du Québec a donné près de 40 000 CSQ à des travailleurs qualifiés.

L’année suivante (le temps pour le candidat d’envoyer les documents nécessaires à Ottawa), Québec n’a permis l’admission que de 25 000 travailleurs qualifiés, ce qui correspond à leur cible d'immigration.

Plus de 41 000 travailleurs qualifiés en attente

Au cours des dernières années, Ottawa a accumulé des milliers de dossiers en attente de traitement.

Dans la catégorie des travailleurs qualifiés, 41 200 candidats attendent d’obtenir leur résidence permanente.

Cet inventaire a particulièrement gonflé depuis 2016, lorsque le gouvernement de Philippe Couillard était au pouvoir, puisqu’on comptait cette année-ci moins de 25 000 personnes en attente.

Au total, 67 500 personnes (29 000 demandes) ayant été sélectionnées par Québec dans différentes catégories sont en attente d’une résidence permanente.

Selon François Legault, interpellé sur ce sujet mercredi matin, ces chiffres illustrent « la mauvaise gestion libérale ».

Le Parti libéral vient de démontrer encore une fois sa mauvaise gestion. Ça n’a pas de bon sens de ne pas gérer mieux que ça la demande, de ne pas être capable de donner des réponses dans des délais raisonnables.

François Legault, premier ministre du Québec

Le ministre de l'Immigration du Québec, Simon Jolin-Barrette, accuse quant à lui les libéraux d'avoir été « négligents » et assure vouloir« que [les immigrants] viennent répondre aux besoins du marché du travail en temps pratiquement réel ».

« Voyez-vous l’incohérence du système libéral? Ils traitaient des dossiers pour créer un deuxième inventaire au niveau du gouvernement fédéral. Ils ne se sont pas souciés des gens, du fait que durant des années, ils attendaient », affirme M. Jolin-Barrette.

Simon Jolin-BarretteAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« Il faut passer au nouveau système d’immigration », soutient le ministre Simon Jolin-Barrette.

Photo : Radio-Canada

Un « équilibre » était en cours, répond le PLQ

Contacté par Radio-Canada, le Parti libéral assure que l'augmentation de ces chiffres, du côté d'Ottawa, s'explique par le traitement en accéléré des dossiers en attente à Québec ces dernières années.

« Il y avait 69 000 demandes non traitées en 2014. Pour vider ce backlog, on a traité énormément de dossiers dès 2015, explique Dominique Anglade, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'immigration. Il y a eu un effet de vase communicant [avec Ottawa] ».

Un « équilibre » était pourtant en cours, poursuit-elle. « On avait prévu de sélectionner moins de personnes pour utiliser cet inventaire au fédéral. L'objectif, c'était d'éliminer complètement ce backlog pour utiliser Arrima », souligne la députée.

Cette dernière reconnaît cependant qu'un délai de « 18 mois » était prévu pour atteindre cet objectif.

Dénonciation du PQ et de QS

Le Parti québécois et Québec solidaire ont dénoncé cette situation. « Un système d'immigration à compétences partagées n'est pas adapté à la réalité du Québec », a indiqué, dans une déclaration écrite, la députée Catherine Fournier, porte-parole du PQ en matière d’immigration.

Pour Andrés Fontecilla, son homologue à QS, il s’agit d’« une enclume de plus qui s’abat sur le gouvernement et ce projet de loi ». « On étudie un texte que l’on ne peut même pas mettre en pratique », a-t-il déploré. Pour sa part, Catherine Fournier demande « au gouvernement du Québec d'accentuer ses efforts pour réclamer la totalité des pouvoirs en matière d’immigration ».

« Premier arrivé, premier servi », pour Ottawa

Le ministère fédéral de l’Immigration (IRCC) pourrait-il prioriser les candidats qui seront prochainement sélectionnés par Arrima? Ce n’est pas son intention, répond-il, en précisant que ces futurs immigrants économiques passeront après ceux déjà en attente.

François Legault et Justin TrudeauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

François Legault attend des réponses positives de la part de Justin Trudeau dans le but de mettre en pratique ses politiques en matière d'immigration.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Par souci d’équité envers les demandeurs qui attendent déjà le traitement de leur demande, et parce qu’il s’agit d’une politique générale qui s’applique à tous les volets d’immigration, [le ministère] traite habituellement les demandes selon le principe du premier arrivé, premier servi », explique le ministère fédéral.

Un autre membre du cabinet du ministre Hussen a par ailleurs indiqué à Radio-Canada que la décision prise par le premier ministre François Legault de réduire les seuils d’immigration ne va pas contribuer à réduire cet inventaire.

En 2019, Québec a décidé d’admettre 19 500 travailleurs qualifiés (contre près de 25 000 ces dernières années). Si le gouvernement provincial décide de maintenir cette cible, un candidat à l’immigration ayant déjà obtenu un CSQ pourrait donc patienter encore plus de deux ans avant d’obtenir sa résidence permanente, le temps que les personnes déjà choisies puissent être admises dans la province.

Actuellement, les délais de traitement à Ottawa, dans cette catégorie, sont estimés à 19 mois, selon ce qu'il est possible de constater sur le site de l'IRCC.

Avec plus de 100 000 postes vacants, il est primordial que nos gouvernements continuent de travailler ensemble pour assurer que le système d'immigration fonctionne pour les Québécois et les Canadiens.

Mathieu Genest, porte-parole du ministre Ahmed Hussen

Baisser les seuils n'est pas « le problème »

Au cours d'une mêlée de presse, François Legault a tenu à minimiser l’impact de la réduction des seuils d’immigration, promise durant sa campagne électorale victorieuse.

« Qu’on ait 6 ou 10 000 personnes de moins dans la partie économique, ça ne change pas le problème global. Il y a 40 000 personnes qui attendent à Ottawa. Parmi ces personnes, il y en a beaucoup qui n’ont pas les qualifications pour répondre aux besoins du marché du travail ou qui ne parlent pas français », a-t-il souligné.

À noter que le plan d'immigration 2019 soumis par le ministre Simon Jolin-Barrette prévoit une proportion d'immigrants connaissant le français de 41 %. Ce seuil était fixé à 44 % l'an passé.

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