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Témoignage explosif de Cohen contre Trump devant le Congrès

TOPSHOT - Michael Cohen prête serment devant la commission de la Chambre des représentants chargée de la surveillance gouvernementale, mercredi, à Washington.

Michael Cohen prête serment devant la commission de la Chambre des représentants chargée de la surveillance gouvernementale, mercredi, à Washington.

Photo : AFP/Getty Images / Jim Watson

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Donald Trump est un raciste, un menteur et un escroc; il a des liens suspects avec la Russie, a acheté le silence d'ex-maîtresses et fait l'objet d'enquêtes qui n'ont pas encore été rendues publiques. C'est en substance le portrait qu'a brossé l'ex-avocat personnel du président devant une commission du Congrès, mercredi.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf et Julien McEvoy

Devant des républicains prêts à refaire son procès, Michael Cohen a livré un réquisitoire en règle contre un homme pour lequel il s'était déjà dit prêt à « prendre une balle ».

Fort attendue, l'audience convoquée par une commission d'une Chambre des représentants désormais sous contrôle démocrate était retransmise en direct à la télévision et sur Internet.

Au cours d'un témoignage de plus de 7 heures, il a accusé son ancien client d'avoir mis en œuvre un vaste modèle de mensonges et de crimes.

Tout, ou presque, de ce qu'a dit l'ex-avocat sous serment devant la commission de la Chambre des représentants chargée de la surveillance gouvernementale était déjà connu.

Devant les caméras, il a toutefois révélé de nouveaux détails sur l'implication de Donald Trump dans le paiement de 130 000 $ versé à l'actrice de cinéma pornographique Stormy Daniels en échange de son silence en pleine campagne électorale, en 2016. Celle-ci affirme avoir eu une liaison avec l'homme d'affaires en 2006.

L'ordre de payer l'actrice est venu de Donald Trump, a soutenu le témoin, ajoutant que son ancien client lui avait indiqué la marche à suivre « pour ne pas qu'on puisse retracer le paiement jusqu'à lui et nuire à sa campagne ».

M. Cohen a transmis à la commission la copie d'un chèque de 35 000 $ signé de la main de M. Trump après son arrivée à la Maison-Blanche. Les 10 autres chèques provenaient de Donald Trump Jr et d'Allen Weisselberg, directeur financier de Trump Organization, a-t-il précisé.

Il a ajouté que Donald Trump lui avait également demandé de mentir au sujet de cette liaison à son épouse Melania.

Trump était informé des fuites de WikiLeaks, jure Cohen

L'ex-homme de confiance du président a notamment affirmé que ce dernier avait été avisé de la fuite prochaine des courriels piratés sur les serveurs du comité national du Parti démocrate, à l'été 2016. Leur publication sur le site WikiLeaks a gravement déstabilisé la campagne d'Hillary Clinton.

Dans son discours de début de journée, M. Cohen a révélé qu'il était dans le bureau de M. Trump, en juillet 2016, quand son conseiller Roger Stone a appelé pour l'avertir que Julian Assange, le fondateur du site, allait publier sous peu une série de courriels susceptibles de plomber la candidature de Mme Clinton.

À l'époque, M. Trump a affirmé qu'il n'avait pas été informé de cette diffusion massive, initiée le 22 juillet 2016.

Contrairement à ce qu'il avait affirmé devant d'autres commissions du Congrès en 2017, Michael Cohen a cette fois-ci affirmé que Donald Trump avait poursuivi les négociations sur un projet immobilier à Moscou pendant la campagne présidentielle de 2016. À l'époque, le milliardaire avait nié catégoriquement avoir des intérêts d'affaires en Russie.

Or, l'homme d'affaires lui a régulièrement demandé des nouvelles sur l'état d'avancement du projet pendant la campagne, a-t-il dit, ajoutant qu'il lui rendait compte de tous les contacts avec l'autre partie.

À l'automne 2017, l'avocat déchu avait assuré devant le Congrès que les pourparlers s'étaient terminés avant le début des élections primaires pour l'investiture républicaine, en janvier de l'année précédente.

Il avait ensuite révélé au procureur spécial Robert Mueller, chargé de l'enquête sur la Russie, que les négociations avaient duré au moins jusqu'à la mi-juin de la même année.

Revenant sur son témoignage précédent, il a indiqué avoir rencontré le président et un de ses avocats pour revoir son allocution, mais admis qu'il ne lui avait pas directement ordonné de mentir. « Ce n'est pas ainsi qu'il procède », a-t-il dit.

« Il ne vous pose pas de questions, il ne vous donne pas d'ordres; il parle selon un code. Et je comprends le code, parce que j'ai été avec lui pendant une décennie. »

— Une citation de  Michael Cohen

S'il dit ne pas entretenir de doutes à ce sujet, M. Cohen a dit ne pas avoir de preuve directe d'une collusion entre M. Trump ou son équipe de campagne et la Russie, ce que cherche à établir le procureur spécial Mueller et que dément avec force le président américain.

« Y a-t-il d'autres malversations ou actes illégaux liés à Donald Trump dont vous ayez connaissance et que nous n'avons pas encore évoqués aujourd'hui?  », lui a demandé un représentant démocrate. « Oui  », a répondu Cohen. Refusant d'en dire plus, il s'est retranché derrière l'enquête menée par un tribunal fédéral de New York, qui s'intéresserait à ces actes.

L'ex-avocat a par ailleurs estimé que Donald Trump lui avait demandé de menacer des individus ou des organisations pour parvenir à ses fins au moins 500 fois en 10 ans. Le président lui aurait même demandé de menacer les diverses écoles qu'il a fréquentées pour ne pas qu'elles rendent ses bulletins publics.

M. Trump se serait par ailleurs refusé à publier ses déclarations de revenus parce qu'il craignait que cela n'entraîne une vérification fiscale et des sanctions financières.

Un mea culpa au milieu d'une audition polarisée

Michael Cohen parle devant un micro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michael Cohen a lu une déclaration devant un comité du Congrès.

Photo : Getty Images / Mandel Ngan

Comme c’était prévisible, l’audition s’est transformée en théâtre politique, les deux camps divergeant quant à leur ton et à la ligne directrice de leur interrogatoire.

Au cours d'échanges tendus, les républicains ont attaqué la crédibilité de Michael Cohen, rappelant sans cesse qu'il avait été condamné pour avoir menti au Congrès.

« Je trouve intéressant que vous et vos collègues ne m’ayez posé aucune question sur le président Trump. Je croyais être ici aujourd’hui pour cette raison, pas pour confesser les erreurs que j’ai commises », a-t-il lancé à un membre républicain de la commission.

Il n'en a pas moins fait acte de contrition.

« J'ai honte de ma faiblesse et de ma loyauté déplacée, des choses que j'ai faites pour M. Trump afin de le protéger et de le défendre. J'ai honte, parce que je sais qui est M. Trump. C'est un raciste, un arnaqueur, un escroc. »

— Une citation de  Michael Cohen

« J'ai fait ce que vous faites aujourd'hui pendant 10 ans, a dit M. Cohen aux républicains. J'ai protégé M. Trump pendant 10 ans. Plus les gens seront nombreux à suivre M. Trump comme je l'ai fait aveuglément, plus ils seront nombreux à souffrir des mêmes conséquences. »

« Ma loyauté m'a tout coûté », a-t-il illustré, mentionnant entre autres le bonheur de sa famille, sa licence d'avocat, sa réputation et « bientôt » sa liberté.

« Donald Trump est un homme qui a brigué la présidence pour faire valoir sa marque, pas pour redonner au pays sa grandeur, a-t-il affirmé. Il n'a aucun désir, aucune intention de diriger ce pays, sauf pour se vendre et consolider sa richesse et son pouvoir. »

Initialement prévu au début du mois, le témoignage de Michael Cohen avait été reporté après qu'il eut invoqué des « menaces » de la part du président et de son avocat Rudy Giuliani, et dit craindre pour sa famille.

L'audition de mercredi était la deuxième d'une série de trois. Le premier acte a eu lieu à huis clos face à la puissante commission sénatoriale du renseignement. Jeudi, il témoignera devant la commission de la Chambre sur le renseignement.

Le camp Trump pourfend Michael Cohen

À Hanoï, où il s'apprêtait à rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, Donald Trump s'est fendu d'un tweet rageur.

« Michael Cohen était l'un des nombreux avocats qui m'ont [malheureusement] représenté. Il avait d'autres clients. Il vient juste d'être rayé du barreau par la Cour suprême de l'État pour mensonge et fraude. Il a fait de sales choses sans lien avec Trump. Il ment pour réduire sa peine de prison », a-t-il écrit.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a jugé « risible qu'on puisse prendre au mot un menteur condamné comme M. Cohen et [estimé] pathétique qu'il puisse avoir une nouvelle occasion de répandre ses mensonges ».

« Michael Cohen est un criminel, un avocat qui a été radié du barreau, condamné pour parjure, qui a menti au Congrès et au procureur spécial », a attaqué une porte-parole de la campagne Trump 2020, Kayleigh McEnany, dans un communiqué publié lors de la pause d'après-midi.

L'an dernier, Michael Cohen, qui a été l'avocat de Donald Trump de 2007 à 2018, a plaidé coupable d'évasion fiscale, de fraude bancaire et de violations de la législation sur le financement des campagnes électorales, en plus d'avoir plaidé coupable d'avoir menti au Congrès.

Il purgera à compter de mai une peine de trois ans de prison.

Relisez notre couverture en direct du témoignage :

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de AFP, Reuters, et CNN

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