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Les crabes semblent adapter leur alimentation à l’ère des changements climatiques

Un crabe se trouve sur le fond de l'océan, un fond sablonneux.

Un crabe des neiges (Chionoecetes tanneri) à 1250 mètres sous la surface de l'océan.

Photo : Fournie par Ocean Networks Canada/Université de Victoria

Anaïs Elboujdaïni

Se nourrir de bactéries qui émanent d'un échappement de méthane sous-marin n'est peut-être pas très appétissant. Or, des scientifiques de l'Université de Victoria et de l'Université Oregon State ont observé des crabes des neiges en train de se régaler de ces bactéries dans l'océan Pacifique.

Selon eux, ces crabes s’adaptent aux changements climatiques en mangeant des bactéries qui se nourrissent du méthane s’échappant des fonds marins. Ces bactéries ont des chances d’être plus faciles à trouver si le phytoplancton venait à manquer en raison du réchauffement des océans.

« Un travail de détective »

La communauté scientifique pensait jusqu’à maintenant que les crabes des neiges se nourrissaient exclusivement de phytoplanctons.

Des crabes de la côte Ouest se régalent de bactéries présentent dans le méthane

« Cette découverte est le fruit d’un travail de détective, après qu’une étudiante de l’Université Oregon State a remarqué que les crabes se promenaient là où le méthane s’échappe du fond marin », raconte Kim Juniper, chef scientifique d'Ocean Networks Canada et professeur au département de biologie à l'Université de Victoria.

Ces observations ont débuté en 2012 sur la pente océanique de Clayoquot, au large des côtes britanno-colombiennes.

Le prélèvement de biomarqueurs dans le gras des crabes a montré que le régime alimentaire des crabes est diversifié et comprend les bactéries qui traitent le méthane.

Les molécules de méthane dans le fond marin, prisonnière de sédiments et de glace, s’échappent par des bulles de gaz. Il s’agit d’un processus normal, qui pourrait toutefois s’accélérer avec le réchauffement des océans, estime Kim Juniper.

Ce qui est inquiétant, c’est que ce méthane se trouve sur le talus continental. Si l’océan se réchauffe trop vite, les échappements rapides et massifs de gaz [...] pourraient déstabiliser les fonds marins et provoquer des glissements de terrain sous-marins et des tsunamis.

Kim Juniper, chef scientifique d'Ocean Networks Canada

Une armée de crabes des neiges ne serait pas suffisante pour capter tout le méthane qui s’échapperait rapidement.

Un crabe toujours comestible

Ce crabe, pêché aux États-Unis à des fins commerciales, demeure comestible bien qu’il consomme ces bactéries. Kim Juniper précise que l’espèce est différente de celles qui peuplent le fleuve Saint-Laurent.

La recherche a été publiée dans la revue Frontiers in Marine Science. Ses auteurs, Sarah Seabrook, Fabio De Leo et Andrew Thurber, précisent que leur travail fait le lien entre une espèce pêchée à des fins commerciales et son écosystème.

Colombie-Britannique et Yukon

Changements climatiques