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Sayona Québec : le comité citoyen met en demeure le ministre de l'Environnement

Une affiche sur laquelle il est écrit: «Sayona Mining Limited, Projet Authier» devant une forêt de sapins.

Site du projet Authier, la future mine de lithium que compte exploiter Sayona Québec.

Photo : Radio-Canada / Emmanuelle Latraverse

Thomas Deshaies

Le co-porte-parole du Comité citoyen de protection de l'esker Rodrigue Turgeon a envoyé une mise en demeure au ministre de l'Environnement pour « le forcer à respecter la loi ». Il estime que les récentes révélations l'obligent à soumettre le projet Authier de Sayona Québec à une évaluation par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Rodrigue Turgeon se dit prêt à entamer des poursuites judiciaires si nécessaire.

La mise en demeure qui a été acheminée le 26 février au ministre de l'Environnement, Benoît Charrette, précise qu'un délai de 10 jours lui est accordé pour annoncer par écrit qu'il entend soumettre le projet Authier à la procédure d'évaluation et d'examen des impacts sur l'environnement, incluant une étude du BAPE.

La future mine de lithium serait située à proximité d'un esker, une formation géologique fournissant une eau potable de qualité exceptionnelle.

Nous, on dit au ministre d'appliquer la loi, à défaut de quoi, on va entamer des poursuites, on est très sérieux dans notre démarche.

Rodrigue Turgeon, co-porte-parole du Comité citoyen de protection de l'esker

Le comité citoyen s'appuie sur des documents obtenus par l'entremise d'une demande d'accès à l'information, qui montrent que Sayona Québec prévoit extraire 775 000 tonnes de minerai lors de la septième année d'exploitation, soit une capacité de 2123 tonnes par jour.

Or, la loi prévoit que les projets dont la capacité maximale journalière d'extraction est égale ou supérieure à 2000 tonnes par jour soient soumis à la procédure d'évaluation environnementale, qui inclut une étude du BAPE.

Carte du projet minier. La partie bleue en haut à droite représente l'esker. On voit qu'il est situé à 130 mètres de la mine et à 40 mètres de l'aire d'accumulation des résidus miniers.

Carte du projet minier. La partie bleue en haut à droite représente l'esker. On voit qu'il est situé à 130 mètres de la mine et 40 mètres de l'aire d'accumulation des résidus miniers.

Photo : Sayona/SNC-Lavalin

Sayona a une autre interprétation

De son côté, Sayona Québec soutient qu'il faut exclure 100 000 tonnes du calcul de la septième année d'exploitation puisque cette quantité de minerai sera gardée dans la fosse, en réserve. Ainsi, l'entreprise respecterait le seuil de 2000 tonnes, selon le directeur du développement durable, Serge Rouillier.

L'avocat qui représente Rodrigue Turgeon, Marc Bishai, n'adhère pas aux explications de Sayona Québec. « Je ne suis pas d'accord, tranche-t-il. Selon nous, le ministre n'a pas le choix, il doit obligatoirement exiger l'assujettissement du projet à la procédure. »

Me Bishai, qui a fait parvenir un avis juridique au gouvernement le 18 février, soutient n'avoir obtenu aucune réponse de la part de ce dernier jusqu'à maintenant.

Si c'est rendu que le ministre de l'Environnement n'entend pas la population qui l'a porté au pouvoir, bien nous, on sent qu'on a tous les droits d'entamer des poursuites pour qu'il puisse l'entendre de la bouche des tribunaux.

Rodrigue Turgeon, co-porte-parole du Comité citoyen de protection de l'esker

Rodrigue Turgeon se dit convaincu que si le dossier était amené devant les tribunaux, un juge validerait alors leur analyse de la situation.

Le ministre de l'Environnement Benoît Charrette a été interpellé sur le sujet lors d'un point de presse mercredi matin. « On continue notre évaluation au niveau du ministère, on est à quelques jours d'annoncer nos intentions, a-t-il expliqué. Les mêmes critères s'appliquent, c'est-à-dire la défense de l'environnement, la prévisibilité des investissements miniers, donc nos réflexions vont porter sur ces deux éléments-là en particulier. »

Une déclaration du ministre de l'Économie qui ne passe pas inaperçue

À sa sortie du conseil des ministres le 20 février, le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a déclaré qu'il tenterait de voir si le gouvernement pouvait « se servir des règles » pour donner le feu vert à projet Authier sans une étude du BAPE.

C'est cette déclaration qui a incité le comité citoyen à mettre en demeure le ministre de l'Environnement, explique Rodrigue Turgeon. « À toutes fins pratiques, ça revient à dire que c'est l'économique qui va gouverner l'avenir de ce dossier, à moins que le ministre [de l'Environnement] entende la population. »

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, lors d'une période de questions à l'Assemblée nationale.

Le ministre québécois de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, lors d'une période de questions à l'Assemblée nationale.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

M. Turgeon estime qu'il est important d'assujettir le projet Authier à un examen par le BAPE « puisque c'est une mine à ciel ouvert qui, à terme, va laisser à perpétuité sur le terrain 80 millions de tonnes de déchets miniers ». « Les organismes qui ont révisé l'évaluation environnement concluent que celle-ci manque de précision », ajoute-t-il.

Depuis près de 12 mois, le projet a suscité une importante mobilisation de la population en Abitibi-Témiscamingue. Divers comités citoyens se sont formés, des dizaines de groupes se sont positionnés en faveur d'une étude du BAPE et les rassemblements se multiplient.

Le ministre responsable de l’Abitibi-Témiscamingue, Pierre Dufour, qui s’est positionné en faveur de BAPE, a démontré sa confiance au travail du ministre de l’Environnement.
« M. Charrette je pense qu’il fait très très bien le travail de regarder point par point la loi », a-t-il déclaré mercredi.

Abitibi–Témiscamingue

Métaux et minerais