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Pénurie d'enseignants en Outaouais : un casse-tête pour les acteurs du milieu

L'Université du Québec en Outaouais l'hiver.
Le pavillon Alexandre-Tâché de l'Université du Québec en Outaouais (archives). Photo: Radio-Canada / Jérémie Bergeron
Radio-Canada

Demande accrue des commissions scolaires pour des enseignants, étudiants sollicités pour des suppléances, surmenage, allongement de la durée de la formation... La pénurie d'enseignants en Outaouais ressemble à un immense casse-tête.

Pour pallier la pénurie d'enseignants, des commissions scolaires de la région font appel à des étudiants dès leur deuxième année universitaire pour faire des remplacements.

On se fait toujours appeler pour faire de la suppléance dans les écoles. [...] Même si je ne suis pas qualifiée, je vais avoir un contrat à la fin de ma session, témoigne Elsie Charron, étudiante en deuxième année en éducation préscolaire et en enseignement primaire à l'Université du Québec en Outaouais (UQO).

De la même année, Chanel Marshall s'est aussi vu proposer des contrats. Oui récemment, on m’a demandé quelles étaient mes disponibilités fin février et début mars pour prendre la relève dans une classe. Mais avec mes disponibilités, je n'ai pas pu, parce que je veux terminer mon bac avant tout, raconte-t-elle.

Quotidiennement sollicités, les étudiants se retrouvent face à un dilemme. Ils peuvent accepter des contrats de remplacement qui leur sont proposés, mais risquent de se retrouver submergés de travail et devoir allonger la durée de leurs études pour obtenir leur brevet.

S'ils refusent les contrats de remplacement, les étudiants risquent d'avoir plus de difficulté à financer leurs études et à payer leur loyer. De ce fait, ils auront aussi moins d'expérience de travail.

C’est arrivé quelquefois que je refuse [des suppléances] quand j’avais un cours, explique Dominyk Huneault-Martineau, également étudiant à l'UQO.

Directrice aux modules des sciences de l’éducation à l’UQO, Julie Bergeron croit que la région de l'Outaouais se retrouve au centre d'une pénurie qui s'alimente elle-même.

Les étudiants qui vont faire beaucoup de suppléances, qui n’assisteront pas à leurs cours vont devoir abandonner des cours. Leur formation est rallongée. Elle est déjà de 4 ans. On parle de 5, 6 ans de formation, puis ça, ça fait en sorte qu'on a des gens qualifiés pour enseigner moins rapidement, explique Mme Bergeron.

Le nombre d'étudiants qui obtiennent un diplôme en enseignement est également à la hausse, selon des données de l'UQO.

Risque de surmenage

Ce n'est pas seulement l'allongement de la durée des études qui pose problème. Les étudiants qui font des remplacements en plus de leur charge de travail et de cours sont parfois extrêmement fatigués.

On voit une fatigue pour certains et là on ne parle pas seulement de suppléance dans les écoles, mais c’est le fait d’avoir beaucoup d’heures de travail, que ce soit dans les écoles ou ailleurs. Ça fait en sorte que les étudiants se retrouvent en situation de fatigue; pour certains, de fatigue extrême et de détresse psychologique aussi, ajoute Mme Bergeron.

Cette dernière voit aussi une hausse de l'absentéisme chez certains étudiants qui ont choisi d'accepter des contrats. Stéphanie Demers, professeure au Département des sciences de l'éducation de l'UQO, dresse un constat similaire.

L’épuisement, il est là, c’est certain. Gérer une salle de classe pendant une journée complète et ensuite se consacrer à ses études, je vois la fatigue, indique-t-elle.

À l'UQO, il n'y a pas de politique d'absentéisme, donc tout ça tombe sur leurs épaules, c'est à eux de trouver les solutions nécessaires pour pouvoir passer leur cours, précise Mme Demers.

On veut leur bien-être et on leur suggère fortement de chercher un équilibre dans leur vie pour qu’ils soient disponibles, présents, intéressés, curieux et puissent profiter de certaines opportunités au bon moment de leur formation.

Julie Bergeron

Risque de précarité

Pour sa part, Mario Crevier, président de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO), voit les suppléances comme une occasion pour les étudiants, par exemple s'il s'agit de deux mois, en fin de session universitaire. Pour avoir de l’expérience, c’est quelque chose d’idéal, avance-t-il. Il faut commencer quelque part.

M. Crevier pense que c'est aussi une façon pour les étudiants de vérifier si l'enseignement est vraiment ce qu'ils souhaitent faire. Toutefois, il rappelle aux étudiants que sans brevet, ils ne deviendront pas enseignants.

Quand on prend des contrats, quand on n'a pas de brevet, on ne peut pas avoir un poste permanent, donc on est toujours dans la précarité, conclut Mme Demers.

Avec les informations de Martin Robert

Ottawa-Gatineau

Éducation