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Le Reine Elizabeth transformé en happening folk

Les murs du couloir sont couverts d'affiches de musiciens, et le couloir et plein de monde.

La conférence de la Folk Alliance International s'est tenue au Reine Elizabeth à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Marie-Laure Josselin

Les portes s'ouvrent sur le 4e étage de l'hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth à Montréal. La musique envahit les oreilles et la vue est saisissante : partout des affiches, des instruments de musique, des personnes qui déambulent. Pendant cinq jours en février, de nombreuses chambres, sur plusieurs étages de l'hôtel, sont transformées en mini-salles de concert.

Il est 23 h 30. Vox Sambou, un artiste montréalais, déambule dans les couloirs de l'hôtel du centre-ville. Les murs sont recouverts d’affiches. Dans la chambre 454, deux artistes jouent de la guitare et du piano, six personnes les écoutent.

« C’est très intime », commente Vox Sambou avant de passer la tête dans la chambre en face où deux femmes font de la musique country sur un sommier.

Une guitariste se produit devant quelques personnes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Concert informel dans une chambre de l'hôtel Fairmont Le Reine Élizabeth, lors de la conférence de la Folk Alliance International, à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

De chaque chambre, décorée avec soin, sort une musique différente. Il y a une espèce de cacophonie et de cohésion à la fois.

J’ai l’impression d’être comme dans un musée vivant! C’est quelque chose; je n’ai vraiment pas l’impression d’être dans un hôtel.

L’artiste Vox Sambou

Dans ce qui ressemble à une « grande réunion de famille », selon Aengus Finnan, près de 3000 artistes, gérants et programmateurs se sont croisés, recroisés, et ont discuté près d'une semaine en février.

C’est le lieu où il faut aller d’abord et avant tout, le lieu le plus rassembleur à large échelle. On pourrait le considérer comme le Cannes des musiques folk.

Geneviève Nadeau, de la Compagnie du Nord
Les murs sont couverts d'affiches.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’hôtel Fairmont Le Reine Élizabeth a accueilli à Montréal la conférence annuelle de la Folk Alliance International, en février 2019. Les affiches des artistes tapissent les couloirs de l'établissement.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le choix du Reine Elizabeth pour accueillir l’une des plus grandes conférences musicales d’Amérique du Nord n’est pas innocent. Il y a 50 ans, John Lennon et Yoko Ono y ont organisé leur mythique bed-in pour dénoncer le conflit au Vietnam, et y ont aussi composé et enregistré Give Peace a Chance.

Aengus Finnan attablé avec un journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Aengus Finnan, directeur de la Folk Alliance International (FAI), discute avec un journaliste lors de la conférence de la FAI tenue à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

D’habitude, quand [la conférence] se tient au Canada, les gens des États-Unis viennent peu à cause de l’hiver, mais avec cette belle histoire, ce n’est pas le cas. On a eu la même vague de gens que lorsque c’est aux États-Unis. Il y a un esprit dans cet hôtel.

Aengus Finnan, directeur de la FAI

Une ambiance familiale

Des musiciens jouent dans une chambre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les chambres du Reine Elizabeth sont transformées en mini-salles de concert à l'occasion de la conférence de la Folk Alliance International.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La différence de la FAI avec les autres conférences? La présence d’artistes en si grand nombre, en plus des agents, et l’ambiance. Simon Boudry participe à sa deuxième conférence FAI, et il a pourtant l’impression de revenir à une table qu’il n’a pas vraiment quittée.

C’est une grande famille, le milieu folk. Ça fait plus de dix ans que j’étais à mon dernier FAI, et dès que j’ai mis les pieds dans l’hôtel, j’ai vu plein de visages que je vois dans le milieu folk.

Le musicien Simon Boudry

La signature de cet évènement, ce sont ces vitrines, la nuit, dans les chambres ou dans des salles plus grandes : 180 prestations officielles et 3400 privées. « C’est géant et intime à la fois », résume Gilles Garand, qui a 19 conférences de la Folk Alliance International à son actif.

« C’est un souper de Noël avec des cousins dont on ignore le nom, mais on sait que ce sont nos cousins », renchérit Nicolas Boulerice du Vent du Nord.

Le reportage de Marie-Laure Josselin a été diffusé le 24 février à l’émission Désautels le dimanche sur ICI PREMIÈRE.

Des passionnés de musique

Au fond du couloir, chambre 442. Gilles Garand, le président de Folquébec, un organisme à but non lucratif dédié à la promotion des musiques folk faites au Québec, s’active à coller des affiches. Sur le côté trône une guitare avec l’inscription « Esprit du folk », un honneur que l’homme de 72 ans a reçu la veille pour son énergie collaborative à faire rayonner cette musique.

Gilles Garand montre son prix.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Garand, président d'EspaceTrad et de la Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise, a reçu le prix Spirit of Folk lors de la conférence de la Folk Alliance International, tenue à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Ici, c’est le sommet de la rencontre de passionnés de musique, hommes et femmes, qui travaillent à la faire, la promouvoir et la valoriser. C’est ce monde-là qui est ici.

Gilles Garand, président de Folquébec

Faciliter le réseautage

Pour les artistes, l’occasion est parfaite pour se faire connaître. Terra Spencer, guitare posée dans le corridor, s’apprête à faire son premier concert. En attendant, elle distribue des allumettes avec son nom et son contact sur la boîte à l’entrée de la chambre.

Gros plan sur les mains de l'artiste qui présentent ses allumettes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'artiste Terra Spencer distribue des allumettes avec sa photo pour la promo, lors de la conférence de la Folk Alliance International, tenue à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

« Je suis juste heureuse de rencontrer et parler avec des gens. Donc, je trouve ça très fun; il faut garder les oreilles et les yeux ouverts », raconte la jeune femme de Windsor.

Quelques étages plus bas, Vox Sambou va se produire dans le bar et pour la première fois à la FAI. Pendant qu’un membre accorde sa kora, l’organisateur d’un festival au Manitoba s’approche, intrigué par l’instrument et déjà curieux d’écouter le groupe, pour peut-être l’inviter.

Musiciens, chanteur et choriste jouent sur scène.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vox Sambou se produit à la conférence de la FAI en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pendant trente minutes, ils vont tout donner devant des spectateurs debout, dansant, et des promoteurs filmant le spectacle.

En tout, il a payé 1200 $ pour s’inscrire à la FAI, mais « c’est une bonne opportunité, car tous les gens de l’industrie sont là ». D’ailleurs, le concert est à peine terminé qu’un homme qui a un festival à Baltimore se présente pour prendre contact.

Vox Sambou, coiffé d'un chapeau, chante au micro.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vox Sambou, lors d'une prestation à la conférence de la Folk Alliance International, à Montréal, en février 2019

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Au-delà des rencontres professionnelles, il y a les rencontres entre artistes. Plusieurs se mettent ensemble, dans le hall du troisième étage, pour se lancer dans des chansons improvisées. Les artistes peuvent aussi en découvrir d’autres pour collaborer.

Un travail de longue haleine

Percer dans l'industrie de la musique, « ça se mesure sur des années », explique Simon Boudry, un des chanteurs du groupe de musique traditionnelle québécoise, Le Vent du Nord. Ce type de conférence est l'une des meilleures façons de se faire connaître. « C’est un travail de longue haleine, mais on sait que ça rapporte quelque chose. »

Même si les artistes performent devant seulement quelques personnes à la fois, les musiciens savent qu'une personne peut faire une différence dans leur carrière. Le Vent du Nord se souvient d’un concert à Atlanta. Ils avaient réservé une salle de 700 places, et seulement cinq personnes étaient présentes. « On s’est dit : “Ça fait mal, mais bon, on fait notre truc; c’est la vie, le métier”. Des années plus tard, une équipe nous a engagés pour deux tournées de huit semaines; un super gros contrat. Et la personne qui nous a engagés était l’une des cinq personnes à Atlanta. On ne sait jamais », poursuit Nicolas Boulerice, autre membre du groupe.

En avant-plan, Nicolas Boulerice, au micro, et en arrière-plan, le violoniste Olivier Demers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le groupe trad Le Vent du Nord s'est produit à la conférence de la Folk Alliance International, à Montréal en février 2019. Sur la photo : Nicolas Boulerice, avec sa vielle à roue, et Olivier Demers, au violon.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Geneviève Nadeau, gérante de la Compagnie du Nord, anticipait de longues journées et de longues nuits. Au programme : réseautage, photos de ses artistes, rencontres avec des DJ, concerts, promotions.

Lisardo Lombardia, le directeur du Festival interceltique de Lorient, en France, sort du concert d’un groupe anglais et recherche déjà le prochain endroit où traîner ses oreilles. La FAI, « c’est un contexte totalement différent » de ce à quoi il est habitué.

« C’est entrer dans le cœur de l’industrie, surtout de la musique folk américaine », précise-t-il. Ici, il est venu repérer des groupes, prendre des contacts et faire des propositions. Il a d’ailleurs noté qu’il n’était pas le seul directeur de festivals à déambuler.

Les artistes viennent te voir pour se présenter, dire ce qu’ils font. C’est inimaginable dans notre contexte [en France]. C’est très intéressant, car tu découvres un lien complètement différent avec les artistes.

Lisardo Lombardia, directeur du Festival interceltique de Lorient

Lisardo Lombardia a d’ailleurs fort apprécié d’aller voir un artiste se produire dans une chambre « devant toi, et tu peux lui poser des questions ».

Les frontières mouvantes du folk

Ils portent l'habit traditionnel. L'un chante, et l'autre joue d'un instrument à cordes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alash Ensemble, un groupe de chanteurs de gorge de Touva, en Asie centrale, a participé à la conférence de la Folk Alliance International, à Montréal en février 2019.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Les frontières du folk sont en perpétuelle redéfinition. En 2005, rappelle Gilles Garand, lors d’une édition qui s’est tenue à Montréal, il y a eu « comme une convergence entre le folk et les musiques du monde européennes, et c’est comme cela que le FAI a grandi et est sorti du côté nord-américain pour devenir international ».

Ce souffle nouveau vient aussi d’Aengus Finnan, le nouveau directeur, qui a voulu « ouvrir les fenêtres de la maison folk » à ceux qui font partie du « mouvement vivant de la musique folk et qui n’ont pas vu que la FAI était une maison pour eux ».

Et c’est ainsi que l’on retrouve le groupe Alash Ensemble, des chanteurs de gorge de la république de Tuva, en Russie, proche de la Mongolie, Vox Sambou, qui puise son inspiration dans la musique haïtienne notamment, mais aussi Flor de Toloache ou encore Jordan Officer, chanteur de blues, jazz, country, rock.

L'artiste joue du violon.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le musicien montréalais Jordan Officer lors d'une prestation à la conférence de la Folk Alliance International tenue à Montréal en février 2019

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Aengus Finnan veut ainsi dépoussiérer ce qu’il appelle le « old boys club ». Et les vitrines musicales diverses ne sont pas ses seuls outils. La conférence était accompagnée de discussions, dont une sur le concept de « musique du monde ». Un terme que la FAI a cessé d’utiliser depuis 2014, car il provient, selon les organisateurs, d’un point de vue et d’une idéologie coloniale.

Pour la première fois aussi, des discussions se sont tenues sur la musique autochtone, les défis, les solutions, les besoins.

Gros plan sur le visage souriant de l'artiste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteure-compositrice crie Buffy Sainte-Marie, lors de la conférence de la Folk Alliance International tenue à Montréal en février 2019

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La chanteuse crie Buffy Sainte-Marie y a participé. « On essaie de s’éduquer, partager nos connaissances, nos réseaux, nos expériences dans le but de bâtir une industrie de la musique autochtone, parce qu’il n’y en a pas », explique celle qui a surtout prodigué des conseils sur le business.

On ne sait pas où sont les portes dans le show-business et même si on le sait, on ne sait pas à qui parler ni quoi dire, parce qu’on n’a pas d’expérience.

La chanteuse crie Buffy Sainte-Marie

Et c’est justement dans ces joyeux rendez-vous formels et informels que les rencontres se font.

« C’est l’esprit du folk, précise Gilles Garand. On est comme une immense cuisine nucléaire où se trouvent les familles éclatées, où tout le monde se rencontre dans cette folie créatrice, et chaque jour la famille grandit ».

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