•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vives tensions après une frappe indienne anti-islamiste au Pakistan

Des Indiens brûlent à Ahmedabad une effigie représentant le Pakistan alors qu'ils célèbrent la frappe aérienne menée par leur pays contre des camps du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed en territoire pakistanais.

Des Indiens brûlent à Ahmedabad une effigie représentant le Pakistan alors qu'ils célèbrent la frappe aérienne menée par leur pays contre des camps du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed en territoire pakistanais.

Photo : Reuters / Amit Dave

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'Inde a procédé mardi à une frappe aérienne au Pakistan qui visait selon elle un groupe islamiste, provoquant un nouvel accès de fièvre entre ces deux puissances nucléaires autour de la région disputée du Cachemire.

Les tensions étaient déjà très vives entre ces pays voisins depuis l'attentat-suicide dans la partie indienne du Cachemire qui a provoqué la mort d'au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février et été revendiqué par le groupe islamiste insurgé Jaish-e-Mohammed (JeM, L'Armée de Mahomet), établi au Pakistan.

Islamabad a dénoncé mardi une « agression intempestive », a démenti qu'un « camp terroriste » ait été visé près de Balakot, dans le nord-est du Pakistan, non loin du Cachemire, et a promis de répliquer « à l'heure et à l'endroit de son choix ». Une réunion de l'instance chargée de superviser l'arsenal nucléaire a en outre été convoquée mercredi, a fait savoir un porte-parole de l'armée.

Ces événements ont provoqué l'inquiétude de la communauté internationale. La Chine et l'Union européenne ont ainsi appelé mardi les deux pays à « la retenue ».

La France, de son côté, a défendu « la légitimité de l'Inde à assurer sa sécurité contre le terrorisme transfrontalier » et demandé au Pakistan de « mettre fin aux agissements des groupes terroristes installés sur son territoire ».

L'Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres dans le passé, dont deux au sujet du Cachemire. Cette région himalayenne, en majorité peuplée de musulmans, est divisée entre ces deux pays qui la revendiquent chacun depuis des décennies.

Les autorités indiennes ont expliqué leur action mardi en affirmant que le groupe rebelle JeM préparait de nouveaux attentats-suicides en Inde.

Des Indiens de New Delhi brandissent le drapeau national et se réjouissent des frappes aériennes menées par les autorités indiennes au Pakistan. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Indiens de New Delhi brandissent le drapeau national et se réjouissent des frappes aériennes menées par les autorités indiennes au Pakistan.

Photo : Reuters / Adnan Abidi

« Au vu du danger immédiat, une frappe préventive est devenue absolument nécessaire », a déclaré Vijay Gokhale, un haut responsable de la diplomatie indienne à New Delhi.

« Aux premières heures aujourd'hui, l'Inde a frappé le plus grand camp d'entraînement de Jaish-e-Mohammed à Balakot », a dit M. Gokhale, qualifiant ce raid d'« action préventive non militaire » et le décrivant comme « spécifiquement ciblé sur le camp de JeM ».

Dans cette opération, un très grand nombre de terroristes, de formateurs, de commandants de haut rang et de jihadistes entraînés aux attentats-suicides de Jaish-e-Mohammed ont été éliminés.

Vijay Gokhale, haut responsable de la diplomatie indienne

Le Pakistan a réagi avec colère, dénonçant des affirmations « fictives » destinées au public indien « dans un contexte électoral », au prix d'« un risque sérieux pour la paix et la stabilité régionales ».

« Quatre explosions »

Un avion se pose sur la piste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un avion de combat indien Mirage 2000 se pose sur une base du nord de l'Inde.

Photo : Reuters / Pawan Kumar

New Delhi n'a pas donné officiellement de détails sur les modalités de cette opération, mais la presse locale rapportait qu'elle avait pris la forme d'un bombardement aérien effectué par des avions de chasse Mirage 2000.

Selon le Pakistan, des avions indiens ont bien brièvement pénétré dans son espace aérien au niveau du Cachemire et largué une « charge utile » près de Balakot, mais sans faire de dégâts ni de victimes.

Un journaliste de l'AFP a aperçu un cratère profond d'environ deux mètres et quelques arbres abattus dans la zone désignée comme celle où la « charge utile » est tombée. Aucune autre précision n'a été fournie sur celle-ci.

Dans la ville de Balakot elle-même, située tout près du Cachemire, Zubari Afzal, 25 ans, propriétaire de la parcelle touchée, a raconté à l'AFP avoir entendu « quatre explosions » dans la nuit, qu'il a initialement attribuées à un orage.

« J'ai essayé d'aller voir dans quel état étaient mes plantations, mais je n'y ai pas été autorisé », a-t-il ajouté.

Un autre habitant, Sayed Waqar Hussain Shah, a également fait état de plusieurs explosions pendant la nuit. « Les gens étaient terrifiés, mais plus tard nous, les villageois, nous sommes rendus sur place, une zone de collines », a-t-il raconté.

Un message clair de l'Inde

Un zone rasée dans une forêt.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'avion indien que le Pakistan affirme avoir intercepté près de Balakot aurait largué sa bombe dans une forêt avant de prendre la fuite.

Photo : Reuters / Handout .

Selon les analystes, le fait que la frappe ait eu lieu en territoire pakistanais hors du Cachemire est le signe d'une possible escalade entre les deux pays.

À Poonch, au Cachemire indien, des habitants et des responsables ont signalé la chute de nombreux obus mardi le long de la frontière de facto.

L'Inde accuse de longue date le Pakistan de soutenir en sous-main les infiltrations d'insurgés au Cachemire indien, ce qu'Islamabad a toujours démenti.

En décrivant l'opération de mardi comme une « action préventive non militaire » ayant seulement visé un groupe islamiste et non l'État pakistanais, New Delhi cherche toutefois à limiter ses répercussions, selon Samir Saran, président de l'Observer Research Foundation à New Delhi.

Le message ainsi adressé par l'Inde au Pakistan est de « lui dire que nous ne voulons pas l'escalade. C'est pourquoi nous disons que c'est une mesure préventive. Vous n'avez pas besoin d'en faire une guerre, si vous ne le voulez pas », a-t-il encore dit.

L'attentat du 14 février avait suscité une vague de colère en Inde et des appels à des représailles.

Le premier ministre Narendra Modi, qui cultive une image d'homme fort et briguera un deuxième mandat au printemps, est soumis à la pression de son opinion publique favorable à une réplique musclée.

En 2016, en représailles à l'attaque meurtrière d'une base militaire indienne par un commando islamiste, le chef du gouvernement indien avait ordonné une série de raids de commandos le long de la ligne de cessez-le-feu au Cachemire.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !