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Sommet Trump-Kim : l’enjeu de ne pas repartir les mains vides

Donald Trump passe une haie d'honneur formée de militaires vietnamiens.

Le président américain Donald Trump est accueilli par des militaires vietnamiens à Hanoi pour un sommet avec le leader nord-coréen Kim Jong Un.

Photo : The Associated Press / Evan Vucci

Anyck Béraud

Leur première rencontre à Singapour avait été historique, et un brin surréaliste, après des mois à s'être échangé insultes et menaces sous fond de tests nucléaires et de tirs de missiles balistiques nord-coréens. Mais depuis, la vague promesse de dénucléarisation complète de la péninsule coréenne a donné peu de résultats. À Hanoï, qu'est-ce que Donald Trump pourrait offrir en retour d'engagements concrets à Kim Jong-un qui veut, lui, des concessions des États-Unis?

Surtout que les deux pays ne s’entendent toujours pas sur la définition de dénucléarisation. Le dictateur nord-coréen ne semble pas disposé, pour l’instant, à renoncer à son arsenal, un gage de sécurité selon lui. Et il fait valoir que la balle est dans le camp de l’administration américaine, qu’il a déjà fait des gestes de bonne volonté.

Par exemple, son régime a suspendu ses tirs et ses essais, en plus de démanteler le site nucléaire de Punggye-ri, dans le nord-est du pays, même si certains rapports, dont celui de l’Agence internationale de l’énergie atomique, laissent croire que Pyongyang continue à développer son programme.

Donc, pour aller plus loin, Kim Jong-un veut des concessions. Au premier chef : un allègement des sanctions qui étouffent la Corée du Nord. Il fait du développement économique de son pays l’une de ses priorités, il l’a répété lors de son discours du Nouvel An. Son voyage à Hanoï est présenté, par la télévision d’État nord-coréenne, comme une mission pour la prospérité du pays et le bonheur de son peuple.

Kim Jong-un salue la foule entouré de gardes du corps.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kim Jong-un est arrivé en train à la gare de Dong Dang, à Lang Son au Vietnam, le 26 février 2019.

Photo : Getty Images / Linh Pham

Allégement partiel des sanctions?

Les sanctions sont un des leviers dont dispose Washington pour peser sur Pyongyang. Tong Zhao, spécialiste de la Corée du Nord au Centre de politique mondiale Carnegie-Tsinghua à Pékin, croit cependant que les Américains pourraient lâcher un peu de lest.

Ils [les États-Unis] semblent ouverts à l’idée de lever quelques sanctions moins importantes, pour permettre des échanges entre les populations et l’acheminement de l’aide humanitaire. Tout en maintenant les sanctions de l’ONU et les sanctions américaines pour continuer à exercer des pressions sur les Nord-Coréens.

Tong Zhao, spécialiste de la Corée du Nord du Centre de politique mondiale Carnegie-Tsinghua à Pékin

En Corée du Sud, le président Moon Jae-in, un partisan de longue date d’une réconciliation avec le Nord et fils de réfugiés nord-coréens, fait valoir qu’un assouplissement des sanctions aiderait à mettre la Corée du Nord en confiance. En plus de favoriser la mise en œuvre de projets intercoréens. Par exemple, le rétablissement de la zone économique de Kaesong, que Séoul avait fermée il y a quelques années après un autre essai nucléaire de Pyongyang.

Le parc industriel intercoréen de Kaesong.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le parc industriel intercoréen de Kaesong était un symbole de la coopération entre les deux pays.

Photo : Reuters / Kim Hong-Ji

Ambitions réduites sur le dossier de la dénucléarisation

En retour, le spécialiste Zhao Tong croit que Kim Jong-un pourrait offrir de fermer définitivement son principal laboratoire de recherche nucléaire de Yongbyon. Le dictateur nord-coréen a évoqué cette idée. Tout comme il pourrait permettre cette fois la présence d’inspecteurs indépendants et internationaux, comme le veulent les États-Unis.

Washington souhaite également un échéancier de négociations et un inventaire complet des capacités nucléaires nord-coréennes comme gestes concrets de Pyongyang. Cependant, Tong Zhao croit que les États-Unis sont en train de revoir leurs demandes à la baisse et que Donald Trump pourrait simplement se contenter d’un gel du programme nucléaire nord-coréen, pour l’instant.

Le président américain a d'ailleurs déclaré qu'il serait heureux si la Corée du Nord continuait de s'abstenir de tester des armes et qu'il ne voulait « presser personne ».

Un désarmement nucléaire complet et irréversible reste l’objectif à long terme des États-Unis. Mais ils se rendent compte qu’ils ont peu de marge de manoeuvre pour forcer la Corée du Nord à atteindre cet objectif dans un avenir proche.

Tong Zhao

L'analyste rappelle que ce qui a été amorcé à Singapour n'était que le début d’un long processus qui pourrait prendre des années.

Déclarer la fin de la guerre de Corée ou non

Les signatures de leaders militaires de la Corée du Nord, de la Chine et des États-Unis, pays qui dirigeait les troupes de l'ONU.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'exemplaire en anglais de l'armistice qui a fait taire les armes de la Guerre de Corée en 1953, avec les signatures de leaders militaires de la Corée du Nord, de la Chine et des États-Unis, pays qui dirigeait les troupes de l'ONU. Document des archives nationales des États-Unis.

Photo : Reuters / Jim Bourg

Donald Trump et Kim Jong-un pourraient toutefois s’entendre plus rapidement à Hanoï sur un dossier en particulier : une déclaration pour mettre fin officiellement à la guerre de Corée, l’une des demandes du dictateur nord-coréen.

C’est un armistice qui a mis fin à trois ans de combats en 1953. Les deux Corées sont donc toujours officiellement en guerre, car aucun traité de paix n'a été ratifié. Dans un esprit de réconciliation, Séoul et Pyongyang ont détruit quelques-uns des postes-frontière le long de la zone démilitarisée (DMZ), qui divise la péninsule comme une longue cicatrice.

Un garde devant le drapeau sud-coréenAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Du côté de sud de la DMZ. Avril 2018

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

L’analyste Harry Kazianis, spécialiste des questions de défense au Center for the National Interest, un centre de réflexion conservateur basé à Washington, croit que la seule façon pour les États-Unis de prouver à la Corée du Nord qu’ils sont sérieux dans leur intention de bâtir de nouvelles relations et de mettre fin à des décennies de tensions, c’est de signer une déclaration de paix.

Si Washington devait signer avec Pyongyang une simple déclaration pour mettre fin à la guerre, Kim Jong-un aurait la preuve qu’il lui faut pour faire confiance aux Américains et pour dire à son peuple, notamment aux militaires, que les États-Unis n’ont plus d’intentions hostiles et pour commencer la dénucléarisation.

Harry Kazianis, expert américain

Pour l’analyste américain, ce serait vraiment historique. Il s'agirait toutefois d'une première étape, car un traité de paix comme tel devra notamment avoir l’aval de tous les signataires de l’armistice, dont la Chine. Et pour d’autres experts, une déclaration de paix ouvrirait la porte à d’autres requêtes nord-coréennes, comme le retrait des troupes américaines stationnées en Corée du Sud. Tong Zhao, du Centre Carnegie-Tsinghua à Pékin, croit que le président américain pourrait couper la poire en deux en décrétant la fin des hostilités entre les États-Unis et la Corée du Nord, une déclaration bilatérale.

Donald Trump promet que son deuxième sommet avec Kim Jong-un sera « formidable ». Bien des observateurs notent que, pour cela, il faudra que les deux leaders fassent un pas en avant, avec des mesures concrètes notamment sur la dénucléarisation et sur l'amélioration des relations entre les deux pays.

Des militaires vietnamiens saluent le président Trump.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président américain Donald Trump est accueilli par des militaires à Hanoi, au Vietnam.

Photo : The Associated Press / Evan Vucci

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