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Sommet du Vatican : la voix des victimes se fait-elle assez entendre?

Le pape préside une prière avec des évêques au Vatican.

Le pape François prie avec des évêques pour amorcer la deuxième journée du sommet sur la protection des enfants contre les abus sexuels commis par des membres du clergé.

Photo : Getty Images / GIUSEPPE LAMI

Abdoulaye Cissoko

L'une des présumées victimes du père Omer Desjardins, prêtre manitobain ayant été accusé d'agressions sexuelles envers des mineurs, dit ne pas s'attendre à un vrai changement au terme du sommet du Vatican sur la prévention des agressions sexuelles commises par le clergé. Joe Barriault pense que cette rencontre ne changera aucunement les choses.

Lorsqu'il était adolescent à la fin des années 80, Joe Barriault a vécu dans un foyer de groupe géré par des catholiques. C'est là qu'il a rencontré Omer Desjardins, qu'il accuse de l'avoir agressé sexuellement.

Le père oblat est décédé en 2017, le jour où il devait comparaître sous 10 chefs d'accusation pour des crimes de nature sexuelle à l'encontre de jeunes garçons du Manitoba.

Le sommet du souverain pontife qui vient de se terminer visait à convaincre les chefs de l'Église catholique du monde entier de leur responsabilité individuelle face aux abus sexuels sur des personnes mineures, dans un contexte où l'Église est parfois vue comme protégeant les prêtres, et en particulier les cardinaux, sur lesquels pèsent des allégations.

Le pape François apparaît au synode sur la protection des mineurs, le 21 février, au Vatican.

Le pape François au synode sur la protection des mineurs, le 21 février, au Vatican

Photo : AFP/Getty Images / VINCENZO PINTO

La rencontre était axée sur les stratégies à mettre en place pour éviter que de tels abus ne se reproduisent. En tant que victime, Joe Barriault voudrait entendre l'Église dire qu'elle fait tout pour connaître l'identité des abuseurs en son sein et les mettre hors d'état de nuire.

Joe Barriault a plutôt eu l'impression que cette rencontre était un stratagème pour faire les manchettes, et que « nous l'oublierons dans quelques jours ». Selon lui, le sommet n'a évoqué aucune implication de la police dans les enquêtes ni proposé de réelles solutions.

Un homme, vu de dos, qui regarde un album de photos.

Joe Barriault

Photo : Radio-Canada / Wendy Buelow

Joe Barriault explique que, si l'Église veut résoudre le problème, elle pourrait mêler les autorités policières aux enquêtes et donner elle-même le signalement des abuseurs.

Le protocole à l'archidiocèse de Saint-Boniface

L'archevêque de l'archidiocèse de Saint-Boniface, monseigneur Albert LeGatt, se félicite au contraire de la tenue du sommet du pape François.

« C'est le mouvement de toute l'Église vers le soin des enfants, des vulnérables et des victimes. Cela confirme que c'est une question sérieuse et qu'il faut agir. Nous ne pouvons pas rester à des paroles ou des effets de défense qui ne mènent nulle part », dit-il.

Mgr LeGatt rappelle que l'archidiocèse de Saint-Boniface a mis en place un protocole pour prévenir les agressions.

Toux ceux qui travaillent ou interagissent avec les jeunes ou les adultes vulnérables suivent un cours d'une durée d'une heure sur les agressions sexuelles, dit-il. « Il s'agit par exemple de comprendre ce qu'est l'abus sexuel, ce qui y mène, comment dépister les signes ou encore ce qu'il faut mettre en place pour la protection des potentielles victimes », mentionne-t-il.

Monseigneur Albert LeGatt, archevêque de l'archidiocèse de Saint-Boniface.

Monseigneur Albert LeGatt, archevêque de l'Archidiocèse de Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada / Bert Savard

Dans chaque paroisse, dit-il, il y a un coordonnateur pour vérifier les antécédents judiciaires et faire de la sensibilisation.

Par ailleurs, en cas d'allégations, la personne mise en cause est immédiatement écartée pour éviter toute possibilité de maintien des agressions, explique Mgr LeGatt. Selon lui, cette initiative dépasse ce que faisait l'archidiocèse il y a deux ans, du côté de la sensibilisation et de la responsabilisation de toutes et tous.

Pour sa part, Joe Barriault reproche à l'Église de ne pas véritablement s'occuper des victimes. Il soutient ainsi qu'aucun membre de l'Église ne l'a contacté ni demandé à entendre son histoire.

Si l'Église veut lutter contre les agressions sexuelles sur les mineurs, dit-il, elle devrait aussi renvoyer les prêtres abuseurs plutôt que de les muter dans une autre paroisse.

« Oui, c'est arrivé dans le passé, mais cela ne passe plus. Je ne peux pas parler de l'Église universelle, mais au Canada et dans notre archidiocèse, cela ne se fait plus du tout », tient à préciser Mgr LeGatt.

Le prêtre Omer Desjardins.

Le prêtre Omer Desjardins

Photo : Oblats de Marie-Immaculée

L'archevêque indique que tous les diocèses ont des comités comprenant des experts laïcs, tels que des psychologues et des éducateurs, et que toutes les allégations sont rapportées à ces comités. Selon lui, ce processus est en place au sein de l'archidiocèse de Saint-Boniface depuis le début des années 1990.

L'archevêque précise que, dès qu'il y allégation, la victime bénéficie d'une écoute, mais aussi de counselling aux frais du diocèse.

Cette semaine, la conférence des évêques de l'Ouest canadien aura lieu à Victoria en Colombie-Britannique. Mgr LeGatt affirme que le sommet du Vatican qui a pris fin le 24 février sera certainement abordé lors de cette rencontre.

« La conférence de Rome se lie à nos efforts au Canada d'améliorer nos approches et nos actions, et surtout de se laisser convaincre de plus en plus par la profondeur de la blessure de la personne abusée », note-t-il.

Selon lui, la voix des victimes, qui est de plus en plus entendue, est ce qui fait vraiment avancer ce mouvement.

Manitoba

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