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Pédophilie dans l'Église : le sommet de la déception?

À la fenêtre, le pape François lors de son discours dimanche.

Le pape François lors de son discours dimanche

Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Alessandra Tarantino

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À ce sommet dit historique, il y a eu des moments forts et même émouvants. À n'en pas douter. Il y a eu le témoignage de cette religieuse africaine dont la voix résonnait dans la salle des rencontres où étaient réunis évêques, cardinaux, fonctionnaires et le pape.

Son histoire est celle d’une jeune fille de 15 ans qui rencontre un prêtre avec qui une relation prend forme. Dans les treize années qui vont suivre, trois fois elle tombera enceinte du prêtre qui n’aimait pas porter le condom. Trois fois ce même prêtre la forcera à l’avortement.

Au dernier jour du sommet, quelques prélats ont cru bon de souligner la gravité des témoignages qu’ils ont entendus à Rome.

Pourtant, il aurait suffi qu’ils prêtent l’oreille pour saisir l’ampleur du drame humain qu’ont vécu les victimes des prêtres prédateurs qui ont agressé de toutes les manières imaginables des milliers d’enfants.

Des mesures concrètes… à venir!

On imagine que les victimes sont déçues du peu de choses concrètes à émerger de cette grande rencontre.

Par exemple, on apprenait dimanche que le pape François est à préparer un motu proprio, un décret papal qui viserait la cité-État du Vatican, où le taux de natalité est de zéro et où les enfants sont pratiquement inexistants. Peut-être le pape pense-t-il aux séminaristes? Ou aux religieuses qui y travaillent, notamment au service des cardinaux de la curie romaine?

Le pape François a assisté à la messe dans la salle royale du Palais apostolique du Vatican, dimanche matin. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le pape François a assisté à la messe dans la salle royale du Palais Apostolique du Vatican, dimanche matin.

Photo : AFP / Getty Images / Giuseppe Lami

La situation est-elle à ce point grave que le mal s’étend même au cœur du Saint-Siège incapable d’imposer sa propre morale en ses murs? Il faut attendre le texte de ce décret éventuel pour en mesurer l’importance et la signification, mais il y a ici tout un aveu.

Autre chose concrète à venir, la création d’un groupe de travail qui pourrait, par exemple, aider les diocèses qui ne savent trop comment gérer ces situations tragiques.

Il y a de quoi être surpris! Au début de son pontificat, le pape avait formé une commission justement pour faire face à ce fléau. Cet éventuel groupe de travail ne serait-il rien d’autre qu’un aveu du peu d’impact de sa commission dirigée par le cardinal Sean O’Malley?

Le pape n’aurait-il pas pu annoncer quelques idées fortes pour montrer la détermination nouvelle du Saint-Siège? Question de transparence, le pape François aurait-il pu, par exemple, s’inspirer de ces diocèses américains qui ont publié, de leur propre chef, sur leur site web les noms de ceux qui ont agressé des mineurs?

Comment le Vatican aurait-il pu s’inspirer des travaux des commissions d’enquête (notamment celles d’Irlande et d’Australie) pour éviter que les victimes ne soient finalement entendues que devant les tribunaux ou, pire, menacées de poursuites pour atteinte à la réputation de l’Église?

Quels objectifs?

Peut-être qu’au fond le Saint-Siège n’a jamais vraiment cru que de ce sommet émergeraient de grandes choses concrètes, pratiques et significatives. J’en suis venu à croire que les objectifs de ce grand événement étaient plutôt modestes, simples et ciblés.

On savait déjà que, parmi les participants, certains avaient la conviction que ces scandales étaient typiquement américains ou occidentaux. Autrement dit : régler vos problèmes, ça ne nous concerne pas.

À coups de témoignages de victimes tous les jours du sommet, François a-t-il convaincu ces récalcitrants? A-t-il été en mesure de leur faire admettre que l’Église traverse une tempête formidable qui ne va pas simplement passer.

Un objectif stratégique?

Peut-être que cet événement singulier avait aussi pour objectif d’envoyer un message urgent à la planète entière pour dire : « Nous avons compris, la situation est inacceptable, nous avons failli à notre mission. Regardez maintenant comment nous traitons tout ça avec sérieux, diligence et transparence ».

François a-t-il convaincu fidèles ou pas du sérieux du Saint-Siège? En puisant dans le capital de sympathie dont il jouit encore, a-t-il inspiré confiance? Est-ce que tout va changer maintenant?

Et les victimes ont-elles aujourd’hui le sentiment qu’elles peuvent cogner à la porte de leur diocèse ou des congrégations religieuses et qu’elles seront dorénavant écoutées avec sympathie?

François devait bien savoir que cet événement allait attirer l’attention de la planète. Des centaines de journalistes étaient sur place. Des organisations de victimes aussi. Le sommet a fait les manchettes partout.

Peut-être était-ce aussi l’objectif secret du pape François de prendre à témoin le monde entier qui a bien entendu les belles paroles et qui gardera à l’œil l’Église et ses hommes en soutane.

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