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Lachine-Est sous la loupe des promoteurs

Une maquette du projet.

Voici la maquette d'une version antérieure du projet VillaNova, où l'on projetait déjà de construire sur les terrains de Cintube, au sud du boulevard Saint-Joseph.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

La saison des idées est lancée dans Lachine-Est. Une consultation publique sur ce parc industriel en déclin, dans le sud-ouest de Montréal, a officiellement commencé ses travaux en fin de semaine. Mais sur le terrain, les promoteurs immobiliers sont déjà actifs depuis longtemps.

Une centaine de personnes ont bravé le mauvais temps, dimanche, pour assister à la séance d’information de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur le secteur Lachine-Est.

Ils étaient tous là : la mairesse de l’arrondissement Maja Vodanovic, bien sûr, mais aussi tous les développeurs immobiliers qui possèdent – ou qui lorgnent – les 50 hectares de terrains visés par la consultation publique.

Car Lachine-Est est appelé à changer. Ses vestiges industriels devraient laisser place, dans les prochaines années, à un tout nouveau quartier. La Ville de Montréal prévoit la construction de 4000 à 4500 unités d’habitation, qui devraient abriter quelque 10 000 résidents.

Ce quartier verra le jour au nord du canal Lachine; à l’est de la 6e Avenue; au sud de la rue Victoria; et à l’ouest du chemin de fer d'exo – le Réseau de transport métropolitain –, qui a d'ailleurs ouvert une nouvelle gare de train de banlieue près du boulevard Saint-Joseph, en 2017, la gare du Canal, sur la ligne Montréal-Candiac.

Une carte du secteur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lachine-Est, c'est 50 hectares de terrains industriels à revitaliser.

Photo : Ville de Montréal

Mais pendant que tous s’interrogent sur la manière de façonner l’avenir du quartier, des promoteurs ont déjà pris les devants. D’ailleurs, tous les terrains de Lachine-Est sont de propriété privée, ont rappelé les représentants de la Ville de Montréal, dimanche.

« D’où l’importance de tenir une consultation publique », a souligné la mairesse Vodanovic.

Plusieurs dizaines de personnes assises.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La séance d'information de dimanche avait lieu à la Maison du Brasseur, dans le Vieux-Lachine.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Par exemple, des « maisons de ville » ont déjà poussé sur le site de l’ancienne fonderie Jenkins, où quelques familles ont emménagé récemment. Des duplex et des tours à condos de 10 étages devraient aussi se greffer au paysage sur ce terrain de 5,7 hectares, au nord du boulevard Saint-Joseph, entre l’usine de bains Maax, à l’est, et l’ancienne Dominion Bridge, à l’ouest.

Les premiers pas de ce projet, baptisé VillaNova, n’ont pas été faciles. Des tests effectués par l’arrondissement de Lachine, en 2016, ont montré que les terrains, achetés quelques années auparavant auprès d’une compagnie à numéro appartenant au « roi des taudis » Robert Sebag étaient toujours contaminés. Résultat : son nouveau propriétaire, Développement Lachine Est (DLE), a dû débourser 10 millions de dollars pour décontaminer une nouvelle fois le terrain, en 2017.

L’opération a duré trois ou quatre mois, se rappelle Didier Heckel, directeur planification et développement immobilier pour DLE. « On a dû sortir 92 000 tonnes de terres », soupire-t-il.

Le projet de DLE, VillaNova, est certes le plus avancé jusqu’à maintenant. La compagnie – fondée par le Groupe Catania, mais contrôlée par la firme Raymond Chabot Grant Thornton depuis les démêlés judiciaires de Paolo Catania – souhaite maintenant développer ses terrains au sud du boulevard Saint-Joseph, acquis auprès d’ArcelorMitall en 2011. Ces 8 hectares ne sont toutefois pas encore décontaminés – tout comme 90 % de tous les terrains de Lachine-Est, d’ailleurs.

M. Catania pointe son interlocuteur du doigt.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'homme d'affaires Paolo Catania (à gauche) est toujours bien actif dans le projet VillaNova. Il était présent dimanche à la consultation publique de l'OCPM.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Mais DLE n’est pas la seule société qui s’active – en coulisses ou au grand jour – pour faire avancer ses intérêts. Un autre projet, plus petit, se dessine à la pointe sud de Lachine-Est : celui de l’homme d’affaires Patrick Varin et de l’architecte Antoine Chaloub, qui se sont regroupés pour former « Atelier et développement AP ».

La société ne possède qu’un petit hectare de terrain sur le site de l’ancien concessionnaire automobile Spinelli. Mais elle s’est associée avec la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) pour mettre sur pied un projet – baptisé provisoirement « Projet résidentiel Saint-Joseph » – qui implique la démolition du garage Pneus Lachine et la construction de quatre bâtiments de part et d’autre de la 6e Avenue. À cheval, donc, sur la frontière entre le Vieux-Lachine et le secteur de Lachine-Est tel qu’étudié par l’OPCM.

L'achat du garage Pneus Lachine n'a pas encore été notarié, admet M. Chaloub. Mais son partenaire et lui souhaiteraient, de concert avec la SHDM, construire sur ce site 500 condominiums, dont 174 seraient accessibles via le programme Accès Condo.

Cintube garde son jeu

Les terrains les plus convoités de Lachine-Est demeurent toutefois les 20 hectares appartenant à TFC Cintreurs et Fabricants de Tubes du Canada, une compagnie spécialisée dans le cintrage de métal, mieux connue sous le nom de Cintube. Ses lots sont situés sur le site de son usine, au sud du boulevard Saint-Joseph, mais aussi plus au nord, sur les terrains anciennement occupés par la Dominion Bridge.

Un plan du secteur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les grands joueurs industriels des dernières années dans Lachine-Est. Entre parenthèse, l'année où ils ont cessé leurs activités.

Photo : Ville de Montréal

DLE et un autre promoteur, Aldo Construction, affirment tous deux avoir signé des ententes avec Cintube pour mettre la main sur ses terrains. Ces ententes n’ayant pas été notariées, toutefois, impossible de dire quels lots ont fait l’objet d’une promesse de vente. Officiellement, c’est Cintube qui en demeure propriétaire pour l’instant.

Mais la Ville de Montréal est elle aussi dans la course. En 2018, elle s’est dotée d’un droit de préemption sur certains lots appartenant à Cintube. Advenant une vente, elle pourra ainsi égaler la somme de la transaction pour acquérir le terrain. Et en faire ce qu’elle en veut.

Ce que souhaite l’arrondissement

Les besoins sont criants à Lachine pour des équipements collectifs, insiste la mairesse Maja Vodanovic. Son souhait : construire un centre communautaire et sportif, adossé à une école, sur le site de l’usine Cintube, le long du canal Lachine.

C’est qu’il n’y a actuellement aucun centre sportif public à Lachine. Et son seul centre communautaire, le centre Albert-Gariépy, pourrait bientôt être vendu à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, qui manque cruellement de place pour ses élèves.

Mme Vodanovic souhaiterait aussi la création de logements sociaux dans Lachine-Est. Mais de son propre aveu, seul le « Projet résidentiel Saint-Joseph » aura l’obligation de se plier à la Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets résidentiels de la Ville de Montréal, puisque les autres projets sur la table ne nécessitent pas de dérogations réglementaires.

Rendez-vous en avril

Pour l’instant, l’héritage industriel de Lachine-Est demeure encore bien visible, et certaines entreprises, comme Maax et Cintube, poursuivent malgré tout leurs opérations. Quelques voitures se garent aussi chaque matin dans le stationnement du Complexe industriel de Lachine, un site de 6 hectares situé à proximité du stationnement incitatif de la gare du Canal, qui a abrité les installations de la compagnie Allis-Chalmers jusqu'en 2000.

Tous néanmoins s’entendent pour dire que le statu quo n’est plus acceptable dans Lachine-Est.

Un terrain vague, agrémenté de quelques roulottes et d'une pépine.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des dizaines d'hectares de terrain restent à être décontaminés dans Lachine-Est. Comme celui-ci, qui a déjà abrité une usine d'ArcelorMittal, et qui appartient maintenant à DLE.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

La consultation publique se poursuivra le mois prochain avec la tenue de deux ateliers créatifs. Elle se réunira ensuite le 2 avril pour une première séance d'audition des opinions.

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