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Pénurie d'enseignants à l'Î.-P.-É : un programme universitaire et de la détermination en guise de solutions

Des élèves vus de dos travaillent en classe sur leurs ordinateurs.

Une centaine de professeurs travaillent pour la Commission scolaire de langue française de l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Julien Lecacheur

Radio-Canada

À l'Île-du-Prince-Édouard, la Commission scolaire de langue française cherche désespérément de nouveaux professeurs pour la prochaine rentrée. Alors que la Commission scolaire sillonne les universités canadiennes à la recherche de candidats pour combattre la pénurie, l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard a mis sur pied un programme accéléré en enseignement.

Un texte de Julien Lecacheur

À 25 ans, Kait Gallaway suit actuellement un stage à l'école François-Buote de Charlottetown. Pendant 12 semaines, elle s'occupe de l'éducation physique des maternelles de la première à la sixième année. Anglophone de naissance, elle suit actuellement un baccalauréat en éducation en français à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard (UPEI). Dès l'obtention de son diplôme en mai prochain, elle souhaite enseigner dans une école francophone de la province.

Il n'y a pas beaucoup d'écoles à l'Île-du-Prince-Édouard où je pourrais enseigner le français dans un gymnase, souligne-t-elle.

kait Gallaway consulte des feuilles de compétitions.

Kait Gallaway espère débuter sa carrière d'enseignante dans une école francophone de l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Julien Lecacheur

Comme elle, ils sont actuellement 26 étudiants à suivre le même programme à l'UPEI. Le programme qui existe depuis des années a été modifié pour attirer plus de participants. Aujourd'hui, le baccalauréat se fait en un an, au lieu de deux. C'est d'ailleurs ce changement qui a poussé Kait Gallaway à s'inscrire à la formation.

Un an, c'est très rapide. Alors oui, c'est beaucoup de travail, mais dès que tu as fini, tu sors et tu es prêt pour le marché du travail. C'est vraiment unique.

Kait Gallaway, étudiante

Un intérêt canadien pour le programme de l'UPEI

Le baccalauréat offert à l'UPEI connaît un véritable succès. En 2013, seulement dix étudiants étaient inscrits.

Cette année, ils sont 26, et les responsables de la formation prévoient ouvrir 30 places pour la prochaine rentrée. L'intérêt pour la formation est tel qu'il dépasse maintenant les frontières de la province et même des Maritimes. Huit étudiants, dont certains du Québec et de l'Ontario, suivent présentement les cours.

Le coordonnateur du programme, Zain Esseghaier, explique que la formation doit répondre à un besoin pressant : la pénurie d'enseignants. Si pressant que chaque étudiant est pratiquement assuré d'avoir un emploi une fois diplômé, parfois même avant.

Il y a une grande compétition entre les commissions scolaires. On s'arrache les étudiants à la sortie du programme. Plusieurs d'entre eux reçoivent des offres d'emplois avant même de terminer la formation.

Zain Esseghair, coordonnateur du baccalauréat en éducation, français langue seconde à UPEI
Zain Esseghaier regarde la caméra.

Zain Esseghaier explique que passage du programme à un an au lieu de deux a permis à l'Université d'attirer plus facilement de nombreux étudiants de tout le Canada.

Photo : Julien Lecacheur

C'est le cas de Kait Gallaway. Si elle assure ne pas avoir encore reçu d'offre concrète, elle admet avoir été approchée par des professeurs ou des directeurs d'école. Une école d'immersion à Halifax m'a approchée pour me proposer un poste à la rentrée prochaine, admet-elle.

Les stagiaires : proies des commissions scolaires

À l'école François-Buote de Charlottetown, Isabelle Savoie-Jamieson, la directrice adjointe, se félicite du programme de l'UPEI. En plus de former adéquatement les étudiants à l'enseignement prodigué dans les écoles de la province, il donne aussi la chance aux établissements d'accueillir des stagiaires pour des périodes allant de 8 à 12 semaines, et ce, à deux reprises dans l'année. Une main-d'oeuvre primordiale aujourd'hui, souligne-t-elle : Quand nos stagiaires ont le niveau de français adéquat et qu'ils ont un stage satisfaisant, alors on essaie de les garder dans la commission scolaire.

Isabelle Savoie-Jamieson est à son bureau. Elle écrit sur un cahier avec un stylo bleu.

Isabelle Savoie-Jamieson se félicite d'accueillir chaque année des stagiaires provenant de Charlottetown, Moncton et d'autres universités. Ils aident à combler la pénurie d'enseignants.

Photo : Julien Lecacheur

L'embauche de nouveaux enseignants devient de plus en plus compliquée, avoue Isabelle Savoie-Jamieson. Les stagiaires permettent de combler ce déficit.

La pénurie [...] d'enseignants francophones avec un niveau de français adéquat pour enseigner dans nos écoles s'accentue. Ce n'est vraiment pas facile.

Isabelle Savoie-Jamieson, directrice adjointe, école François-Buote

Quand la Commission scolaire vante la province pour recruter de nouveaux enseignants

Nathalie Malo, la responsable du recrutement pour la Commission scolaire de langue française, est inquiète. Depuis son entrée de fonction, six ans auparavant, elle remarque que la pénurie ne cesse de s'aggraver. Nous n'avons pas le choix, il faut en permanence recruter de nouveaux professeurs, souligne-t-elle.

Et pour recruter, Nathalie Malo sillonne les universités à la recherche de candidats. L'UPEI, l'Université de Moncton, l'Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse, l'Université Laval à Québec et, pour la première fois cette année, l'Université du Québec à Rimouski. Pour pourvoir l'éventuelle vingtaine de postes ouverts l'an prochain, elle doit être convaincante et a développé ses propres stratégies.

Pour recruter, j'essaie de miser sur la beauté de l'Île-du-Prince-Édouard. Je dis aux candidats qu'ils vont aimer la culture. Maintenant, je pars toujours avec des magazines sur le tourisme pour montrer à quoi ressemble la province. Je leur dis même que le homard n'est vraiment pas cher.

Nathalie Malo, responsable des relations humaines à la Commission scolaire de langue française de l'Île-du-Prince-Édouard
Nathalie Malo regarde la caméra.

Nathalie Malo estime qu'une vingtaine de postes d'enseignants devraient être à pourvoir l'an prochain à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Julien Lecacheur

De nos jours, un véritable jeu s'est installé entre les différentes commissions scolaires du Canada pour recruter les futurs diplômés. Des futurs enseignants qui sont de plus en plus la cible des provinces de l'Ouest, comme le Manitoba ou encore la Saskatchewan. Pour vaincre la concurrence, Nathalie Malo explique qu'il lui est impératif de connaître tous les défauts des autres commissions pour faire pencher la balance de son côté.

Selon elle, de moins en moins d'étudiants sont intéressés par la profession.

Elle souhaite donc que le ministère de l'Éducation facilite les démarches administratives des candidats venant de la France.

Île-du-Prince-Édouard

Éducation