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Agressions sexuelles : l'Église a détruit des dossiers, admet un cardinal

Le pape François pendant le sommet du Vatican sur les agressions sexuelles.
Le pape François doit annoncer dimanche les conclusions du grand sommet de l'Église sur les agressions sexuelles commises en son sein. Photo: Reuters / Vatican Media
Agence France-Presse

Un cardinal allemand, proche du pape, a admis samedi que l'Église avait parfois détruit des dossiers sur des ecclésiastiques pourtant coupables, à l'évidence, d'avoir agressé sexuellement des mineurs, et a appelé à une nouvelle culture de transparence pour répondre aux scandales.

« Des dossiers qui auraient pu documenter ces actes terribles et indiquer le nom des responsables ont été détruits ou n'ont pas même été constitués », a déploré le cardinal allemand Reinhard Marx dans un discours aux 190 participants d'un sommet du Vatican, qui aborde sans fard depuis jeudi des pratiques au sein de l'Église catholique, qui ont pu mener à commettre ou à taire des abus sexuels de mineurs.

Le président de la conférence épiscopale allemande, connu pour ses prises de position plutôt libérales et sans langue de bois, fait partie d'un conseil restreint de cardinaux (C9) conseillant le pape François sur les réformes des institutions du Vatican.

« Les abus sexuels à l'égard d'enfants et de jeunes sont, dans une mesure non négligeable, dus à l'abus de pouvoir dans le cadre de l'administration » qui a « discrédité » la mission de l'Église, a soutenu le cardinal allemand.

Au lieu des coupables, ce sont les victimes qui ont été réprimandées, et on leur a imposé le silence.

Le cardinal Reinhard Marx

« Des procédures et des processus établis pour poursuivre les délits ont été délibérément non respectés, plutôt rayés et ignorés. Les droits des victimes ont été, de fait, foulés aux pieds et laissés aux caprices de personnes individuelles », a souligné le cardinal Marx.

Sa remarque n'a pas échappé à une centaine de victimes d'abus sexuels du clergé qui ont organisé samedi une marche dans le centre de Rome.

« C'est illégal » de détruire des dossiers, a commenté l'Américain Peter Isely, un membre fondateur de l'organisation internationale ECA (Ending Clergy Abuse ou Mettre fin aux agressions du clergé), qui avait rencontré vendredi le cardinal Marx. Selon lui, les déclarations du cardinal allemand devraient fortement intéresser la justice civile.

Des manifestants à Rome.Des manifestants ont défilé dans Rome pour protester contre la culture du silence sur les agressions sexuelles au sein de l'Église catholique. Photo : Reuters / Yara Nardi

Plaidoyer pour plus de transparence

Le cardinal Marx avait présenté à l'automne les excuses de l'Église catholique allemande en présentant un rapport révélant des abus sexuels sur plus de 3600 mineurs pendant des décennies. Le rapport universitaire avait été commandé par l'épiscopat allemand.

Samedi, le prélat a en outre estimé devant ses pairs que « le secret pontifical » souvent mis en avant par l'Église pour ne pas communiquer n'avait aucune justification convaincante à ses yeux face à des cas d'abus sexuels.

Il a préconisé une plus grande transparence sur les procès menés à huis clos par l'Église, une revendication importante des victimes d'abus sexuels.

L'Église ne doit pas fonctionner avec des normes de qualité inférieure à celles de l'administration publique de la justice, si elle ne veut pas essuyer la critique d'avoir un système judiciaire moins bon et dommageable pour les personnes.

Le cardinal Reinhard Marx

Il souhaite aussi que l'Église et le Vatican mettent fin dans la mesure du possible à son opacité sur les statistiques documentant le nombre d'abus sexuels commis par le clergé, qui conduit à « une méfiance » de l'institution de l'Église ainsi qu'à « des théories du complot ». « Cela peut être évité si les faits sont présentés de manière transparente », a-t-il avancé.

Le cardinal souhaite en outre que les actes judiciaires de l'Église soient publiés, car « la persistance de doutes » sur le bon déroulé des procédures de ses tribunaux porte atteinte à leur réputation et à celle de l'Église.

Le prélat allemand qui est en outre membre du Conseil pour l'économie du Vatican a noté au passage qu'une meilleure « transparence et traçabilité » pouvaient s'appliquer aussi dans le domaine des finances, « qui sont aussi un facteur crucial pour la confiance en l'Église et sa crédibilité ».

Les présidents de 114 conférences épiscopales de tous les continents sont réunis jusqu'à dimanche au Vatican, avec de hauts prélats de la curie, des chefs des églises catholiques orientales et des supérieurs de congrégations religieuses.

Pour tenter d'apaiser des victimes dubitatives et une opinion publique scandalisée, le pape François avait ouvert les travaux jeudi en demandant des mesures « concrètes ». C'est lui qui en tirera les conclusions dimanche.

Inconduite sexuelle

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