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Venezuela : Washington menace de « passer aux actes »

Un homme, torse nu et masqué, s'étire pour lancer un projectile à côté d'un camion incendié.
Des manifestants affrontent les forces de sécurité vénézuéliennes sur le pont reliant la Colombie au Venezuela. Photo: Reuters / Marco Bello
Radio-Canada

Après l'échec de la livraison de vivres en provenance du Brésil et de la Colombie, le gouvernement américain a menacé de « passer aux actes » pour assurer le maintien de la démocratie au Venezuela.

À la demande du chef de l'opposition Juan Guaido, plusieurs camions devaient livrer samedi au Venezuela de l'aide humanitaire composée de nourriture, de produits d'hygiène et de médicaments provenant des États-Unis et d'autres alliés.

Or, deux véhicules qui transportaient une partie de la cargaison et qui arrivaient de la Colombie ont été incendiés, et des heurts avec des militaires vénézuéliens, toujours fidèles au président Nicolas Maduro, ont forcé l'abandon de l'opération de livraison.

Les États-Unis vont passer aux actes contre ceux qui s'opposent à la restauration pacifique de la démocratie au Venezuela. Maintenant, le temps est venu d'agir pour soutenir les besoins du peuple vénézuélien désespéré.

Mike Pompeo, secrétaire d'État américain, sur Twitter

Au Canada, le gouvernement invite à ce que les responsables des violences soient arrêtés et traduits en justice.

« Ces attaques visant des civils sont tout simplement inacceptables et constituent une atteinte aux principes humanitaires de base et à la dignité », ont déclaré par communiqué la ministre des Relations internationales, Chrystia Freeland, et la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

Ottawa réclame « un accès sûr et sans restriction » pour faire passer les vivres à l'intérieur du pays.

Ces appuis nord-américains surviennent alors que M. Guaido a appelé la communauté internationale à n'écarter aucune option pour « libérer le pays ».

« Les événements du jour m'obligent à prendre une décision : demander formellement à la communauté internationale que toutes les options soient ouvertes pour garantir la liberté de notre pays qui se bat et qui continuera à se battre », a-t-il écrit sur Twitter.

Le torchon brûle entre Caracas et Bogota

Précédemment, Nicolas Maduro avait annoncé la fin des relations diplomatiques entre le Venezuela et la Colombie, cette dernière étant accusée de collaborer à ce que le régime qualifie de tentative de renversement.

« Ma patience est épuisée, je ne peux plus le cacher, nous ne pouvons plus supporter que le territoire colombien soit utilisé pour des attaques contre le Venezuela. C'est pour cette raison que j'ai décidé de rompre toutes les relations politiques et diplomatiques avec le gouvernement fasciste colombien », a déclaré Nicolas Maduro dans un discours.

Un homme pointe du doigt dans la direction de la caméra alors qu'il livre un discours derrière deux micros sur une estrade sur laquelle il  est écrit en anglais: « Trump ne touche pas au Venezuela ».Le président Nicolas Maduro a qualifié le gouvernement colombien de « fasciste ». Photo : Reuters

Le personnel diplomatique colombien a eu 24 heures pour quitter le pays.

Sur Twitter, la vice-présidente colombienne, Marta Lucia Ramirez, a indiqué que le Venezuela ne pouvait pas rompre des relations inexistantes.

« Notre gouvernement n'a pas nommé d'ambassadeur là-bas ni ne reconnaît l'ambassadeur de Maduro, étant donné que son mandat [présidentiel] s'est achevé le 9 janvier », a-t-elle précisé.

Deux hommes travaillent entre deux camions sur une route. L'un des deux véhicules est en feu.Des travailleurs humanitaires transfèrent des vivres alors qu'un camion est incendié. Photo : Reuters / Marco Bello

L'opération de transport des vivres avait mal débuté samedi après-midi alors qu'un premier camion avait été incendié par « des policiers » vénézuéliens, selon une députée de l'opposition.

« Les gens sont en train de protéger la cargaison du premier camion et de veiller à l'aide humanitaire que [le président Nicolas] Maduro, le dictateur, a demandé de brûler », a déclaré à la presse Gaby Arellano, qui se trouvait près du pont Santander marquant la frontière avec la Colombie où se sont déroulés des heurts faisant 285 blessés, selon les estimations de Bogota.

Frontière fermée

La frontière a été fermée par l’armée vénézuélienne, alors que le président Nicolas Maduro perçoit dans l’envoi d’aide humanitaire une tentative de le renverser.

Un navire en provenance de Porto Rico a même été menacé de tir par la marine vénézuélienne, a annoncé le gouverneur de l'île, Ricardo Rossello.

« Cette menace est une grave atteinte à une mission humanitaire menée par des citoyens américains. C'est inacceptable et indigne », a indiqué par voie de communiqué M. Rossello qui a informé le gouvernement américain de l'incident.

Samedi, une soixantaine de membres des forces de sécurité vénézuéliennes ont déserté et sont passés en Colombie, selon les services migratoires colombiens.

L'appel aux forces armées est très clair : bienvenus du côté correct de l'histoire, bienvenus les militaires qui aujourd'hui se mettent du côté de la Constitution.

Juan Guaido, chef de file de l'opposition

Le chef de l’opposition a également appelé le peuple « qui aujourd’hui veut se retrouver sur ces ponts » frontaliers.

« Nous vous appelons, a-t-il dit, afin que vous vous manifestiez aussi en ce moment historique du Venezuela pour que cesse l'usurpation » du pouvoir par Nicolas Maduro, que ses adversaires accusent d'avoir été réélu frauduleusement.

Des appuis pour Guaido

Juan Guaido se tient debout sur un camion de livraison entouré par une foule de gens. Juan Guaido a invité les Vénézuéliens à se mobiliser samedi pour réclamer l'aide visant à pallier les pénuries dans leur pays miné par l'hyperinflation. Photo : Reuters / Marco Bello

Malgré un ordre de la cour lui interdisant de quitter le pays, M. Guaido est arrivé à Cucuta, accompagné des présidents de la Colombie, du Chili et du Paraguay, ainsi que du secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA).

Nous exigeons que soit permise l'entrée [de l'aide] de manière pacifique sur le territoire vénézuélien [... ] L'empêcher serait une atteinte aux droits de la personne et pourrait constituer un crime contre l'humanité.

Le président colombien Ivan Duque

M. Guaido sera d'ailleurs à Bogota lundi pour la réunion du groupe de Lima. Le chef de l'opposition a invité samedi soir la communauté internationale à envisager « toutes les éventualités » face au président Maduro.

Selon l'Unité de gestion des risques de catastrophes (UNGRD) colombienne, « 14 véhicules ont été chargés », dans la nuit de vendredi à samedi, « d'environ 20 tonnes [...] de colis alimentaires, de produits d'hygiène et médicaux ».

Des militaires vénézuéliens ont par ailleurs dispersé avec des gaz lacrymogènes des dizaines de personnes qui voulaient traverser un pont frontalier avec la Colombie à Urena, dans l'État de Tachira.

Du côté de la frontière avec le Brésil, deux personnes sont mortes lors d’affrontements près de la ville de Santa Elena de Uairen, selon un hôpital local. Le nombre de blessés aurait grimpé à 31 personnes.

Deux camions qui devaient franchir cette frontière pour gagner le Venezuela ont aussi rebroussé chemin samedi, a annoncé l'Agence France-Presse.

Avec les informations de l'Agence France-Presse et de Reuters

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