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analyse

Assemblée nationale : cynisme à la hausse

Assemblée nationale du Québec

Assemblée nationale du Québec

Photo : Radio-Canada

Sébastien Bovet

Il n'aura fallu que trois semaines de travaux parlementaires en ce début d'année pour que les esprits s'échauffent et que nos élus s'accusent mutuellement de nuire à l'étude de projets de loi à l'Assemblée nationale. Le seul gagnant dans ce débat est le cynisme, et nos parlementaires n'ont qu'eux à blâmer.

Lorsque les gens m’abordent pour parler de politique, presque invariablement, ils me disent qu’ils n’en peuvent plus des débats stériles et des effets de toge de la période de questions. Plus souvent qu’autrement, je leur réponds en me lançant dans une autocritique du journalisme parlementaire (oui, nous sommes capables d’autocritique!). Je leur dis : « vous savez, la période de questions, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La partie submergée, beaucoup plus importante, c’est le merveilleux travail de collaboration qui se fait en commission parlementaire et qu’on ne vous montre que trop rarement ». En général, le « cynism-o-mètre » de mes interlocuteurs baisse de quelques degrés. Et ils tournent les talons en reprenant un peu espoir.

En ce début de fin de semaine, j’avoue que je redoute un peu le moment où quelqu’un m’arrêtera à l’épicerie, dans le rayon des fruits et légumes, pour lancer quelques tomates à nos parlementaires. À la lumière de la chicane de cette semaine, je ne saurais pas trop comment les défendre.

Qui exagère?

Répondre à cette question, c’est comme essayer de trouver qui est responsable d’une bataille dans une cour d’école. Le gouvernement montre le Parti libéral du doigt en disant qu’il prend son temps et tergiverse sur les groupes à inviter en commission parlementaire. La CAQ laisse entendre que les libéraux n’ont pas encore digéré leur défaite. Ils ralentiraient ainsi les travaux pour faire mal paraître le gouvernement.

Jamais on a agi de cette façon-là alors qu’on était dans l’opposition. Le Parti libéral n’a pas compris le message qui a été envoyé par la population que leur arrogance doit être terminée. Les Québécois les ont envoyés réfléchir sur les banquettes de l’opposition et on dirait que la réflexion n’est pas encore commencée.

Simon Jolin-Barrette, leader parlementaire du gouvernement

Le PLQ n’est pas en reste. Il accuse la CAQ d’agir en rouleau compresseur et de vouloir couper court aux discussions pour faire adopter ses projets de loi le plus rapidement possible. Le discours du premier ministre semble d’ailleurs mettre de la pression : le projet de loi sur l’immigration doit être adopté d’ici juin pour mieux intégrer rapidement les nouveaux arrivants; il faut adopter le projet de loi sur la laïcité (toujours pas déposé) d’ici juin pour passer à autre chose.

Lui, il [le leader parlementaire de la CAQ] part avec son idée : je dépose [le projet de loi] jeudi, je commence [la commission parlementaire] mardi; si je ne me suis pas entendu, de la schnout, ils s'arrangeront. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, M. le Président. J'ai dit de la schnout, parce que je voulais être poli.

Sébastien Proulx, leader parlementaire de l’opposition officielle

Le Parti québécois et Québec solidaire assistent à la scène en spectateurs. C’est futile de chercher un coupable, tout le monde devrait agir en élus responsables.

Comment, avec de telles déclarations, nos députés pensent-ils diminuer le cynisme ambiant?

Et pourtant!

Pourtant, le travail des élus en commission parlementaire est en général exemplaire, bien loin des phrases assassines bricolées pour les bulletins de télé qu’ils peuvent prononcer pendant la période de questions.

Faut-il rappeler que la vaste majorité des projets de loi sont adoptés à l’unanimité ou avec un large consensus? Le texte de ces pièces législatives est aussi souvent amélioré pendant son étude en commission parlementaire. C’est dans ce forum (et dans les bureaux de circonscription) que le travail de député trouve son sens.

Des manœuvres et des accusations comme celles qu’on a vues cette semaine pourraient peut-être passer en fin de mandat, dans une ambiance électorale. On essaierait alors de comprendre la stratégie pour discréditer son adversaire. Mais en début de mandat, rien ne justifie un tel braquage, de part et d’autre. Tout cela est surprenant et d’une certaine façon, désolant.

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