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Un terroriste bientôt en liberté malgré les inquiétudes de la Commission des libérations conditionnelles

Un homme souriant portant barbe et lunettes fumées
Kevin Omar Mohamed Photo: Kevin Omar Mohamed/Facebook
Jean-Philippe Nadeau

Un Ontarien emprisonné pour avoir tenté de rejoindre un groupe terroriste en Syrie est sur le point d'être remis en liberté moins de deux ans après avoir plaidé coupable à des accusations en ce sens.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada compte accorder à Kevin Omar Mohamed une liberation d'office, même si elle a toujours des inquiétudes à son sujet.

Kevin Omar Mohamed avait rencontré en 2014 en Turquie des membres d'une faction d'Al-Qaïda qui l'avaient alors fait entrer illégalement en Syrie dans le coffre d'une voiture. Une fois en Syrie, l'étudiant de l'Université de Waterloo avait enjoint par l'intermédiaire des réseaux sociaux d'autres individus de langue arabe à se joindre à son groupe, en leur indiquant la façon de passer clandestinement en Syrie.

La mère et le frère de Kevin Omar Mohamed avaient alors réussi à le retracer et correspondre avec lui par courriel avant d'aller le chercher en Turquie, où il était retourné pour les rencontrer.

Après deux années passées en Syrie, l'étudiant avait accepté de rentrer au Canada à la demande de sa famille. En rentrant au pays, il avait toutefois commencé à promouvoir la violence sur les réseaux sociaux, à soutenir des causes de mouvements terroristes et à en inviter d'autres à commettre des attentats en Occident.

Le document de la Commission des libérations conditionnelles montre qu'il suggérait par exemple à ses abonnés des façons de construire une bombe artisanale ou de mettre le feu aux voitures des infidèles.

Kevin Omar Mohamed avait finalement été arrêté en mars 2016 au moment où il était sans-abri. Sa mère l'avait renvoyé de la maison à la suite d'une dispute. Il était déjà sous la surveillance des autorités canadiennes.

Les policiers l'avait appréhendé avec en sa possession une grosse somme d'argent, un couteau de chasse, des gants de construction et des notes d'Al-Qaïda. Les notes en question portaient notamment sur des cibles à envisager pour perpétrer un attentat dans des endroits que la Commission n'a pas révélés.

Un juge de paix avait refusé à l'époque de le remettre en liberté.

L'étudiant de Waterloo avait été condamné en octobre 2017 à quatre ans et demi de prison, mais compte tenu du temps qu'il a passé en détention préventive, il était admissible à une libération d'office. La Commission en a pris la décision lundi. Elle explique qu'il ne possède aucun casier judiciaire antérieur au crime dont il était accusé.

Kevin Omar Mohamed (à gauche) lors de son procèsKevin Omar Mohamed lors de son audience sur le cautionnement en mars 2016 Photo : La Presse canadienne / Alexandra Newbould

Dans le même document, dont Radio-Canada a obtenu copie, la Commission mentionne pourtant que Kevin Omar Mohamed n'a déployé aucun effort de déradicalisation en prison et qu'il n'existe aucune preuve qu'il ait changé ses croyances idéologiques extrémistes.

La Commission se dit même inquiète qu'il puisse récidiver. Elle y écrit que la dernière évaluation des Services correctionnels du Canada a placé Mohamed dans la catégorie des détenus très à risque en matière de sécurité publique.

Kevin Omar Mohamed, qui doit être libéré le 1er mars, sera néanmoins soumis à une série de conditions.

Il sera obligé de demeurer chez un parent et lui sera interdit d'entrer en contact avec certains individus dont l'identité n'est pas mentionnée. Il devra suivre une session de counselling auprès d'un imam de sa communauté. Son accès à internet sera sévèrement limité ; il n'aura en outre aucun droit de s’acheter un ordinateur.

La Commission soutient que ces conditions sont essentielles pour protéger le public et faciliter la réintégration du jeune homme dans la société.

Du même souffle, il est écrit dans le rapport que la Commission reste très inquiète, puisque la nature sérieuse de [ses] crimes jumelée au danger de [ses] croyances religieuses radicales pourraient freiner sa réinsertion sociale et continuer à représenter à l'heure actuelle un risque significatif pour la sécurité du public.

Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, en ChambreLe ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Dans un communiqué, le bureau du ministre responsable, Ralph Goodale, explique que les criminels peuvent servir le dernier tiers de leur peine dans la communauté sous supervision et dans des conditions de remise en liberté très strictes.

Il ajoute que la sécurité du public est une priorité de la Commission et que les contrevenants seront emprisonnés de nouveau s’ils devaient violer les conditions assujetties à leur libération.

Il conclut en affirmant que le gouvernement fédéral prend très au sérieux les menaces liées au terrorisme et que de nombreuses agences de surveillance veillent au grain à ce sujet.

Toronto

Terrorisme