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chronique

Pourquoi ce site américain publie des fausses nouvelles sur le scandale SNC-Lavalin

Nous voyons une photo de Jody Wilson-Raybould ainsi que le titre: «Alors que les Libraux sont en crise, le NPD veut Wilson-Raybould comme chef»
Capture d'écran d'un des faux articles concernant la politique canadienne. Photo: Capture d'écran - Buffalo Chronicle
Jeff Yates

CHRONIQUE - Un site américain louche, des textes non signés contenant des informations farfelues à propos du scandale canadien SNC-Lavalin, des milliers de partages sur Facebook... Essaie-t-on de faire de l'argent en publiant des fausses nouvelles politiques au Canada en cette année électorale? Petite enquête sur ce phénomène étrange.

Le Buffalo Chronicle publiait, le 15 février, un article intitulé : « Alors que les libéraux sont en crise, le NPD veut Wilson-Raybould comme chef (Nouvelle fenêtre) ». Le texte affirmait que des militants du Nouveau Parti démocratique (NPD) tentaient de remplacer leur chef actuel, Jagmeet Singh, par Jody Wilson-Raybould. Celle-ci a démissionné du cabinet Trudeau après que le Globe and Mail a allégué que le premier ministre lui avait demandé d'intercéder en faveur de SNC-Lavalin dans un procès pour fraude et corruption.

L'article du Buffalo Chronicle n'explique pas comment le site a pu réussir à obtenir ces informations ni l'identité de ses sources. L'auteur du texte, qui n'est d'ailleurs pas nommé, affirme simplement que « des membres du personnel politique du NPD ont averti des politiciens de la région de Toronto que le parti était prêt à installer Mme Wilson-Raybould comme chef ». L'article a généré 2400 réactions sur Facebook, selon l'outil d'analyse BuzzSumo.

L'histoire est fausse, confirme le NPD. De toute façon, il aurait été assez improbable que le NPD cherche à remplacer son chef avec une ancienne ministre libérale alors que celui-ci cherche justement à se faire élire dans une élection partielle à Burnaby-South, en Colombie-Britannique, en vue du scrutin fédéral de cet automne. De plus, le parti a des règles très strictes pour déterminer qui devient chef. Un petit groupe d'employés ne peut pas subitement le remplacer sans élection au sein du NPD.

Ce n'est pas la seule fausse nouvelle publiée par ce site visant le scandale SNC-Lavalin.

Nous voyons Scott Brison.Une autre fausse nouvelle émanant du Buffalo Chronicle. Photo : Capture d'écran - Buffalo Chronicle

Le 19 février, le Buffalo Chronicle affirmait que le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Andrew Scheer, exigeait que le Sénat entende l'ancien président du Conseil du Trésor du Canada, Scott Brison (Nouvelle fenêtre), dans le cadre de son enquête sur ce scandale. L'auteur de cet article, lui aussi inconnu, affirmait que, selon des sources conservatrices, M. Scheer voulait aussi que des cadres de la Banque de Montréal (BMO) témoignent. M. Brison avait quitté le cabinet de M. Trudeau en février pour se joindre à BMO.

L'article a été partagé plus de 1000 fois sur Facebook, notamment dans le groupe Facebook des Gilets jaunes canadiens.

Là encore, l'histoire est fausse, confirme l'attaché de presse de M. Scheer, Daniel Schow.

Puis, lundi matin, alors que j'écrivais ce billet, le Chronicle a publié une autre fausse nouvelle à propos du même scandale (Nouvelle fenêtre), alléguant que le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, serait sur le point de démissionner après avoir avoué, lors de son témoignage devant le comité de la Justice de la Chambre des communes, qu'il avait exercé une pression indue sur Mme Wilson-Raybould dans l'affaire SNC-Lavalin. Un seul problème : M. Wernick a affirmé le contraire lors de son témoignage, niant que Mme Wilson-Raybould avait subi des pressions « inappropriées ».

Pourquoi est-ce qu'un site de Buffalo s'intéresse au Canada?

Le Buffalo Chronicle se veut un média citoyen basé à Buffalo, dans l'État de New York. Dans sa section « à propos » (Nouvelle fenêtre), son fondateur, Matthew Ricchiazzi, explique que le site a été créé pour faire contrepoids au Buffalo News, le seul quotidien majeur dans la région. La plupart des articles concernent la politique municipale de la ville de Buffalo, dans l'État de New York.

Mais en 2016, M. Ricchiazzi annonçait qu'il quittait le site en raison des « controverses quant à la nature spéculative de la plateforme », selon un communiqué. « Notre ton était provocateur, peut-être même salace. Bien que ce ton était acceptable pour un tabloïd, il ne l'est pas pour la marque que nous voulons construire. »

Il n'est pas clair qui est présentement à la barre du site. Le numéro de contact mène vers le téléphone mobile de M. Ricchiazzi, qui n'a pas répondu à mon appel. La page Facebook du Buffalo Chronicle a seulement 800 abonnés. Un message envoyé à la page Facebook est aussi resté sans réponse.

Mais pourquoi un média local de Buffalo se lancerait-il dans les fausses nouvelles canadiennes? Une analyse des articles les plus populaires du site à l'aide de Buzzsumo permet de voir que les deux articles sur le scandale SNC-Lavalin sont en deuxième et troisième position. De plus, un autre article douteux à propos du même scandale apparaît en sixième place. Deux des trois dernières publications sur la page Facebook du Buffalo Chronicle concernent d'ailleurs le scandale SNC-Lavalin.

Le site a-t-il flairé la bonne affaire? Difficile à dire, mais le site contient plusieurs publicités, dont des annonces de la plateforme AdSense. Google avait pourtant annoncé vouloir empêcher les sites de fausses nouvelles d'y avoir accès. Et, comme nous l'avons vu, les articles cartonnent plus que le contenu habituel du Buffalo Chronicle.

Il y a peut-être là un modèle d'affaires intéressant pour certains.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m'écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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