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Comment les stations de ski vont devoir s'adapter aux changements climatiques

Les pentes enneigées de la station de ski Bromont en 2015

Photo : Bromont, montagne d'expériences

Thomas Gerbet

Moins de neige et plus de pluie en hiver, météo extrême... Les stations de ski québécoises pourraient perdre jusqu'à trois semaines d'activité d'ici 2050, conclut une étude publiée ce lundi. Pour limiter les pertes financières, les stations devront changer leurs façons de faire. Parmi les solutions proposées : s'inspirer d'Uber.

L'industrie québécoise du ski doit répondre au « plus important défi auquel elle aura été confrontée de son histoire », indique l'étude du consortium de recherche Ouranos dans son préambule.

« Les stations de ski du Québec seront encore là dans 30 ans, rassure le directeur du projet de recherche, l'économiste Laurent Da Silva, mais la pression exercée par les changements climatiques va les forcer à innover. »

L'étude conclut que si les stations de ski québécois ne s'adaptent pas aux changements climatiques d'ici 2050 :

  • le début de la saison de ski accusera un retard d’environ 7 à 10 jours;
  • la durée totale de la saison de ski sera réduite de 10 à 20 jours;
  • le domaine skiable perdra de 20 % à 30 % de ses pistes;
  • la variabilité des conditions de glisse fera baisser l'achalandage de 10 %.

Les stations verront leurs saisons réduites, n’arriveront pas toujours à ouvrir pour des périodes-clés (comme les fêtes ou la relâche) et feront face à des coûts d’opération plus élevés.

Extrait de l'Analyse économique des mesures d’adaptation aux changements climatiques appliquée au secteur du ski alpin au Québec

Les stations de ski du Québec composent déjà avec d’importantes variations de températures qui influencent les conditions de glisse, ce qui affecte l’achalandage et la rentabilité.

Depuis les 40 dernières années, la province s’est réchauffée de un à trois degrés selon les régions et de façon beaucoup plus prononcée en hiver, constate Ouranos.

Avec la poursuite de la hausse des températures, les mois de novembre et décembre deviendront moins propices au ski, au Québec.

Les stations vont devenir de plus en plus dépendantes de la fabrication de neige, ce qui leur coûtera de plus en plus cher.

Le ski au Québec, en chiffres

  • 75 stations
  • 6,3 millions de visiteurs par année
  • 800 millions de dollars de retombées économiques
  • 12 000 emplois

L'étude menée par Ouranos a reçu l'appui financier des ministères du Tourisme et de l'Économie du Québec, mais aussi de l'Association des stations de ski du Québec.

Les stations de Bromont, Sutton et Orford ont permis aux chercheurs d'accéder à toutes leurs données. Ouranos a choisi des domaines skiables des Cantons-de-l'Est, car ils sont les plus au sud, donc les plus touchés par le réchauffement.

S’il n’y a pas de mesures pour s’adapter, on court de grands risques.

Yves Juneau, PDG de l'Association des stations de ski du Québec

Pour maintenir la rentabilité des stations, l'étude propose des solutions pour qu'elles s'adaptent aux changements climatiques.

Plus de canons à neige et des machines plus efficaces

Canon à neige du parc du Mont-Saint-Mathieu.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Canon à neige du Parc du Mont-Saint-Mathieu

Photo : Gracieuseté Parc du Mont-Saint-Mathieu / Nicolas Gagnon

Les stations de ski du Québec devront investir massivement pour développer et moderniser leur système de fabrication de neige.

Presque tous les domaines skiables québécois ont des canons à neige, mais ce sont souvent des machines vieillissantes qui ne couvrent que partiellement le réseau skiable, constate Ouranos.

En Europe, 90 % de la fabrication de la neige est automatisée, alors qu'un tel système n'existe qu'à la station de Saint-Sauveur, et depuis un an seulement.

L'étude recommande aux stations de se doter d'équipements plus performants et efficaces, capables de produire plus de neige, avec moins d'énergie et moins d'eau.

« De tels systèmes permettraient aux stations d’exploiter à son plein potentiel la moindre fenêtre de froid disponible », conclut l'étude, tout en mentionnant qu'« il sera difficile pour les stations d’absorber à elles seules les investissements ».

Déplacer les pistes

Le mont Sutton enneigé, en janvier 2019. On y voit des skieurs pratiquer leur sport sous un soleil ardent.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Mont Sutton enneigé, en janvier 2019

Photo : Guy Thibodeau

Solution moins probable, car beaucoup plus coûteuse, Ouranos propose aux stations qui le peuvent de progresser vers le haut des montagnes, où il fait plus froid, ou encore de se repositionner sur les versants nord, moins ensoleillés, mais où la neige fond moins vite.

Innover

Une piste de ski synthétique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une piste de ski synthétique.

Photo : ASSQ/Mathieu Dupuis

Des surfaces synthétiques permettent maintenant de pratiquer le ski en l’absence de neige. Cette surface déposée à même le sol permet aux adeptes de s’entraîner durant la saison verte, elle offre aussi l’avantage de nécessiter un moins grand couvert de neige une fois l’hiver venu. Elles sont déjà utilisées par certains centres d’entraînement.

Se diversifier

Un homme range un vélo à neige.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Plusieurs citoyens ont profité de la journée pour essayer les vélos à pneus surdimensionnés.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Si les conditions de glisse ne sont pas bonnes, les stations de ski devront trouver une façon d'offrir des activités de loisirs pour garder la clientèle active. Les montagnes russes quatre saisons de la station Saint-Sauveur en sont un exemple, ou bien les vélos à pneus surdimensionnés (« fat bikes »).

Ouranos recommande aussi de miser sur plus d'hébergement dans les stations, pour encore une fois, garder la clientèle intéressée.

Repenser la tarification en s'inspirant d'Uber?

L'étude propose de mettre en place une « tarification dynamique relativement à la demande », « à l’instar de la compagnie Uber » qui utilise des algorithmes pour faire fluctuer les prix en fonction de la quantité de chauffeurs disponibles et du nombre d’usagers faisant appel aux services.

« Le produit ne sera pas constant d'une journée à l'autre, explique le PDG de l'Association des stations de ski du Québec, Yves Juneau. Il y aura une journée où vous allez offrir un rabais parce que les conditions sont moins favorables. Et quand les conditions sont favorables, vous pouvez faire comme Uber en période de pointe, et aller chercher un surplus de revenus. »

Entrevue avec Alain Bourque, directeur général d'Ouranos

Attirer les skieurs de régions encore plus vulnérables aux changements climatiques

La station de ski de Jay Peak, dans l'État du Vermont.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La station de ski de Jay Peak, dans l'État du Vermont.

Photo : Jay Peak Resort

Paradoxalement, les changements climatiques pourraient contribuer à amener de la clientèle aux stations québécoises, en provenance du nord-est des États-Unis et de l’Ontario.

En considérant que le seuil de rentabilité d'une station de ski se situe au-dessus des 100 jours d'ouverture, l'étude rapporte que la proportion de domaines skiables rentables va chuter à moins de 40 % en Ontario et à moins de 60 % en Nouvelle-Angleterre.

La majorité des stations de ski alpin aux États-Unis assisteront à une réduction de leur saison qui pourrait atteindre 80 % dans certaines régions.

Extrait de l'Analyse économique des mesures d’adaptation aux changements climatiques appliquée au secteur du ski alpin au Québec

Selon les analyses d'Ouranos et de l'Association des stations de ski du Québec, les changements climatiques pourraient au contraire profiter à certains domaines skiables du Québec, les plus au nord, notamment au Saguenay, qui bénéficient de plus de neige et de températures plus clémentes.

Entrevue avec Michel Archambault

Changements climatiques

Environnement