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Mayur Raval, le premier directeur d'école d'origine africaine à la DSFM

Mayur Raval.
Mayur Raval est né au Burundi avant que ses parents n'immigrent au Manitoba en 1975. Photo: Radio-Canada
Abdoulaye Cissoko

Dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, voici le parcours inspirant de Mayur Raval. Ce natif du Burundi est arrivé au Manitoba il y a plus de 40 ans. Après une longue carrière d'enseignant, il devient en 2012 directeur de l'école Taché, un établissement situé en plein coeur de Saint-Boniface. Un poste qu'il va occuper jusqu'à sa retraite.

Sa physionomie ne laisse pas deviner qu'il est d'origine africaine. Mayur Raval se définit pourtant comme un Burundais. C'est dans ce pays de l'Afrique de l'Est que ce petit-fils de commerçant indien est né et a grandi.

En quête de meilleurs débouchés, son grand-père quitte l'Inde et s'installe dans la ville portuaire de Mombasa au sud du Kenya. Toutefois, les affaires n'y prospérant pas comme il le souhaite, il décide de prolonger son aventure jusqu'au Burundi.

Mayur Raval avec son épouse Rachelle Fréchette.Mayur Raval avec son épouse Rachelle Fréchette Photo : Mayur Raval

C'est dans ce pays dit des Grands Lacs que le père de Mayur Raval a vu le jour. Celui-ci aura à son tour trois garçons. « Quand on me demande qui je suis, je dis toujours que je suis Burundais. J'ai hérité des valeurs et de la culture de mon grand-père et de mes parents, mais je n'ai jamais vécu en Inde. J'ai vécu au Burundi jusqu'à l'adolescence », explique-t-il.

Du Burundi, il a gardé les souvenirs de leur maison au bord du lac Tanganyika et des ruelles animées du quartier asiatique de Bujumbura dans lequel il vivait.

Il a 14 ans quand ses parents décident d'immigrer au Canada. Ils le font pour deux raisons, dit-il. D'une part, la situation politique au Burundi devenait instable et, d'autre part, ils voulaient que leurs enfants poursuivent leur éducation.

Mayur Raval et Gilles Préjet.Mayur Raval et Gilles Préjet Photo : Division scolaire franco-manitobaine

Mayur Raval n'est jamais retourné au Burundi, en dépit de nombreux séjours dans le pays voisin, le Rwanda. « C'est un chapitre de ma vie qui reste ouvert et qu'il faut que je referme en retournant à Bujumbura, ma ville natale », explique-t-il.

En 1975, la famille Raval atterrit à Winnipeg. « Mon oncle maternel vivait déjà sur place. Parce qu'on parle français, mon père voulait que l'on s'installe au Québec. Mais après un voyage à Montréal, il a décidé qu'on devait rester au Manitoba », se souvient-il. Raval et son frère, Hitesh, fréquentent l'école Guyot où ils suscitent la curiosité de leurs camarades de classe.

Mon frère et moi étions les premiers élèves d'origine africaine dans toute l'école. Tous voulaient savoir d'où on venait et pourquoi on s'habillait différemment.

Mayur Raval

À la joie d'être dans une nouvelle école se mêle un sentiment d'anxiété nourri par la différence. Les Raval se sentent malgré tout bien accueillis, notamment par l'un des enseignants de l'école. « Il s'agit d'Antoine Gagné, un homme formidable. Il avait déjà enseigné au Sénégal. De ce fait, il comprenait nos défis. Il nous a pris sous son aile et nous a guidés, ce qui nous a énormément soulagés », note-t-il.

Tranche de vie est un rendez-vous mensuel auquel vous convie Abdoulaye Cissoko. Dans le cadre de cette chronique, il rencontre des Manitobains et se penche sur divers aspects de la vie au Manitoba.

Après la 8e année, Mayur Raval intègre le Collège Saint-Boniface. Il obtient ensuite un diplôme en administration des affaires et travaille comme aide-comptable dans une entreprise privée.

Mais très vite, il se rend compte que ce n'est pas son emploi de prédilection. Il opte pour une carrière en enseignement, encouragé en cela, dit-il, par son épouse Rachelle Fréchette qu'il avait rencontrée quelques années plus tôt au Collège Saint-Boniface.

Mayur Raval.Mayur Raval a été directeur de l'école Taché de 2012 à 2017. Photo : Radio-Canada

En 1988, Mayur Raval fait ses premières armes dans une école d'immersion avant d'être embauché par le Collège Louis-Riel, l'école secondaire de Saint-Boniface.

C'est pendant cette période qu'il se joint, avec son épouse, Dave Rondeau et Christina Doche, à l'initiative Ubuntu, un organisme de charité qui vient en aide aux femmes et aux orphelins du génocide rwandais.

« Je viens du Burundi et le génocide au Rwanda m'a beaucoup touché. Un jour, je regardais un reportage sur Ubuntu Edmonton et, après, j'ai contacté la responsable de l'organisme et nous avons embarqué dans le projet. C'était une expérience incroyable parce que, lorsque les élèves revenaient du Rwanda, ils étaient transformés. Ils comprenaient mieux la réalité des jeunes qui vivent là-bas », souligne-t-il.

Rester dans un bureau au milieu de papiers, je n'aimais pas vraiment ça. Je suis quelqu'un qui aime interagir avec les gens.

Mayur Raval

En 2009, Mayur Raval est nommé directeur adjoint au collège régional Gabrielle-Roy, à Île-des-Chênes. Marc Roy, actuel directeur du Collège Louis-Riel, était alors à la tête du collège régional Gabrielle-Roy. C'est lui qui promeut la candidature de Mayur Raval, une décision qui présente des risques à cette époque, estime ce dernier.

Des élèves de la Divsion scolaire franco-manitobaine.Des élèves de la Divison scolaire franco-manitobaine participant à un projet du programme Ubuntu au Rwanda. Photo : Radio-Canada

« Marc savait qui j'étais. On avait étudié puis enseigné ensemble, mais du point de vue de l'administration, c'était un risque. Vu que je venais d'ailleurs, certains parents peu ouverts d'esprit se demandaient toujours si je comprenais bien la culture. Mais ce fut une expérience positive, car j'avais l'appui du directeur et une équipe formidable », mentionne-t-il.

Je me disais que je devais montrer que j'étais capable comme n'importe qui d'autre. On m'avait choisi parce que j'avais un travail à faire, et je devais prouver que j'étais capable de le faire.

Mayur Raval

Mayur Raval occupera ce poste pendant trois ans avant de prendre la direction de l'école Taché, en 2012, devenant alors le premier directeur d'origine africaine d'une école de la DSFM.

Cette ascension exceptionnelle s'accompagne d'une responsabilité supplémentaire, dit-il. « Dans ma tête, je me suis toujours dit que c'est impossible que je sois la première personne de couleur compétente pour devenir directeur ou directeur général adjoint à la DSFM. D'autres avaient essayé, mais ils n'y étaient pas parvenus, je ne sais pour quelle raison », souligne-t-il.

En tant que directeur de l'école Taché, il affirme avoir voulu encourager la diversité en embauchant des enseignants d'origine africaine.

Mayur Raval est tout sourire en ce début de retraite.Mayur Raval, nouvellement à la retraite de l'enseignement Photo : Radio-Canada

Le tiers des élèves de l'école provenait du continent africain, rappelle-t-il. « Il fallait que le personnel corresponde à la clientèle. Cela dit, pour moi, l'élève était primordial. Je n'embauchais pas des Africains au détriment des élèves. Il fallait qu'ils soient compétents », ajoute-t-il.

Muyur Raval souligne d'ailleurs l'important progrès fait par la DSFM et le Bureau de l'éducation française (BEF) afin de mieux comprendre la réalité des élèves immigrants.

Deux jeunes filles d'une école primaire tiennent une affiche avec le mot ''Somalie'' qui affiche leur origine africaine.Des élèves de l'école Précieux-Sang affichent leurs origines africaines Photo : Radio-Canada / Genevieve Murchison

« Lorsque j'étais à Louis-Riel, je m'occupais du dossier des nouveaux arrivants et les défis étaient immenses. On ne savait pas quoi faire avec ces élèves. Il n'y avait aucun programme d'accueil, d'intégration scolaire et d'établissement, qui sont de mon point de vue les trois piliers de l'inclusion des élèves dans une école », explique-t-il.

Selon Mayur Raval, 20 ans plus tard, les progrès réalisés à la DSFM et au BEF sont importants. « À la DSFM, il y a une personne qui a pris ce dossier à bras le corps, c'est Christelle Waldie », affirme-t-il.

Il se réjouit de voir d'autres personnes d'origine africaine à des postes de direction dans les écoles de la DSFM.

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