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Percée médicale pour faciliter la vie de centaines de malentendants

L'implantant cochléaire est composé d'une plaque aimantée qui sera installée sous la peau ainsi que d'une tige formée d'électrodes.
L'implantant cochléaire est composé d'une plaque aimantée qui sera installée sous la peau ainsi que d'une tige formée d'électrodes. Photo: Radio-Canada / Maxime Corneau
Maxime Corneau

Après 35 ans de travaux dans le monde de l'implant cochléaire, le CHU de Québec vient de réaliser une percée médicale. Un dispositif installé sur une patiente souffrant de perte auditive a été activé dès le lendemain de son implantation, une première en Amérique du Nord qui devrait faciliter la vie de centaines de patients malentendants.

Quelques dizaines de fois par année, le chirurgien Daniel Philippon procède à l’installation d’implants cochléaires pour redonner un niveau d'audition aux personnes atteintes de surdité.

Ces dispositifs permettent de transmettre des stimuli électriques directement dans l’oreille interne grâce à des électrodes méticuleusement placées dans la cochlée. Ces stimuli sont ensuite interprétés par le cerveau et deviennent des sons.

Depuis toujours, les patients du CHU de Québec devaient attendre quelques semaines après la chirurgie avant de pouvoir constater les effets de l’implant.

Or, à la suite d’un projet de recherche, un nouveau protocole permet « l’activation précoce », soit la mise en marche sans attendre la cicatrisation complète qui pouvait prendre jusqu'à un mois.

Illustration de l'anatomie d'une oreille, où l'on voit un transmetteur et un appareil externe, puis le récepteur, les électrodes, la cochlée et le tympan. Les implants cochléaires sont munis d'un récepteur qui envoie des électrodes jusqu'à la cochlée. Photo : Radio-Canada

« L’enjeu principal [pour le patient] c’était de savoir dès le lendemain ce qu’est le bénéfice d’un implant cochléaire et donc enrayer complètement l’anxiété associée à ne pas entendre pendant un mois avec son dispositif », explique le chirurgien.

Émily Pilote-Coulombe a été sélectionnée pour être l'une des premières patientes à bénéficier de la nouvelle façon de faire.

La jeune femme de 30 ans de Québec doit composer avec la surdité qui s’accentue depuis son enfance. Émily entend les sons, mais son cerveau n’en décode qu’une infime partie. Elle dit vivre dans « une dictée trouée ».

Percée médicale pour faciliter la vie de centaines de malentendants

« J’entends les paroles, j’entends que les gens parlent, j’entends les bruits. Mais je ne comprends pas ce que les gens disent. Même si j’entends la voix de la personne, les cellules envoient de l’information incomplète à mon cerveau. »

Chirurgie complexe

Lors de l’opération, le chirurgien Daniel Philippon et son équipe de l’Hôtel-Dieu de Québec travaillent dans un minuscule terrain de jeu. Ils doivent se forer un chemin derrière l’oreille à travers la boîte crânienne.

« Quand on est dans l’oreille moyenne, on joue dans trois millimètres carrés », précise le Dr Philippon avant d’amorcer le forage.

La zone de chirurgie se trouve derrière l'oreille de la patiente. La zone de chirurgie se trouve derrière l'oreille de la patiente. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Délicatement, le chirurgien se fraie un chemin en évitant les nombreux obstacles du système auditif pour finalement, au bout d’une heure, accéder à la chambre ronde qui abrite la cochlée et les terminaisons du nerf auditif.

C’est dans cette infime chambre qu’est insérée l’extrémité de l’implant à travers un trou de moins d’un millimètre. Ce microscopique tube rempli d’électrodes transmettra l’information à la cochlée. « Bingo. Insertion complète », dit le Dr Philippon, les yeux dans son microscope.

Il s’assure finalement que le récepteur interne de l’appareil est bien fixé sous la peau du patient. La partie externe du dispositif y sera aimantée.

Le Dr Daniel Philippon.Le Dr Daniel Philippon. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau
La résidente qui travaille avec le Dr Philippon l'assiste à l'aide d'un microscope. L'image est retransmise sur un écran pour que le reste de l'équipe puisse constater l'avancée de l'opération. La résidente qui travaille avec le Dr Philippon l'assiste à l'aide d'un microscope. L'image est retransmise sur un écran pour que le reste de l'équipe puisse constater l'avancée de l'opération. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Avant de retourner la patiente en salle de réveil, une audiologiste teste le signal transmis par l’appareil. « Excellente réponse. C’est très robuste », lance-t-elle. La chirurgie est un succès.

Le lendemain

Moins de 24 heures après l’opération, Émily Pilote-Coulombe est de retour dans le bureau du Dr Philippon. Après la revue d’une radiographie qui montre le positionnement idéal des électrodes, la phase d’activation débute.

Radiographie d'un implant cochléaire, avec l'appareil externe et les électrodes en surbrillance.Radiographie d'un implant cochléaire Photo : Courtoisie CHU de Québec

L’audiologiste Catherine Garneau branche donc l’appareil sur son ordinateur qui permet d’ajuster le niveau des différents types de son, du grave à l’aigu. Au bout de quelques minutes, l’implant permet à Émily d’entendre de premiers « sons métalliques ».

« C’est juste des cillements », explique la jeune femme. « Ce n’est pas confortable du tout », lance-t-elle difficilement.

Rapidement le docteur la rassure. « Il y a toute une montagne à escalader pour que le cerveau interprète les nouveaux sons que vous entendez », dit le Dr Philippon. Après quelques ajustements de la part de l’audiologiste, le signal sonore se raffine.

Une petite cicatrice demeure visible. C'est sur celle-ci que sera aimanté le module externe. Une petite cicatrice demeure visible. C'est sur celle-ci que sera aimanté le module externe. Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Au bout de quelques heures d’essais, Émily entend finalement une bribe de voix sans l'aide de son ancien appareil auditif. Son sourire revient. « Il reste du chemin à faire, mais je suis quand même étonnée de la rapidité. Je ne pensais pas entendre aussi rapidement. »

C’est une petite victoire pour Émily qui devra apprendre peu à peu à décoder les influx de son implant, une réhabilitation qui peut prendre quelques mois.

Mais ce processus ne l’effraie pas. Elle perçoit son nouvel implant comme une façon de regagner son autonomie qu’elle perdait au même rythme que l’audition.

« C’est facile de s’isoler et de rester dans son coin. On ne veut pas déranger les gens. Mais on a le droit à notre place même si on a un handicap », conclut-elle confiante.

Depuis 1984, 2800 chirurgies d’implantations ont été réalisées par l’équipe du Centre québécois d’expertise en implant cochléaire.

Science