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L'exploitation des sables bitumineux perturbe la santé de la faune

On voit, du haut des airs, des installations destinées à l’exploitation des sables bitumineux.

Vue aérienne d’installations destinées à l’exploitation des sables bitumineux, à Fort McMurray, en Alberta

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Chantal Srivastava

Dans le nord-est de l'Alberta, à proximité de l'industrie pétrolière, les chercheurs rapportent des taux de reproduction plus bas, des organes sexuels modifiés et la présence de poison à rat dans plusieurs des spécimens analysés.

Pékan, martre, rat musqué, loutre de rivière, les spécimens s’accumulent dans le laboratoire de Philippe Thomas, biologiste de la faune à Environnement et Changement climatique Canada. Les animaux à fourrure sont des sentinelles pour évaluer l’impact des polluants.

Au total, près de 2000 animaux ont été analysés dans le cadre du programme conjoint Canada-Alberta de surveillance de l’environnement dans les zones d’exploitation de sables bitumineux, amorcé en 2012.

On trouve souvent des impacts qui sont liés à la reproduction de l’animal. Les effets sur les populations d’animaux se font sentir.

Philippe Thomas
On voit M. Thomas qui sourit à la caméra. Il tient une loutre dans ses mains.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En mission à Fort Chipewyan, Philippe Thomas montre une loutre de rivière trappée soumise pour analyse par un des villageois.

Photo : Environnement et Changement climatique Canada

Le biologiste Philippe Thomas séjourne régulièrement dans les communautés autochtones du nord-est de l’Alberta pour documenter l’effet des polluants.

De concert avec les Premières Nations, il choisit les sites à échantillonner.

Les animaux sont disséqués sur place. Des échantillons d’organes tels que le cerveau, le foie, les reins, les muscles ainsi que les organes reproducteurs sont ensuite acheminés au Centre national de recherche sur la faune, à Ottawa.

On voit M. Thomas, vêtu d'un sarrau, qui ouvre la porte du réfrigérateur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans le laboratoire de Philippe Thomas, les réfrigérateurs sont remplis de spécimens d’animaux à fourrure en provenance de l’Alberta.

Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Au fil des analyses, Philippe Thomas a découvert des changements importants qui touchent la loutre de rivière. Chez le mâle, le baculum, ou os pénien, est plus fragile et moins dense à proximité des sables bitumineux, ce qui veut dire qu’il casse plus facilement.

« On a déterminé que, près de l’industrie pétrolière, les os du pénis des loutres sont en moins bonne santé », dit le chercheur.

Des loutres stressées

Le profil hormonal des animaux est également anormal, tant chez les mâles que chez les femelles. En laboratoire, Philippe Thomas mesure l’impact de ces perturbations sur le taux de reproduction des loutres en récoltant les blastocystes produits au stade précoce du développement embryonnaire.

Sur le comptoir d'un laboratoire, on voit des mains gantées qui manipulent une seringue et un minuscule organe au-dessus d'une boîte de Petri ronde. Derrière, on voit des béchers. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avec une fine seringue, 5 ml de solution saline sont minutieusement injectés dans les minuscules trompes de Fallope de la loutre. Dans la boîte de Petri se trouvent des ovaires de loutre.

Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Les résultats sont clairs : à proximité des sables bitumineux, les loutres sont plus stressées, leur taux de cortisol est plus élevé et elles se reproduisent moins bien.

C’est difficile de trouver la source exacte. Mais on commence à détecter des corrélations avec la présence de polluants associés à l’industrie pétrolière.

Philippe Thomas

Au fil de ses recherches, Philippe Thomas a également découvert du poison à rat dans des carcasses d’animaux à fourrure, en lien avec l’utilisation des raticides pour limiter la présence des rongeurs dans les camps de travailleurs et sur les sites industriels. Il a sensibilisé l’industrie, qui a collaboré pour mettre en place des solutions de rechange.

Au cœur de la communauté

Le dialogue avec les partenaires autochtones qui vivent près des sables bitumineux est au cœur du programme de surveillance. Par exemple, c’est en dialoguant avec des trappeurs que Philippe Thomas a fait sa découverte sur l’impact du poison à rat.

Les trappeurs s’inquiétaient des changements qu’ils observaient chez les pékans et les martres. Les animaux étaient plus maigres, leur fourrure, moins belle, et ils saignaient davantage.

Philippe Thomas

Le savoir autochtone permet à Philippe Thomas de mieux cibler les problèmes à étudier. Le biologiste profite de ses séjours sur place pour discuter avec la communauté et partager ses résultats.

On voit M. Thomas et des membres de la Première Nation, de haut, en plongée. Ils sont penchés sur des cartes et des documents, étalés sur une table.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

À Fort Chipewyan, les membres de la Première nation Chipewyan d’Athabasca participent au choix des sites échantillonnés par Philippe Thomas.

Photo : Environnement et Changement climatique Canada

Avec des collègues de l’Université McMaster, Philippe Thomas vient d’obtenir 1,5 million de dollars pour étudier la santé des visons dans le delta de la Paix et la rivière Athabasca. Une colonie de visons est en construction dans la communauté autochtone de Fort Chipewyan, qui jouera un rôle central dans le projet.

Le reportage de Chantal Srivastava a été diffusé à l'émission Les années lumière, dimanche, à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

Industrie pétrolière

Science