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Vers de plus grandes coupes en forêt publique

Billes de bois le long du chemin forestier de la pourvoirie Waban-aki.
Une consultation publique est en cours au Bas-Saint-Laurent pour cesser les coupes en mosaïque. (Archives) Photo: Radio-Canada / Maude Montembeault
Julie Tremblay

Québec s'apprête à effectuer des changements majeurs dans sa façon d'exploiter la forêt publique. Des consultations sont en cours au Bas-Saint-Laurent pour permettre à la Direction de la gestion des forêts de planifier des travaux forestiers sur de plus grandes superficies.

Depuis plus de 15 ans, les travaux en forêt publique se font par coupes en mosaïque, un principe selon lequel on alterne les superficies de forêt coupée et celles où elle est intacte, un peu à la manière d'un jeu de dames.

La coupe en mosaïque permet l'alternance entre des secteurs où la forêt est exploitée et des secteurs où elle est laissée intacte. (Archives)La coupe en mosaïque permet l'alternance entre des secteurs où la forêt est exploitée et des secteurs où elle est laissée intacte. (Archives) Photo : Radio-Canada

Cette façon de faire est devenue obligatoire en 2003, notamment pour protéger l'habitat des animaux. Cependant, elle oblige les forestiers à fragmenter leur territoire de coupe, ce qui comporte aussi des effets négatifs.

D'un point de vue environnemental, pour la biodiversité, pour plusieurs espèces, ça crée du dérangement. Pour aller faire une coupe, ça prend un chemin, il y a le transbordement du bois et tout ça, ça fait en sorte que la forêt est fragmentée en plus petits morceaux qu'avant, explique le directeur adjoint du Conseil régional de l'environnement, Patrick Morin.

Pour pallier ce problème, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs veut concentrer les coupes sur de plus grandes superficies et, en contrepartie, laisser intacts de plus grands massifs de forêt.

Tout d'abord, c'est un enjeu écologique. On espère que ce soit principalement la biodiversité qui en bénéficie. Histoire de faire d'une pierre deux coups, on espère aussi que ça puisse être plus avantageux pour les industriels pour qu'il y ait moins de coûts.

Greg St-Hilaire, ingénieur forestier à la Direction de la gestion des forêts du Bas-Saint-Laurent
Greg St-Hilaire devant une carte du Bas-Saint-LaurentGreg St-Hilaire, ingénieur forestier à la Direction de la gestion des forêts du Bas-Saint-Laurent Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Selon Barbara Hébert, professeure de foresterie au Cégep de Rimouski, ce mode de répartition mimera davantage les perturbations naturelles.

On veut voir de plus grandes forêts intouchées, de sept mètres et plus. [...] Pour la faune, c'est beaucoup plus facile de se déplacer à travers ça que de traverser des chemins, que de traverser une coupe puis d'entrer dans la forêt, explique-t-elle.

Barbara Hébert, professeure de foresterie au Cégep de Rimouski.Barbara Hébert, professeure de foresterie au Cégep de Rimouski Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Pas de limite de superficie

L'ex-technicien forestier Claude Hélie, qui a travaillé pendant une trentaine d'années au Ministère, souligne qu'il est intéressant de maintenir davantage de forêts de sept mètres et plus. Cependant, il s'inquiète que les changements proposés ne comportent plus de limites quant aux superficies de coupe.

À la suite d'une coupe totale sur une grande superficie, la forêt qui suivra sera plus homogène, ce qui nous éloigne de l'objectif de biodiversité et d'un aménagement écosystémique, affirme-t-il.

La récolte de bois sans limite de superficie d'un seul tenant nous ramène aux années 80.

Claude Hélie, ex-technicien forestier

Toutefois, selon Patrick Morin, si ces coupes sont bien faites, elles pourraient réduire les conséquences pour les animaux.

La superficie, c'est une chose, mais il y a aussi la forme. [...] On peut faire une coupe de 150 hectares comme un terrain de football qui est carré, [...] mais si on fait une courbe de forme irrégulière avec des sortes de péninsules, ça devient une forme où tu peux mesurer en tout endroit de la coupe la distance avec l'arbre le plus proche et réduire l'impact de la taille. Si tu as une coupe de forme allongée et irrégulière, tu peux avoir une coupe, oui, de grande superficie, mais où nulle part dans la coupe tu vas avoir l'impression d'être dans un immense terrain de football.

Patrick Morin est assis à son bureau. Le directeur adjoint du Conseil régional de l'environnement du Bas-Saint-Laurent, Patrick Morin Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Des documents mal vulgarisés en consultation publique

Une consultation publique est en cours au Bas-Saint-Laurent pour permettre aux gestionnaires de changer leur façon de planifier les travaux en forêt. Un document d'une cinquantaine de pages est accessible sur le site du Ministère. Il est cependant difficile à déchiffrer pour le commun des mortels.

De vulgariser le document afin qu'il soit accessible pour tout le monde, c'est un enjeu et je pense que là-dessus, le Ministère a encore du travail à faire.

Patrick Morin, directeur adjoint du Conseil régional de l'environnement du Bas-Saint-Laurent

Une consultation publique incompréhensible peut ressembler à une consultation bidon, déplore Claude Hélie, qui se dit pourtant persuadé que les gestionnaires du Ministère veulent réellement connaître l'opinion de la population.

La consultation en ligne se poursuit jusqu'au 13 mars, alors que les premières coupes en vertu de la nouvelle règlementation doivent être faites en 2020.

Cette façon de faire deviendra obligatoire partout dans la province dans quatre ans.

Pour accéder à la consultation publique du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, cliquez ici (Nouvelle fenêtre). (Radio-Canada n'est pas responsable des sites externes.)

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