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Détecter une maladie grâce à une montre intelligente

Une montre intelligente Apple Watch posée sur le dos d'un iPhone.
L'Apple Watch peut permettre d'effectuer un suivi médical. Photo: Reuters / Beck Diefenbach
Marie-Eve Cousineau

De plus en plus de gens se dotent de bracelets ou d’appareils intelligents pour suivre leur état de santé. Des médecins recommandent même à leurs patients de s’en doter pour détecter l’arythmie cardiaque.

Robert Boulos s’est acheté une montre intelligente en septembre dernier. « Je fais de la très haute pression, dit-il. Ça me stresse. La version 4 de l’Apple Watch a un détecteur de chute. Si tu tombes, si tu te blesses, ça appelle automatiquement les services d'urgence. Ça me rassurait, parce que j’ai un petit garçon et je suis monoparental. »

En plus de compter les pas, les battements cardiaques et les heures de sommeil, le bracelet intelligent d’Apple comporte un outil qui détecte l'arythmie cardiaque. Cette application est disponible aux États-Unis, mais pas au Canada. Santé Canada confirme toutefois qu’Apple l’a contacté pour en savoir plus sur le processus d’approbation au pays.

Le cardiologue Peter Guerra, chef du département de médecine à l’Institut de cardiologie de Montréal, recommande à des patients de se doter de montres ou d’appareils intelligents pour dépister une arythmie qui passe inaperçue sur un électrocardiogramme traditionnel ou sur un moniteur Holter porté pendant 48 heures.

À écouter :

Le reportage de Marie-Eve Cousineau à l'émission Le 15-18

« Quand on a des patients qui ont des palpitations pas très fréquentes, des fois on va leur suggérer : "Achetez-vous un appareil qui va nous permettre de le détecter", dit le Dr Guerra. Et ça nous arrive qu'ils nous reviennent avec le bon diagnostic. »

Le dispositif intelligent Kardia permet de détecter l'arythmie cardiaque. Un mini-électrocardiogramme peut être envoyé par téléphone intelligent au médecin.Le dispositif intelligent Kardia permet de détecter l'arythmie cardiaque. Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

Au Canada, le petit dispositif intelligent Kardia génère des mini-électrocardiogrammes. L’utilisateur pose ses doigts sur les deux plaques métalliques de l'instrument, près d’un téléphone intelligent. Le résultat peut être envoyé par courriel au médecin.

« L'importance d'avoir un bon diagnostic de la fibrillation auriculaire, c'est que quand le coeur bat irrégulièrement, il peut se former des caillots à l'intérieur qui peuvent aller au cerveau et causer un AVC [accident vasculaire cérébral], dit le Dr Guerra. Donc, un AVC, paralysie, conséquence assez grave. Lorsqu'on a le diagnostic, on peut donner maintenant des médicaments pour éclaircir le sang et prévenir les AVC. »

Des montres pour traiter la dépression

Au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), le psychiatre Paul L'Espérance élabore actuellement un projet de recherche visant à mieux diagnostiquer la dépression grâce aux montres intelligentes. Il croit que les informations produites par ces appareils, comme les données de géolocalisation, pourraient être utiles dans le traitement des patients.

« Est-ce que je sors de la maison ou est-ce que je reste encabané ou retiré socialement parce que je suis très déprimé? demande le Dr L’Espérance. Est-ce que je reçois des textos? Est-ce que j’en envoie? Ce sont des informations qui pourraient être pertinentes chez des patients chez qui on veut préciser quel genre de dépression ils ont. Est-ce qu'ils sont plus dans l'émotion ou [sont-ils plutôt dans un état où] "je ne bouge plus, je ne fais plus rien"? Et potentiellement, les traitements auraient des efficacités différentes. »

Diagnostiquer un problème de santé mentale à partir d’une rencontre en cabinet n’est pas toujours évident, explique le Dr L'Espérance. Une dépression peut être confondue, par exemple, avec un trouble d’anxiété sous-jacent ou un trouble obsessif compulsif non traité. « Quand on prend des experts dans le domaine – puis je ne dis pas que je suis meilleur que les autres –, qu'on leur donne des vignettes cliniques et qu’on leur dit : "C'est quoi votre diagnostic?", la concordance entre les surspécialistes n'est pas très bonne en psychiatrie. »

Le Dr L’Espérance le reconnaît : demander autant d’informations personnelles est une intrusion dans la vie privée. Il souligne que les patients participants seront volontaires et que le protocole de recherche sera soumis à un comité d’éthique du CHUM.

Des assureurs intéressés

Au Québec, Manuvie propose aux clients de se procurer la montre intelligente d’Apple à un prix moindre s'ils adoptent de saines habitudes de vie. Les clients qui atteignent leurs objectifs (par exemple, un nombre de pas dans une journée) obtiennent des récompenses et leur prime d'assurance-vie peut être réduite.

Le professeur en droit de l’Université de Montréal Pierre Trudel croit qu’à plus long terme, le partage de données aux assureurs pourrait toutefois « mettre à mal » le système de mutualisation des risques.

« Lorsqu'on prend une assurance, on participe, en quelque sorte, à un système de partage des risques, dit-il. Si ce n’est pas moi qui tombe malade, ce sera peut-être quelqu'un de votre entourage, un de mes voisins ou vous-même. En prenant l'assurance, on met ensemble, en quelque sorte, de l'argent et cet argent-là sera disponible pour indemniser les personnes qui seront moins chanceuses. Quand on a un système dans lequel on est capable d'identifier avec beaucoup plus de précisions quels sont les risques qu'un individu spécifique court, [...], ça donne l'ouverture à des pratiques par lesquelles on va refuser, par exemple, d'assurer une personne. »

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Santé