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Le PDG de SNC-Lavalin dénonce les manipulations politiques

La firme SNC-Lavalin est accusé d,avoir versé des dizaines de millions de dollars en pots de vin en Libye pour obtenir des contrats gouvernementaux entre 2001 et 2011.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Anne Marie Lecomte

Le PDG de SNC-Lavalin, Neil Bruce, affirme que l'entreprise « en a assez » des allégations selon lesquelles elle a agi de manière inappropriée dans le scandale qui secoue le gouvernement de Justin Trudeau, depuis deux semaines. Ses employés, déplore-t-il, « sont utilisés comme la rondelle dans un match de hockey politique ».

« Ils [les employés] ne méritent pas ça et bien franchement, nous en avons assez », a déclaré le président et directeur général de la multinationale.

Neil Bruce a tenu ces propos lors d’une conférence téléphonique portant sur les résultats de l’entreprise. Au quatrième trimestre, SNC-Lavalin a enregistré une perte nette de 1,6 milliard de dollars. Cela représente la perte la plus importante en plus de deux décennies et une baisse d'environ 65 % du dividende trimestriel.

Neil Bruce affirme que l’entreprise compte « se défendre avec vigueur » des accusations de fraude et de corruption qui pèsent à son endroit, pour ses agissements présumés en Libye. En 2013, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait rendu un rapport accablant sur SNC-Lavalin.

Dans la foulée de ces accusations, il est allégué que le bureau du premier ministre Trudeau a tenté indûment d’influencer Jody Wilson-Raybould, alors procureure générale, pour que SNC-Lavalin négocie un accord de réparation plutôt que d’être traduite en procès.

Jeudi, le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, a admis que l'ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a subi des pressions dans le dossier de SNC-Lavalin, tout en assurant qu'elles n'étaient pas inappropriées.

Nous n’avons jamais demandé à ce que les accusations soient abandonnées. Nous n’avons jamais demandé à pouvoir éviter le système judiciaire pour quoi que ce soit.

Neil Bruce, PDG de SNC-Lavalin

« Nous n’avons rien fait de mal »

Dans ce scandale, Neil Bruce affirme qu’il n’a pas été facile, tant pour lui que pour l’équipe de gestion ou encore pour les employés, de voir le nom de SNC-Lavalin dans les médias ces deux dernières semaines.

En tant qu’entreprise, nous n’avons rien fait de mal et aucun de nos employés actuels n’a fait quoi que ce soit de mal.

Neil Bruce, PDG de SNC-Lavalin
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Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Un accord qui pourrait éviter une longue bataille judiciaire

Selon le PDG de SNC-Lavalin, il serait dans l’intérêt public qu’au final, l’entreprise puisse négocier un accord de réparation, en échange d'amendes et autres sanctions. Le 10 octobre dernier, le Service des poursuites pénales du Canada avait refusé à l’entreprise le droit de négocier un tel accord. Un refus qui a forcé l'entreprise à se préparer à une longue bataille judiciaire.

Nous croyons que l’accord de réparation, qui a été adopté par le Parlement, devrait s’appliquer à notre cas.

Neil Bruce, PDG de SNC-Lavalin

L’accord de réparation, soutient en substance le PDG de SNC-Lavalin, est conçu de telle sorte qu'il amène des individus devant la justice tout en ne causant aucun préjudice aux personnes innocentes, c'est-à-dire « les employés, les retraités, les actionnaires et tous ceux qui font partie de la chaîne d’approvisionnement ».

« En ce moment, nous croyons que c’est exactement le contraire qui se produit », a dit Neil Bruce.

De l'optimisme, malgré une année difficile

Dans un entretien enregistré par sa firme, le PDG de SNC-Lavalin a commenté les résultats au quatrième trimestre, en commençant par cette observation : « 2018 nous a tous donné un coup ».

Mais l'entreprise est en bonne santé financière et dispose de milliards de dollars en actifs, assure Neil Bruce qui préside aux destinées de SNC-Lavalin depuis 2015. « Nous remportons des mandats au même rythme que par le passé, affirme-t-il. Nos perspectives sont prometteuses. »

  • La perte nette de 1,6 milliard de dollars de SNC-Lavalin au quatrième trimestre correspond à une perte de 9,11 $ par action. Au même moment l'an dernier, SNC-Lavalin affichait un profit de 52,4 millions de dollars ou 30 cents par action.
  • Ses revenus trimestriels sont passés de 2,9 milliards de dollars l'an dernier à 2,6 milliards de dollars cette année.
  • Sa perte ajustée s'est chiffrée à 1,31 $ par action, comparativement à un profit ajusté de 98 cents par action, il y a un an. Les analystes interrogés par Thomson Reuters Eikon attendaient une perte de 1,19 $ par action.

Un moteur pour le Québec, selon Pierre Fitzgibbon

À la Bourse de Toronto, vendredi, l'action de SNC-Lavalin a clôturé à 34,76 $, en recul de 1,05 $, ou 2,93 %.

Yuri Link, de Cannacord Genuity, a estimé que la direction de SNC-Lavalin avait adopté une approche prudente en abaissant son dividende, estimant que les résultats du quatrième trimestre avaient réservé peu de surprises.

De son côté, le ministre de l'Économie et de l'Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon, a été appelé à commenter l'annonce des résultats de la multinationale vendredi.

« SNC-Lavalin, c'est une société qui est importante pour l'écosystème québécois », a déclaré le ministre qui participait à une annonce dans le secteur de l'aéronautique, à Montréal. « Je pense que la compagnie [SNC-Lavalin] va s'en sortir », a-t-il ajouté.

D'ici la fin des procédures judiciaires, la multinationale québécoise a toujours le droit de soumissionner sur des contrats fédéraux. Toutefois, elle pourrait perdre ce privilège pendant 10 ans si elle est reconnue coupable.

Avec les informations de La Presse canadienne, et CBC

Économie