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Regards croisés sur le Mois de l'histoire des Noirs

Regards croisés sur le Mois de l'histoire des Noirs
Pierre Verrière

À l'occasion du Mois de l'histoire des Noirs, Israël, Dustin, Alexa, Mariam et Raymond, tous membres de la communauté noire de Winnipeg, se penchent sur la signification et l'importance de cette célébration au Canada. Ils jettent des regards croisés sur l'identité, le métissage, la culture et sur ce que c'est que d'être noir au Canada en 2019.

Chez les Ngarboui, tout est fait pour rappeler le Tchad, pays dont est originaire Raymond Ngarboui, le chef de famille. Un drapeau du Tchad trône au côté du drapeau canadien dans le salon, et les tambours traditionnels ne sont jamais loin.

Des deux enfants de la famille, seul l'aîné, Israël, est né dans le pays de son père. La plus jeune, Elena, est née au Canada.

« Je dirais aux autres que je suis canadien d'origine tchadienne », explique Israël, étudiant en science politique à l'Université du Manitoba.

Un jeune homme à la peau noire.Israël Ngarboui est étudiant en science politique et espère devenir avocat. Il regrette qu'on ne s'intéresse pas assez au continent africain quand il s'agit de parler de l'histoire des Noirs. Photo : Radio-Canada

Le jeune homme ne se reconnaît pas dans l'enseignement de l'histoire des Noirs qu'il a reçu à l'école.

« Je trouve que c'est important de continuer à faire ça, mais il faut changer beaucoup de choses. D'abord pour commencer, il faut comprendre que l'histoire des Africains, ce n'est pas juste les États-Unis et puis l'Afrique du Sud », estime Israël Ngarboui.

 Chaque année, c'est toujours la même chose, ça se répète. On parle de Martin Luther King, des Afro-Américains, l'esclavage, et c'est juste sur ça. On ne parle pas en détail de ce qui s'est passé en Afrique sauf pour l'Afrique du Sud. 

Israël Ngarboui, étudiant

Hommage aux ancêtres

Né à Winnipeg d'une famille mixte, Dustin White a toujours été partagé entre ses deux identités.

« Ma mère est blanche, mon père est noir d'une famille noire qui venait de l'est, en Nouvelle-Écosse. Ils sont les descendants de loyalistes noirs pendant la guerre d'indépendance des États-Unis », raconte-t-il.

À l'occasion du Mois de l'histoire des Noirs, il rend hommage à ses ancêtres.

« Quand j'étais jeune dans les années 80, je trouvais que le mois de février était de plus en plus important pour retrouver la fierté de mon héritage noir. Ici au Manitoba, c'était difficile de trouver des personnes qui me ressemblaient. »

Aujourd'hui, il dit encore avoir du mal parfois à se positionner dans la société.

Un homme porte un chandail noir, des lunettes et une tuque noire.Née d'une mère blanche et d'un père noir, Dustin white compte parmi ses ancêtres les premiers colons noirs à s'être installés en Nouvelle-Écosse au 18e siècle. Photo : Radio-Canada

« Ma peau est blanche et je fais l'expérience du privilège blanc. Beaucoup de personnes m'ont dit qu'ils n'avaient aucune idée que j'étais à moitié noir, que mon père est noir et que toute une partie de ma famille est noire », continue Dustin White qui a pu retrouver ses ancêtres paternels jusqu'aux plantations de la Caroline du Nord.

Alexa Potashnik partage, elle aussi, deux héritages.

Une femme métisse aux longs cheveux noirs porte des lunettes et un chandail marron.Alexa Potashnik est la fondatrice de l'organisation Black Space, basée à Winnipeg. Photo : Radio-Canada

Née d'une mère jamaïcaine et d'un père juif-russe, elle est la fondatrice de l'organisation Black Space qui réunit des membres de la communauté noire de Winnipeg.

 Le Canada n'a reconnu que récemment le Mois de l'histoire des Noirs et la contribution passée, présente et future des communautés noires à travers le pays. 

Alexa Potashnik, fondatrice de l'organisme Black Space, militante

Le Mois de l'histoire des Noirs est pour elle l'occasion de se réapproprier leur histoire et de se faire entendre.

Mariam Ba est de la même génération qu'Alexa.

Née en France de parents maliens, elle avoue avoir mis du temps avant de renouer avec la culture et l'histoire de ses parents.

« Moi, j'ai toujours grandi dans un milieu sans Noirs; à part mes parents, il n'y avait personne qui me ressemblait. »

Illustratrice et graphiste de formation, elle relativise l'importance de cette célébration.

 Ce n’est pas un événement qui va changer vraiment quoi que ce soit dans mon quotidien, parce qu'en soi être noir, ce n’est pas que pendant un mois, et surtout pas pendant un mois de vingt-huit jours, c'est vraiment toute l'année. 

Mariam Ba

« C'est très sympa d'avoir ça pendant un mois, mais ce serait bien que l'histoire des Noirs fasse tout simplement partie de l'histoire, pas que ce soit qu'un seul mois dans l'année. »

Elle s'interroge aussi sur le public visé par cet événement.

Une femme noire porte un manteau d'hiver blanc et une écharpe noire.Mariam Ba est née en France de parents maliens. Elle vit aujourd'hui à Winnipeg où elle est graphiste et illustratrice. Photo : Radio-Canada

« Le coeur de la cible, ce sont plus les personnes qui ne sont pas noires que les personnes qui sont noires, et ça serait intéressant de se demander si cela apporte vraiment quelque chose aux Noirs d'avoir ce mois-là et s'ils se sentent représentés », souligne-t-elle.

Pour Raymond Ngarboui, le père d'Israël, c'est surtout le sens qu'on donne à ce mois et ce qu'on en fait qui importe.

« Quel est l'impact de tout ce qu'on fait depuis 1995 sur la population canadienne ou la population canadienne qui n'est pas d'origine noire? Est-ce qu'ils ont appris quelque chose? », demande-t-il.

Le Mois de l'histoire des Noirs, qui durait à l'origine une semaine, a vu le jour aux États-Unis en 1976 et se veut une célébration annuelle de l'histoire de la diaspora africaine.

Depuis 1995, le Canada célèbre également, durant tout le mois de février, le Mois de l'histoire des Noirs. À cette occasion, plusieurs rendez-vous culturels sont programmés pour rendre hommage à l'apport de la communauté noire du pays.

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