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Illustration montrant quatre petits personnages près d'un gâteau d'anniversaire sur lequel est écrit Phénix.

Le système Phénix continue de frustrer de nombreux fonctionnaires fédéraux, trois ans après sa mise en service.

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Florence Ngué-No

Le système Phénix a trois ans cette semaine, et il continue d'être la hantise de milliers de fonctionnaires fédéraux. Le plus préoccupant, selon les syndicats, c'est que les nouveaux cas de fonctionnaires qui signalent des irrégularités sur leur paye s'accumulent toujours.

La vice-présidente nationale de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, Magali Picard, parle d’une situation qui demeure « infernale ». On est à constater après trois ans que la situation est toujours catastrophique, déplore Mme Picard.

D’autant plus que le nombre d’employés qui découvrent de nouveaux problèmes sur leur talon de paye continue d’augmenter. Tous les mois depuis un an, en moyenne, quelque 80 000 nouveaux cas par mois s’ajoutent aux dizaines de milliers d’autres déjà en attente de traitement, ce qui continue, au bout du compte, d’être supérieur aux capacités de traitement du Centre des services de paye.

Une femme répond aux questions d'une journaliste à la caméra dans son bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La vice-présidente nationale de l’Alliance de la Fonction publique du Canada, Magali Picard.

Photo : Radio-Canada

Il y a des nouveaux cas à chaque période de paye. Ça continue. Phénix est toujours un système problématique. Il y a des milliers de codes d’erreur, déplore la syndicaliste.

Même au Bureau du vérificateur général (BVG) du Canada, la déception est palpable.

Trois ans plus tard, on n'a toujours pas les résultats qu'on escomptait.

Jean Goulet, directeur principal, Bureau du vérificateur général du Canada

J’assume qu’il y a quelque chose qui se fait, estime Jean Goulet, qui a participé à la rédaction des rapports du BVG sur les ratés du système. Par contre, ce que je constate en regardant les mêmes statistiques transmises par le ministère, c'est que l'amélioration, s'il y en a une, est négligeable, enchaîne-t-il.

Encore nombreux sont les fonctionnaires fédéraux qui continuent d’éviter tout changement à leur paye pour ne pas avoir à y constater de nouvelles irrégularités. Remettre à plus tard son projet de retraite, attendre avant de fonder une famille ou refuser une promotion font partie des stratégies privilégiées pour ne pas s’attirer d’ennuis.

Un homme assis à son bureau devant une fenêtre répond aux questions d'une journaliste.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Goulet est le directeur principal du Bureau du vérificateur général du Canada.

Photo : Radio-Canada

« Mes enfants, ils ne méritent pas ça », dit une victime de Phénix

Gestionnaire au gouvernement du Canada, Naomi* vit des problèmes de paye depuis les balbutiements de Phénix. La gestionnaire n’a pas été payée, puis a été sous-payée pendant plus d'un an après un congé de maternité au printemps 2016.

Radio-Canada lui a accordé un nom fictif et a masqué son identité, puisqu’elle craint d’être victime de représailles dans le cadre de son travail, comme elle occupe des fonctions de haut niveau dans la fonction publique.

On est au point mort, trois ans et demi plus tard pour moi, déplore-t-elle, découragée.

Cette mère de famille, visée par une procédure de recouvrement à cause de problèmes financiers liés à Phénix, estime que le gouvernement lui doit près de 30 000 $.

Je me base sur toutes les fois où j'ai eu un zéro dollar sur mon talon de paye ou que les montants n'étaient pas ce qu'on me devait, explique-t-elle.

Cette fonctionnaire a dû consulter un psychologue en raison de l’impact des problèmes causés par Phénix sur sa santé mentale. Elle a appris récemment que sa demande de congé maternité qui remonte à 2015 était en cours de traitement et que sa paye risquait de nouveau d'être touchée.

Là, j'ai vraiment peur de ce qui s'en vient. C'est comme si j'étais pénalisée deux fois, précise-t-elle.

Moi, c'est pas grave si je me prive, mais mes enfants, ils ne méritent pas ça.

Naomi*, fonctionnaire au gouvernement du Canada

Le gouvernement estime toujours que plus de la moitié des fonctionnaires de l’État sont aux prises avec un problème de paye quelconque.

Aucun échéancier pour stabiliser le système

Le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Steven MacKinnon, estime pour sa part que des progrès sont faits dans le traitement des problèmes de paye générés par Phénix.

Les signes encourageants sont là, assure M. MacKinnon. Nous constatons que nos efforts portent fruit et que nous allons continuer de voir des progrès soutenus.

Des progrès principalement dus, selon le secrétaire parlementaire, à la mobilisation de conseillers en rémunération qui ont permis de diminuer le nombre de cas en arriéré.

Un homme en entrevue à la caméra dans la salle des nouvelles de Radio-Canada. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le secrétaire parlementaire de la ministre de Services Publics et Approvisionnement Canada, Steven MacKinnon.

Photo : Radio-Canada

M. MacKinnon reconnaît que ces « progrès » représentent toutefois une mince consolation pour ceux qui sont encore aux prises avec des problèmes de paye liés à Phénix.

Ces gens-là vont recevoir chaque cenne qui leur est due, et ce, dans les meilleurs délais.

Steven MacKinnon, secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et Approvisionnement Canada

Steven MacKinnon insiste pour dire que des démarches ont été entreprises afin de stabiliser et de remplacer le système de paye Phénix, mais il refuse de donner un échéancier qui permettrait aux fonctionnaires de savoir quand cette situation sera réglée une fois pour toutes.

Le secrétaire parlementaire de la ministre des Services publics et Approvisionnement Canada refuse aussi de dire s'il y aura une enquête publique sur le fiasco Phénix. Mais Steven MacKinnon assure que des leçons ont été tirées et cite, notamment, les deux derniers rapports du vérificateur général du Canada consacrés à Phénix.

Selon un rapport du Sénat présenté l’an dernier, non seulement Phénix ne permettra pas de réaliser les économies prévues de 70 millions de dollars par année, mais il coûtera aux contribuables canadiens des milliards de dollars.

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