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Aucun reconstitutionniste en Abitibi-Témiscamingue: des policiers craignent que des actes criminels soient ignorés

Un module de la Sûreté du Québec avec l'inscription Enquête collisions.

Un reconstitutionniste de niveau 4 travaille en moyenne 8 fois par année depuis 3 ans.

Photo : Rodrigue Savard

Radio-Canada

Radio-Canada a appris que le seul reconstitutionniste de niveau 4 en scène d'accident en Abitibi-Témiscamingue n'est pas disponible depuis 2016 et qu'il ne le sera pas avant au moins 2020. Des policiers nous ont confié craindre que des gestes potentiellement criminels soient ignorés en raison de cette situation.

Le reconstitutionniste de niveau 4 est le seul suffisamment formé pour enquêter sur des accidents pouvant mener à des accusations criminelles. Le fait de ne pas en avoir dans la région fait en sorte que des enquêteurs en scène collision niveau 2, qui sont moins formés, sont appelés sur la majorité des accidents.

Le 15 février dernier, la route 117 a été fermée pendant plus de 10 heures puisque les policiers attendaient un reconstitutionniste venu de l'Outaouais. La Sûreté du Québec nous affirmait que celui de l'Abitibi-Témiscamingue n'était pas disponible. Or, nous avons appris que celui-ci est directeur régional syndical à temps plein depuis 2016 et que la SQ ne l'a jamais remplacé.

Deux voitures impliquées dans un accident, l'hiver.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La collision a causé la fermeture de la route 117 pendant plus de 10 heures.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Le policier à la retraite Pierre Tremblay a été reconstitutionniste de niveau 4 pendant 10 ans. Pour lui, cette situation est inconcevable.

C'est déjà embarrassant d'avoir à attendre à cause d'une collision, en plus, on doit attendre que quelqu'un se déplace de l'autre bout de la province pour venir. Moi, je considère ça inacceptable. On ne devrait pas avoir ça.

Pierre Tremblay, policier retraité

Des policiers disent subir des pressions

Le déplacement d'un policier de Gatineau ou de Montréal engendre des coûts importants pour la SQ. Des policiers nous ont d'ailleurs confié recevoir des pressions de la part de leur supérieur afin d'éviter de faire appel à un reconstitutionniste de niveau 4 à moins d'être absolument convaincu que ce soit nécessaire. Une situation qui créerait un certain malaise dans l'organisation.

Ces policiers nous ont cité en exemple un accident qui a coûté la vie à deux jeunes adolescentes le 9 août 2017 dans le quartier Granada à Rouyn-Noranda. Happées par un véhicule le mercredi, la SQ a pris la décision d'envoyer seulement un enquêteur en scène collision niveau 2. Celui-ci a fait son travail et la scène de l'accident a été libérée le jour même.

Pourtant, selon les critères internes de la SQ, un enquêteur de niveau 4 est nécessaire lorsqu'il y a un accident mortel avec possibilités de poursuites criminelles ou lorsque l'événement pourrait engendrer une incidence médiatique importante.

Ces deux possibilités étaient bien présentes le 9 août 2017.

À preuve, deux jours plus tard, le 11 août, la SQ se ravise. Elle ferme à nouveau la route et décide finalement d'envoyer un reconstitutionniste de niveau 4 en provenance de Québec.

Dans ce dossier, des accusations de négligence criminelle causant la mort et de conduite dangereuse causant la mort ont finalement été déposées contre le conducteur en 2018.

Un automobiliste heurte deux piétonnes à Granada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un automobiliste heurte deux piétonnes à Granada.

Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard

Autre exemple, une collision mortelle entre une camionnette et un poids lourd survenue le 29 novembre 2018 à Val-Saint-Gilles au nord de La Sarre a aussi soulevé des questions. Les premiers éléments de l'enquête ont démontré que le conducteur de la camionnette n'aurait pas fait son arrêt obligatoire causant ainsi la collision qui a coûté la vie du conducteur du poids lourd. La SQ a finalement décidé d'envoyer un enquêteur en scène collision niveau 2 et de ne pas faire venir un reconstitutionniste de niveau 4.

La SQ assure que tout est fait dans les règles

La porte-parole de la Sûreté du Québec, Joyce Kemp, n'a pas souhaité commenter ces deux cas précis, mais elle assure que les décisions sont longuement réfléchies.

Il y a les premiers intervenants qui font les premières constatations sur les lieux. Il y a également l'agent de niveau 2 qui est un enquêteur en scène de collision qui également est formé pour détecter certaines choses sur une scène. Les décisions sont prises vraiment en fonction de chaque scène de collision parce qu'il n'y a pas deux scènes pareilles.

Joyce Kemp n'était pas en mesure de nous dire pourquoi la SQ ne forme pas un autre policier dans la région.

Elle assure que les interventions nécessitant un agent de niveau 4 sont peu fréquentes en Abitibi-Témiscamingue depuis trois ans. Une moyenne de 8 par année : 10 en 2016, 5 en 2017 et 9 en 2018.

Des chiffres qui surprennent le policier reconstitutionniste à la retraite Pierre Tremblay. Il affirme quant à lui qu'entre 2003 et 2013, il analysait environ une vingtaine de scènes d'accidents par année.

Ç'a déjà été jusqu'à 28 dossiers dans une année, mais c'était plus autour de 20 dossiers par années auxquels j'intervenais, affirme-t-il.

Un ancien policier pose devant des distinctions reçues de la Sûreté du Québec.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pierre Tremblay, policier à la retraite

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Au total dans la province, la Sûreté du Québec aurait un peu plus d'une quinzaine de reconstitutionnistes avec une formation de niveau 4, alors que la Police provinciale de l'Ontario en compte 70.

La formation pour ces policiers est échelonnée sur plusieurs semaines et est normalement offerte aux États-Unis.

Le milieu politique veut des réponses

La députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a avisé la ministre de la Sécurité publique afin de discuter de la possibilité d'avoir un reconstitutionniste de niveau 3 et 4 dans la région en tout temps.

J'ai demandé en même temps qu'on puisse allouer des ressources pour que d'autres reconstitutionnistes puissent être formés dans la région, dit-elle. Définitivement, je pense qu'il faut pallier à cette situation le plus rapidement possible. On l'a dit dans d'autres dossiers, les gens de l'Abitibi-Témiscamingue ne sont pas des citoyens de seconde zone, donc c'est clair qu'il faut assurer les services de sécurité de façon adéquate pour l'ensemble du territoire.

Émilise Lessard-Therrien de Québec Solidaire élue dans la circonscription électorale de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, au micro de l'émission Des matins en or.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Émilise Lessard-Therrien de Québec Solidaire a remporté la circonscription électorale de Rouyn-Noranda-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Angie Landry

La mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, n'était pas au fait qu'aucun reconstitutionniste de niveau 4 n'était disponible dans la région. Elle compte aborder le sujet avec la Sûreté du Québec.

Déjà il y a des expertises qu'on n'a pas, mais si c'est une expertise qu'on avait et qu'on n'a plus accès maintenant, c'est très préoccupant.

Diane Dallaire, mairesse de Rouyn-Noranda

Selon nos informations, la région pourrait être privée de reconstitutionniste de niveau 4 pour encore longtemps puisque leur seul reconstitutionniste occupe actuellement une fonction à temps plein au syndicat jusqu'en 2020. Il aurait l'intention de solliciter un autre mandat syndical jusqu'en 2024.

Abitibi–Témiscamingue

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