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Levée de boucliers contre Agriculture Canada

Un homme qui donne du foin à ses vaches.
Charles-Étienne Pelletier, producteur de lait biologique de La Pocatière, a déjà réservé son foin puisqu'il n'en a pas assez en réserve pour l'année qui vient. Photo: Radio-Canada
Joane Bérubé
Patrick Bergeron

Des agriculteurs de trois régions, Bas-Saint-Laurent, Chaudière-Appalaches et Saguenay–Lac-Saint-Jean, dénoncent l'attitude du ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire du Canada (AAC) qui refuse d'approuver une modification au régime québécois d'assurance-récolte. Des producteurs de la Gaspésie et de l'Abitibi-Témiscamingue sont aussi touchés.

La Financière agricole du Québec (FADQ) propose aux producteurs agricoles de les dédommager pour les risques associés aux conditions climatiques sur une période de 10 jours précédents la récolte plutôt que trois jours, comme c’est le cas actuellement.

Cette nouvelle disposition ouvrirait la porte à un dédommagement considéré plus adéquat pour les agriculteurs touchés par la sécheresse de l'été dernier.

Au Bas-Saint-Laurent, par exemple, la pluie est arrivée seulement dans les six derniers jours de la récolte, qui a tout de même été perdue.

La modification au régime d’assurance arrive en cours d’année et doit être approuvée par le ministère fédéral de l’Agriculture.

Le nouveau calcul aurait un impact important dans le portefeuille des agriculteurs. Selon les modalités actuelles, les producteurs recevront deux millions de dollars de compensations.

La modification du calcul ferait grimper les compensations à 16 millions de dollars.

Situation urgente

Jusqu’à maintenant, le fédéral aurait fait la sourde oreille aux doléances du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), de l’Union des producteurs agricoles (UPA) et de la FADQ.

Selon l’ACC qui finance 40 % du programme, accepter un changement en cours d’année créerait un précédent. Ces nouveaux calculs seront intégrés au programme de 2019 par le fédéral, mais pas pour la récolte de 2018.

La situation est pourtant urgente, selon les producteurs, qui viennent de traverser deux années difficiles sur le plan des conditions météorologiques.

Le foin manque dans les granges, selon le producteur de lait biologique à Sainte-Anne-de-La-Pocatière, Charles-Étienne Pelletier. Habituellement, dans une année normale, on en a trop, dit-il. Une année sèche, normale, on arrive kif-kif. Une année de sécheresse comme cette année, il n’y a rien à faire. Si tu n’as pas 50 % de la pluie que tu as d’habitude, ça ne peut pas bien aller, surtout dans nos terres.

Charles-Étienne Pelletier, producteur de lait biologique de La PocatièreCharles-Étienne Pelletier, producteur de lait biologique de La Pocatière Photo : Radio-Canada

Les répercussions de la pénurie se feront sentir aussi cette année. Même avec une superbe année, il n’y en aura pas assez, commente M. Pelletier qui a déjà réservé du foin pour les mois de juillet et août.

Prix du foin en hausse

Les compensations seraient d’autant plus les bienvenues que le prix du foin atteint des sommets. Une balle de foin qui se vendait environ 30 $ peut maintenant s’écouler à 100 $.

Charles-Étienne Pelletier estime qu’il a dû acheter pour environ 70 000 $ de foin cette année pour pallier ses pertes.

Des dizaines de bottes de foin sont alignées sur le sol.Des bottes de foin de la ferme GMR au Bic. Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

Le président de la Fédération de l’UPA du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis va même jusqu’à parler de catastrophe pour les agriculteurs qui n’ont plus de réserve de foin.

Le président de l’UPA Bas-Saint-Laurent craint les effets d’un printemps tardif sur des fermes plus fragiles comme celles des producteurs ovins.

Des fermetures sont à prévoir si l’aide ne vient pas, croit M. Marquis. Il estime qu’il faudra au moins trois bonnes années de récolte pour pallier les pertes subies.

Échéance en mars

Gilbert Marquis se dit révolté par ce qu’il qualifie de « surdité du gouvernement fédéral ». Cela fait un an qu’on travaille sur ce dossier, dit-il, ils ne comprennent pas encore. On est au bout du rouleau. On est dans le mur. Qu’ils se réveillent et qu’ils nous indemnisent.

Conférence de presse de l'Union des producteurs agricoles.Les producteurs agricoles veulent que le gouvernement fédéral accepte de modifier le programme d'assurance-récolte. Photo : Radio-Canada

Il ne reste plus beaucoup de temps aux agriculteurs pour convaincre le gouvernement fédéral, d’après le député fédéral de Montmagny–L'Islet–Kamouraska–Rivière-du-Loup, Bernard Généreux. À partir du début mars, les agriculteurs devront déposer leur demande pour 2018 et si cette façon de calculer n’en fait pas partie, ils auront une perte sèche importante , indique le député du Parti conservateur.

Une motion sera déposée par le Parti conservateur au comité sur l’agriculture et l’alimentation pour faire avancer le dossier.

Les agriculteurs promettent de se faire entendre si la solution ne vient pas.

Bas-Saint-Laurent

Agriculture