•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Populisme et francophobie, la FCFA s’interroge sur la défense du français au Canada

Des personnes assises dans une salle.
La FCFA a organisé jeudi soir, au Musée canadien pour les droits de la personne, une conférence sur la montée du populisme et de la francophobie en marge des travaux de son conseil d'administration réuni à Winnipeg. Photo: Radio-Canada / Camille Gris Roy
Radio-Canada

La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a organisé, jeudi, au Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg, une table ronde afin de discuter des liens entre la montée du populisme dans le monde et les dangers de la francophobie au pays.

Pour la FCFA, cette conférence publique était l'occasion d'ouvrir un débat sur la place de la francophonie au lendemain des récentes crises linguistiques en Ontario et au Nouveau-Brunswick, comme le rappelle un des panélistes, le doyen de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Saint-Boniface, Alexandre Brassard.

« On a observé un récent recul des droits linguistiques en Ontario avec l’abolition du commissariat aux services en français, le projet d’université francophone qui est tombé à l’eau, mais aussi au Nouveau-Brunswick avec la crise des ambulances. On n’exige plus que les ambulanciers soient bilingues. Ça a un impact sur les services en français », affirme-t-il.

Le président de la FCFA, Jean Johnson, explique que cela est « inquiétant ».

« On commence à parler de perte de légitimité du français et on fait face à des gens qui ne sont pas intéressés par les faits. Il faut trouver une façon de dialoguer avec eux », affirme-t-il.

Pour le professeur en science politique de l’Université de Montréal, Alain Noël, il faut comprendre que les mouvements populistes sont très variés, mais s’accordent sur certains points.

« C‘est une attitude de remise en question des élites, de la science et des faits. C’est la vision utopique d'une société vue comme unifiée et qui, par conséquent, s’inscrit en faux de la diversité », souligne-t-il..

Prendre le temps de réfléchir

Il est indispensable de prendre un temps de réflexion, selon Alexandre Brassard. « Quand on pense qu’il y a une crise linguistique, il faut commencer par réfléchir et pas tout de suite paniquer », affirme-t-il.

Par ailleurs, il n'est pas convaincu du rapport de cause à effet entre populisme international et crise linguistique.

Le populisme est un concept un peu fourre-tout. Ça inclut Donald Trump, Hugo Chavez, les partis d'extrême droite. Quel lien y a-t-il entre tout ça et quelqu’un comme Doug Ford?

Alexandre Brassard, doyen de la Faculté des arts et des sciences de l'Université de Saint-Boniface

Selon M. Brassard, il est nécessaire de « faire une analyse plus fine et avoir une lunette plus canadienne pour comprendre ».

« Il y a plusieurs niveaux d’opposition à la francophonie. Il y a les groupes désorganisés, houleux et virulents. Il y a ceux qui s’opposent par principe, parce qu’ils considèrent que ce n’est pas équitable par exemple. Et le troisième niveau, c’est l’opposition économique. Ce dernier est le plus dangereux parce qu'il n’a pas forcément de résistance directe ».

Pour la présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, Sue Duguay, le danger vient du fait que « l’argument économique finit par être un sujet que les francophones peuvent eux-mêmes soutenir ».

Échanger et mobiliser

M. Brassard ajoute que ce genre de discussions peut apporter un nouvel éveil auprès des nouvelles générations de francophones.

« C’est vrai qu’une crise peut contribuer à mobiliser les gens et créer une toute nouvelle génération de militants. On touche à des choses qui polarisent les gens », souligne-t-il.

Le journaliste pour le Journal de Montréal, Philippe Orfali, s’inquiète justement de voir « les communautés chacune de leur côté ». Il estime que la solution viendra vraisemblablement de l’union, même au-delà des francophones.

« Il faut se tourner vers nos amis anglophones pour leur expliquer que les droits francophones sont surtout des droits de la personne. On a peut-être avantage à apprendre à se marier », affirme-t-il.

Il ajoute que la récente crise linguistique en Ontario fut un exemple encourageant de mobilisation des médias anglophones à la cause francophone.

Alexandre Brassard espère que la FCFA pourra, grâce à ces discussions, trouver de nouvelles stratégies pour défendre la francophonie, notamment à l’aube de la prochaine élection fédérale.

Alain Noël rappelle justement que « le Canada, son image de marque c’est d'être multiculturel et ouvert. Le bilinguisme, ça fait partie de ce qu’est notre pays ».

Manitoba

Associations francophones