•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Première conférence sur le trafic sexuel des femmes autochtones

La ville de Thunder Bay est une plaque tournante pour le trafic humain, selon la province
La ville de Thunder Bay est une plaque tournante pour le trafic humain, selon les autorités provinciales. Photo: Radio-Canada
Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, une conférence sur la violence contre les femmes autochtones et le trafic sexuel doit permettre de mieux comprendre le phénomène et de mieux le combattre. Il s'agit d'une première du genre jamais organisée au pays.

L'objectif consiste également à sensibiliser les forces de l'ordre au problème. Il s'agit d'ailleurs d'une initiative de la police de Toronto.

La rencontre s'inscrit dans le cadre des efforts de la réconciliation nationale sur les femmes et les filles autochtones qui ont disparu ou qui ont été assassinées au Canada.

À défaut de toutes les identifier, un mannequin vêtu d'une robe traditionnelle rouge a été placé sur l'estrade où les experts prennent tour à tour la parole. Un rappel sur les raisons de leur présence à ce colloque.

On voit une robe traditionnelle qui représente les Autochtones qui ont disparu ou qui ont été tuées au Canada.Une robe traditionnelle pour représenter les Autochtones qui ont disparu ou qui ont été tuées au Canada. Photo : Radio-Canada / Lorenda Reddekopp

Sonia Cywink est l'une de ces femmes qui ont été assassinées. Elle a disparu dans les rues de London en août 1994, avant d'être retrouvée morte quatre jours plus tard. La femme de 31 ans était à l'époque enceinte et toxicomane.

Son meurtre demeure à ce jour inexpliqué. C'est une véritable fléau, les disparitions de femmes et de jeunes filles autochtones sont toujours plus fréquentes, et les victimes, toujours de plus en plus jeunes, explique la soeur de la victime, Meggie Cywink.

On voit Meggie Cywink, dont la sœur a été retrouvée morte en 1994.La sœur de Meggie Cywink a été retrouvée morte en 1994. Photo : Radio-Canada / Paul Smith

Selon les conférenciers, l'âge moyen des Autochtones qui sont enlevées et assassinées est aujourd'hui de 13 ans. Meggie Cywink rappelle que les relations entre les Premières Nations et les forces de l'ordre au pays sont délicates. Je veux que les policiers comprennent les besoins de nos familles et l'importance de les comprendre, dit-elle.

Les femmes autochtones qui vivent en dehors des réserves et dans les grands centres urbains sont plus à risque. L'isolement de la communauté et la pauvreté les fragilisent par ailleurs davantage, parce que certaines doivent se résigner à se prostituer pour survivre ou à devenir des mules pour les trafiquants de drogue.

Ces femmes autochtones deviennent alors des proies accessibles et l'apparition des réseaux sociaux a fait en sorte qu'il est encore plus facile de tomber dans les pièges des trafiquants, notamment à cause de leur caractère anonyme.

On voit en entrevue Collin Graham, le responsable de la lutte contre la traite de la personne au sein de l'Association ontarienne des femmes autochtones.Collin Graham est le responsable de la lutte contre la traite de personnes au sein de l'Association ontarienne des femmes autochtones. Photo : Radio-Canada / Paul Smith

Les conférenciers affirment que les femmes et les jeunes filles autochtones font face à des défis particuliers par rapport aux autres Canadiennes victimes de la traite de personnes ou de l'exploitation sexuelle.

Collin Graham, de l'Association ontarienne des femmes autochtones, soutient que les ressources pour venir en aide à ses femmes sont beaucoup moins disponibles, en particulier pour les plus jeunes. Les proxénètes savent comment les trouver et les attraper dans les espaces publics, là où Internet est gratuit ou encore dans les refuges pour sans-abri, et comment exploiter leur vulnérabilité comme leur traumatisme causé par des siècles de colonisation, souligne-t-il.

Diane Redsk, du Centre Ma Mawi Wi Chi Itata, explique que les trafiquants vont les forcer à faire ce qu'ils veulent. Ils gagnent leur confiance en leur achetant des vêtements, des cigarettes, de la drogue... et elles doivent alors les payer en retour, c'est à ce moment qu'elles sont entraînées dans le trafic sexuel, parce qu'ils ont un contrôle absolu sur elles.

On voit Diane Redsk, du Centre Ma Mawi Wi Chi Itata, s'adresser de la tribune aux conférenciers.Diane Redsk, du Centre Ma Mawi Wi Chi Itata, est l'une des conférencières. Photo : Radio-Canada / Paul Smith

M. Graham précise que les efforts des autorités pour poursuivre les criminels en justice permettent aux survivantes de mieux panser leurs plaies et de tourner la page plus facilement. Il existe toutefois plusieurs obstacles à franchir avant d'arriver à l'étape des tribunaux.

Selon les conférenciers, il reste encore un travail d'éducation à faire pour bâtir des relations de confiance avec les corps de police. Mme Cywink aimerait par exemple que les policiers montrent plus d'empathie à l'égard des Autochtones. Quand vous entrez dans une famille sans afficher aucune émotion, cela ne facilite pas du tout les premiers contacts, et elles vont vous percevoir comme un ennemi.

À Toronto, la police a déployé des efforts en ce sens en créant un poste d'agent de liaison pour les Autochtones. Le policier Randall Arsenault a été choisi pour occuper ce poste dans le quartier de Scarborough, qui compte la plus grande concentration d'Autochtones dans la métropole.

L'agent Arsenault est du même avis que Mme Redsk selon laquelle le langage que l'on utilise à l'endroit de ces femmes dans la société doit changer. On parle ici de victimes et non de prostituées, d'agressions contre des mineurs, de trafic sexuel forcé, dit-il.

On voit Randall Arsenault, l'agent de liaison de la police de Toronto auprès des Autochtones.Randall Arsenault, l'agent de liaison de la police de Toronto auprès des Autochtones. Photo : Radio-Canada / Paul Smith

Ce policier, qui appartient à la Nation Mi'kmaq au Canada atlantique, affirme que la conférence lui a permis d'en comprendre davantage sur les enjeux auxquels ces femmes sont confrontées. La partie de la conférence sur l'héritage des pensionnats autochtones l'a par exemple profondément marqué.

Le chef de police de Toronto, Mark Saunders, espère que la conférence de deux jours permettra de prévenir d'autres disparitions, parce que les forces de l'ordre seront mieux outillées selon lui pour comprendre que ce trafic de personnes se produit en plein jour et à l'insu de tous.

M. Graham ajoute que tous ont la responsabilité dans la société de s'enquérir au sujet de ces femmes si jamais ils s'aperçoivent qu'elles sont dans le besoin ou en danger.

On voit le chef de la police de Toronto, Mark Saunders.Le chef de la police de Toronto, Mark Saunders, a ouvert la conférence de deux jours sur le trafic des femmes autochtones. Photo : Radio-Canada / Paul Smith

Meggie Cywink reconnaît que la police fait son possible pour changer le comportement de ses agents. Je pense qu'elle est en train de réaliser qu'il s'agit d'un problème systémique. L'espoir de faire changer les choses, les mentalités, les comportements est maintenant réel, selon elle.

Mme Cywink ajoute toutefois que les communautés autochtones doivent elles aussi fournir leur part d'efforts et changer leur attitude à l'égard des forces de l'ordre. La collaboration doit aller dans les deux sens, conclut-elle.

Autochtones

Société