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Surconsommation d’antibiotiques : des médecins poursuivent la lutte malgré la fin d'un programme provincial

Un flacon et des comprimés sur une table

Les antibiotiques traitent les infections bactériennes, mais ils sont impuissants en cas d'infections virales, comme le rhume ou la grippe.

Photo : Getty Images

Radio-Canada

Des médecins de la Régie de santé de l'est de Terre-Neuve-et-Labrador se rabattent sur une application, entre autres, pour réduire le nombre de prescriptions d'antibiotiques après l'abolition d'un programme provincial de suivi en la matière.

Le taux de consommation d’antibiotiques de la province surpasse largement celui des toutes les autres, explique le Dr Peter Daley, professeur agrégé de médecine à l’UniversitéMemorial. Nous en sommes approximativement à une prescription d’antibiotiques par année par habitant, précise-t-il.

Cette consommation est problématique pour deux raisons, explique le Dr Daley. Elle entraîne l’élimination de bactéries bénéfiques en plus des nuisibles, et ces dernières finissent par devenir résistantes aux antibiotiques.

En tant que membre d’un comité de gérance de la Régie de santé de l’est en matière d’antibiotique, le but du Dr Daley est de réduire le nombre de prescriptions de ces médicaments.

Une application à la rescousse

L’un des moyens retenus pour atteindre ce but est une nouvelle application nommée Spectrum.

Cet outil peut aider les médecins après le diagnostic. L’utilisateur remplit une liste de vérification de facteurs pouvant influencer son patient, et l’application lui propose une prescription taillée sur mesures d’après les lignes directrices provinciales.

L'application est en marche sur un téléphone intelligentAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'application Spectrum suggère des prescriptions en se basant sur les ligne directrices provinciales.

Photo : CBC/Eddy Kennedy

Les médecins apprennent à utiliser les antibiotiques durant leur formation et ils suivent la même tendance durant leur carrière, explique le Dr Daley. Malheureusement, dit-il, dans certains cas ce qu’ils ont appris au début est exagéré.

Il n’est pas toujours nécessaire de prescrire des antibiotiques à si large spectre, aussi puissants et pendant de si longues périodes, souligne le professeur agrégé. Selon lui, des médecins peuvent changer leurs habitudes et en prescrire moins pour moins longtemps.

Il arrive aussi que des patients exigent des antibiotiques, ajoute le Dr Daley, et que des médecins cèdent devant leur insistance.

L’application Spectrum est disponible dans la province depuis environ deux semaines, et elle compte déjà plus de 460 utilisateurs, selon Peter Daley.

Le médecin est assis dans une salle de consultationAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Peter Daley, professeur agrégé à l'Université Memorial, estime que la dépendance de patients aux antibiotiques est problématique.

Photo : CBC/Eddy Kennedy

Spectrum peut être téléchargée sur les appareils iOS et Android. Le Dr Daley affirme que des médecins, des pharmaciens, des infirmières, des infirmières praticiennes, des étudiants et d’autres membres du public s’en servent.

Durant les six prochains mois, son équipe va étudier la « pertinence » des prescriptions d’antibiotiques. Il s’agit de vérifier si les dosages changent, afin de déterminer l’efficacité de Spectrum.

L’application est à l’heure actuelle mise à l’essai gratuitement dans la province. Peter Daley espère qu’elle donnera des résultats qui convaincront la Régie de santé de payer l’abonnement.

Abolition d’un programme provincial

Terre-Neuve-et-Labrador a lancé en 2015 un programme de suivi des prescriptions d’antibiotiques. Des pharmaciens étaient payés pour faire des consultations des patients afin de vérifier si ces derniers prenaient bien leur médicament et s’ils avaient des problèmes ou non de ce côté.

Le gouvernement a aboli ce programme en janvier. C’était une erreur, estime la pharmacienne Kara O’Keefe, étant donné que Terre-Neuve-et-Labrador a le plus haut taux de consommation d’antibiotiques au pays.

Le programme fait appel aux données des pharmacies, qui sont sous-utilisées, indique Mme O’Keefe.

Kara O'Keefe souriante devant un étalage de médicamentsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pharmacienne Kara O'Keefe croit que le gouvernement a commis une erreur en abolissant le programme de suivi des prescriptions d'antibiotiques.

Photo : CBC/Katie Breen

Lorsqu’il a lancé le programme, le gouvernement disait que c’était la plus récente initiative devant élargir le rôle des pharmaciens dans le système de santé.

Le gouvernement aurait pu modifier le programme pour que les pharmaciens fassent des suggestions s’ils jugeaient qu’un autre antibiotique ou un autre dosage aurait pu être plus approprié, explique Kara O’Keefe. Selon elle, cela aurait appuyé une utilisation plus sécuritaire de ces médicaments.

Le gouvernement a transféré à une autre initiative nommée SaferMedsNL 1 million de dollars autrefois destinés au programme aboli, selon le Conseil des pharmaciens de Terre-Neuve-et-Labrador. SaferMedsNL se concentre plutôt sur l’utilisation d’autres médicaments à raison d’un par année, soit les inhibiteurs de la pompe à protons (qui servent à soigner les brûlures d’estomac), puis les somnifères, et enfin les opioïdes.

Selon le site Internet de SaferMedsNL, la province affiche aussi des taux élevés de consommation de ces trois groupes de médicaments qui peuvent entraîner des effets néfastes.

Le ministère de la Santé a refusé toute entrevue pour ce reportage.

Avec les renseignements de Katie Breen, de CBC

Terre-Neuve-et-Labrador

Soins et traitements