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Le caribou de la Gaspésie n’est pas encore sorti du bois

Un caribou dans le Parc de la Gaspésie.

Un caribou dans le parc de la Gaspésie.

Photo : Radio-Canada

Joane Bérubé

Le plan d'aménagement forestier des zones entourant le parc de la Gaspésie demeure au cœur de la réflexion ainsi que de consultations qui auront lieu au cours des prochains mois concernant le plan de rétablissement du caribou.

Le dilemme persiste entre économie et protection de l’espèce en Gaspésie, où le caribou n’a pas arrêté de décroître depuis le début du vingtième siècle.

Ils étaient près de 200, il y a 10 ans, ils ne sont plus que 70 à fréquenter le massif des Chic-Chocs.

L’espèce est considérée comme en voie de disparition depuis maintenant près de 20 ans.

La divulgation du troisième plan de redressement du caribou, un document rédigé par une équipe de recherche qui établit les recommandations pour assurer la survie du troupeau, se fera pourtant attendre encore quelques mois.

Québec a annoncé mercredi qu’il mettra en place un plan d’action « inspiré du plan de rétablissement » pour protéger l’espèce. Plusieurs des mesures annoncées faisaient déjà partie du dernier plan de rétablissement qui datait de 2012.

Des caribous montagnards de la Gaspésie

Des caribous montagnards de la Gaspésie

Photo : Radio-Canada

Ces actions n’ont pas permis de stopper le déclin, reconnaît Paul Saint-Laurent directeur général du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le temps est donc venu de passer à autre chose.

L’équipe du plan de rétablissement a effectivement proposé autre chose. Ce sont, admet le directeur régional du ministère, ces modalités qui sont dans le plan de rétablissement du caribou qui est proposé et que le ministère va devoir regarder pour trouver les meilleures voies de passage pour poser des gestes concrets pour le caribou, mais le ministre a aussi la responsabilité de tenir compte des impacts socioéconomiques qu’on va mettre en place. 

Hors du parc de la Gaspésie

Pour le professeur en écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski et membre de l’équipe de rédaction du plan de rétablissement, Martin-Hugues Saint-Laurent, la survie du troupeau passe clairement par le contrôle des prédateurs et la diminution des coupes forestières autour du parc de la Gaspésie.

Les relevés de déplacement de caribous par télémétrie satellitaire ont clairement démontré que les bêtes fréquentent des forêts matures situées bien au-delà des limites du parc. Le parc ne peut pas suffire, cela prendra plus que le parc , commente Martin-Hugues Saint-Laurent.

On voit du haut des airs des flancs de montage dénudés, où ont été faites des coupes forestières.

Des coupes forestières intensives aux portes de l’habitat légal du caribou

Photo : Radio-Canada

Environ 50 % des forêts matures en périphérie du parc de la Gaspésie, dans un rayon de 30 km, ont déjà été coupées.

La disparition des forêts matures est plus que néfaste pour le caribou. Outre la perte d'une partie de son habitat, les coupes sont suivies d’une régénération du couvert végétal qui favorise les prédateurs du caribou. La prédation demeure le principal facteur de mortalité du troupeau.

Une des principales mesures recommandées par les chercheurs est d’abaisser, de 12,7 % à 9 %, la superficie des coupes de forestières de moins de 20 ans dans un rayon de 90 km autour du parc. Plus on descend sous les 9 %, plus on a une chance d’aider les caribous. Il faut drastiquement changer l’ampleur du prélèvement forestier qui est fait dans la péninsule gaspésienne , commente Martin-Hugues Saint-Laurent.

Des zones forestières ont aussi été identifiées comme étant des lieux où l’arrêt des coupes forestières permettrait une plus grande connectivité entre les forêts fréquentées par le caribou.

Au fil des années, l’industrie forestière a peu à peu morcelé tout le territoire, ce qui a perturbé la mobilité du caribou. Les chercheurs ont d’ailleurs noté que le petit troupeau de 20 caribous qui fréquente les monts McGariggle est de plus en plus isolé génétiquement du reste de la harde.

Une carte montrant l'évolution du couvert forestier dans le secteur du parc national de la Gaspésie et de l'habitat légal du caribou.

Depuis 1989, les résineux matures cèdent place aux jeunes forêts de feuillus.

Photo : Mathieu Boudreau/UQAR

Le nouveau plan d’aménagement forestier prendra en considération ce morcellement. À terme, le plan pourrait inclure des secteurs forestiers où il n’y aura plus d’activités de récolte, souligne Paul Saint-Laurent. Ce plan intégrera aussi une nouvelle gestion des chemins forestiers, ciblés par les chercheurs comme des voies d’accès pour les prédateurs.

Atténuation des effets

Le ministère travaille donc à atténuer, sinon à annuler, les conséquences que pourraient avoir certaines mesures de protection sur l’industrie forestière. Si on ne trouve pas un équilibre et que les gens ne se retrouvent pas dans cet équilibre. On n’aura pas de solutions gagnantes pour le caribou , estime Paul Saint-Laurent pour qui les mesures de protection doivent faire l’objet d’une acceptabilité sociale.

Martin-Hugues Saint-Laurent convient qu’il est important de fédérer la population autour de la survie du troupeau de caribou. Il émet toutefois des réserves. Je suis un petit peu inquiet par rapport à la mesure de compromis, conciliation, concertation qu’on veut aborder. Je sais que c’est nécessaire, mais j’ai peur qu’on arrive avec une solution un peu trop diluée et qui a peu de chances de fonctionner. 

Le chercheur est bien conscient que l’aspect économique est un des principaux freins aux mesures qui viendraient protéger de façon pérenne le troupeau. Le report du plan de rétablissement qui devait être livré, relève-t-il, est aussi rattaché au fait qu’on doit documenter davantage les impacts socioéconomiques que ça aura. Néanmoins, on a une espèce qui est en danger et on est tenu légalement de mettre des mesures pour changer cette situation.

Moratoire

D’ici la révision du plan d’aménagement forestier, le ministère décrète un moratoire sur certaines zones hors du parc de la Gaspésie où la coupe forestière et la construction de chemin forestier seront interdites. Pour deux ans, on ne peut plus récolter dans ces zones qu’on a déposées aux industriels forestiers , indique M. Saint-Laurent.

Le ministère utilisera ce délai pour produire le nouveau plan d’aménagement forestier de la zone. À court terme, les mesures de restriction des coupes forestières n’auront pas de conséquence sur les usines de sciage, ajoute M. Saint-Laurent.

Paul Saint-Laurent estime que le plan d’action, déposé mercredi, est une première étape qui ouvre la voie pour une meilleure protection du troupeau de caribou.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Faune et flore