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Le mur de toutes les discordes

Le reportage de Christian Latreille
Christian Latreille

Le projet du président Trump de terminer la construction du mur le long de la frontière avec le Mexique bouleverse la vie de milliers d'Américains vivant près du fleuve Rio Grande, la ligne de démarcation entre les deux pays.

Plusieurs risquent l’éviction, certains de voir s’ériger un mur dans leur cour arrière, tandis que d’autres vivent déjà, depuis des années, avec cette immense structure imposée près de leur maison.

La colère, l’impuissance et la résignation sont des états d’âme que l’on constate souvent chez les gens qui demeurent près de la frontière.

C’est le cas de Nayda Alvarez, qui réside sur la terre familiale dans le sud du Texas, à Rio Grande City, depuis 40 ans. Quand elle a su que Donald Trump allait survoler la région, il y a quelques semaines, elle a écrit « Pas de mur à la frontière » sur le toit de sa maison. Un message sans équivoque.

Nayda Alvarez vit le long du fleuve Rio Grande, à Rio Grande City, au sud du Texas. Le message sur son toit, « No border wall », marque son opposition à la construction d’un mur dans sa cour. Nayda Alvarez vit le long du fleuve Rio Grande, à Rio Grande City, au sud du Texas. Le message sur son toit, « No border wall », marque son opposition à la construction d’un mur dans sa cour. Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Le mur va passer à environ trois mètres de ma résidence, selon les avis du gouvernement fédéral que je viens de recevoir. Ils vont probablement démolir ma maison.

Nayda Alvarez

Cette femme d’origine latino-américaine nous amène près du Rio Grande, un endroit où la famille se réunit souvent. Un coin de paradis auquel elle est très attachée. Elle craint qu’on lui arrache sa terre.

« Dites-moi où est la crise? » s’interroge Nayda Alvarez, faisant référence à l’urgence nationale déclarée par Donald Trump, la semaine dernière.

Tout ce que l’on voit ici, ce sont des poissons sauter dans l’eau. C’est toujours tranquille ici. Je n’ai jamais rencontré de migrants clandestins tentant de traverser mon terrain. Le président Trump a fabriqué une crise en mentant aux gens.

Nayda Alvarez

Un peu plus à l’est du Texas, à El Calaboz, Eloisa Tamez, 82 ans, nous montre le mur haut d’environ 6 mètres qui la sépare de la moitié de sa terre. Cette femme s’est battue de toutes ses forces pour empêcher l’administration Obama de bâtir une muraille qui coupe son terrain en deux.

Elle a obtenu le droit d’accéder à l’autre côté du mur. « Lorsque je traverse, nous dit Eloiza Tamez, je me sens dans un no man’s land, j’ai l’impression d’être restreinte, voire incarcérée. »

Elle fut la première à lutter pour ses droits en 2006 quand le Congrès a adopté le Secure Fence Act de l’administration Bush.

Eloisa Tamez met pied dans le « no man’s land », la zone prise entre le mur et le Mexique. Elle y accède par une immense porte de métal coulissante dont l’ouverture est contrôlée électroniquement avec un code que la garde frontière lui a remis. Eloisa Tamez met pied dans le « no man’s land », la zone prise entre le mur et le Mexique. Elle y accède par une immense porte de métal coulissante dont l’ouverture est contrôlée électroniquement avec un code que la garde frontière lui a remis. Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Mais elle en veut particulièrement au président Obama qui a autorisé la construction de cette section du mur qui a changé sa vie.

Il [Obama] a non seulement permis d’ériger le mur sur mon terrain, mais il a saisi encore plus de terre que prévu. Obama aurait pu arrêter tout ça. Il dit aujourd’hui qu’il est contre le mur, alors pourquoi n’a-t-il pas tout stoppé à l’époque? Pourquoi, c’est la question que l’on se pose?

Eloisa Tamez, résidente d'El Calaboz, l’est du Texas

Pour l’instant, le président Trump veut compléter la construction de cette barrière de métal entamée par ses prédécesseurs. Il en a fait une promesse électorale. Il a même déclaré l’urgence nationale pour s’octroyer les fonds nécessaires. Sur les 3200 kilomètres de frontière avec le Mexique, 1100 kilomètres de mur ont été installés jusqu’à présent.

Nayda Alvarez a reçu des lettres du gouvernement américain lui demandant l’accès à sa terre pour débuter des travaux qui pourraient mener à son expropriation et à la construction d’un mur dans sa cour.  
Nayda Alvarez a reçu des lettres du gouvernement américain lui demandant l’accès à sa terre pour débuter des travaux qui pourraient mener à son expropriation et à la construction d’un mur dans sa cour. Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Nayda Alvarez veut aussi se battre jusqu’au bout pour éviter de voir passer un mur dans sa cour arrière. Elle sait également que ses chances de gagner contre le puissant gouvernement fédéral américain sont très minces.

Tout ce qu’elle peut espérer, c’est une compensation financière. « Ce mur va détruire ma culture, mon héritage, ma façon de vivre et même ma maison, déplore Nayda. Je n’ai nulle part d’autre où aller. »

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