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La Côte-Nord continue de perdre des résidents, mais fait des efforts pour renverser la tendance

Municipalité de Havre-Saint-Pierre sur la Côte-Nord
La municipalité de Havre-Saint-Pierre est situé dans la MRC de la Minganie. Dans cette MRC ce sont surtout des gens entre 25 et 44 ans qui ont déménagé à l'extérieur de la région. Photo: Radio-Canada
François Robert

La Côte-Nord a perdu presque 1 % de sa population entre le 1er juillet 2017 et le 1er juillet 2018 au profit d'autres régions du Québec. C'est ce que révèle une étude publiée mercredi par l'Institut de la statistique du Québec.

Toutes les MRC de la Côte-Nord ont connu une baisse de leur population, ce qui était aussi le cas lors des quatre années précédentes.

Le vieillissement de la population et la disponibilité des différents services sont parmi les principaux facteurs qui expliquent la perte de population dans les régions éloignées comme la Côte-Nord, estime Marco Alberio, professeur en développement social et territorial à l’Université du Québec à Rimouski.

La diminution des services et de la population vont souvent de pair en région, selon lui.

C’est sûr que le maintien des services est difficile quand la population baisse et plus on perd des services plus on va perdre de la population, remarque Marco Alberio. En fait, c’est toutes les sortes de services. On parle des écoles, c’est un fait que les écoles dans les villages ont beaucoup fermé dans les dernières années. Quand elles résistent, ces écoles, elles ont aussi quelques difficultés.

École Père Duclos à Franquelin.L'école Père Duclos à Franquelin est parmi les écoles que la Commission scolaire de l'Estuaire songe à fermer. Photo : Radio-Canada

Je ne dis pas que ces classes ne sont pas performantes, mais ce n’est pas évident de continuer l’offre de services éducatifs, ajoute Marco Alberio.

Ce titulaire de la Chaire de recherche du Canada en innovations sociales et développement des territoires insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas uniquement des services de base où la qualité et la quantité des services pèsent lourd dans le choix de rester ou non.

Le professeur porte un chandail de laine gris par-dessus une chemise grise.Marco Alberio, professeur en développement social et territorial à l’Université du Québec à Rimouski. Photo : Radio-Canada / Gracieuseté de Marco Alberio

On pense toujours aux besoins primaires donc la santé, l’éducation, la nourriture, mais [...] dans nos sociétés de plus en plus où l’épanouissement personnel est très important, les loisirs comptent aussi, souligne Marco Alberio. Donc, le fait d’avoir accès à une offre culturelle à une offre récréative est aussi important.

MRC de la Minganie

Le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël, se désole de voir partir des travailleurs dans la fleur de l’âge de sa MRC.

L'affiche devant les bureaux de la MRC de la Minganie.Les bureaux de la MRC de la Minganie. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Dans l’étude publiée par l'Institut de la statistique du Québec, on apprend que la MRC de la Minganie a perdu 44 résidents en un an.

De ce nombre, 35 étaient dans la tranche d’âge des 25 à 44 ans.

Luc Noël estime que la stabilité des revenus peut avoir joué pour certaines de ces familles.

On a une entreprise ici qui s’appelle Rio Tinto Fer et Titane qui opère à 31-32 semaines annuellement et je sais que leur banque d’opérateurs est quasiment à zéro parce qu’il y en a justement qui ont dû quitter la région parce que dans les tranches d’âge des 25-44 ans, dans ces cas-là s’ils travaillent juste 32 semaines par année et qu’ils ont des obligations pour 52 semaines, ça, c’est difficile, analyse Luc Noël.

Bureaux de Rio Tinto Fer et Titane à Havre-Saint-PierreLes bureaux de Rio Tinto Fer et Titane à Havre-Saint-Pierre Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Selon Luc Noël, la détérioration des soins de santé en Minganie n’aide pas la MRC à garder ses habitants et à en attirer de nouveaux.

Au niveau de la santé, on a aussi des problématiques de départ des médecins, souvent des jeunes femmes avec des enfants, des couples qui partent, note Luc Noël. Si on n’est pas capable de retrouver dans notre région des services pour la santé et bien on va aller les chercher ailleurs.

Luc Noël accorde une entrevue dans son bureau. Le préfet de la MRC de la Minganie, Luc Noël, dans son bureau. Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Souvent, les 25-44 ans partent avec les enfants, si leurs grands-parents sont de la région et bien les grands-parents, éventuellement, il y en a qui vont suivre. C’est un effet domino, poursuit Luc Noël.

Pour lui, il faudrait revenir au moins au niveau de qualité de services en santé qui existaient en Minganie avant la réforme du système de santé de l'ex-ministre Gaétan Barrette.

MRC de Sept-Rivières

Pour le maire de Sept-Îles et préfet de la MRC de Sept-Rivières, Réjean Porlier, il est important de travailler de concert et sur plusieurs fronts pour faire face à cette perte démographique.

Quand j’ai rencontré le ministre responsable de la région la dernière fois, c’était clair que, moi, ce que je souhaite, c’est qu’ensemble on mette sur pied une stratégie pour renverser la tendance démographique, indique Réjean Porlier.

Sur le long terme, on voit que la Côte-Nord depuis plusieurs années elle a perdu quand même pas mal de monde, pas mal trop.

Réjean Porlier, maire de Sept-Îles et préfet de la MRC de Sept-Rivières

Selon Réjean Porlier, on ne peut miser seulement sur les gros projets reliés aux ressources naturelles même s’il y a eu quelques signes encourageants de ce côté dernièrement.

Le maire de Sept-Îles croit qu’il faut continuer d’agir pour rendre plus de logements à prix abordables disponibles. Il faut qu’une personne si jamais elle perd son emploi un moment donné qu’elle soit en mesure de rester à un coût raisonnable, croit Réjean Porlier.

Réjean Porlier, maire de Sept-ÎlesRéjean Porlier, maire de Sept-Îles Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine

La région aurait besoin de davantage de programmes de formation postsecondaire, selon le préfet de la MRC de Sept-Rivières.

Plusieurs jeunes qui vont étudier à l’extérieur de la région ne reviennent pas et souvent leurs parents vont ensuite les rejoindre après leur retraite pour voir davantage leurs petits-enfants, remarque Réjean Porlier.

Le pavillon universitaire Alouette au Cégep de Sept-ÎlesLe pavillon universitaire Alouette au Cégep de Sept-Îles Photo : Radio-Canada

Le renversement de tendance démographique passe aussi par des efforts pour attirer des nouvelles personnes dans la région.

Hélène Lejeune qui s’occupe des services aux immigrants au Centre Alpha Lira travaille de concert notamment avec Développement économique Sept-Îles et la MRC de Sept-Rivières pour faire du recrutement.

Avec sa vis-à-vis de la MRC de Manicouagan, elles se rendent au Salon de l’immigration et à la Foire nationale de l’emploi pour tenter de dénicher des candidats pour les entreprises de la Côte-Nord.

On est contact constant avec les employeurs pour essayer de faire un maillage entre les candidats rencontrés et les besoins ici des employeurs, note Hélène Lejeune. Aussi, toute l’année, on est en contact avec des organismes de régionalisation de l’immigration à Montréal et qui, eux, ont un bassin d’immigrants qui sont intéressés à quitter et on essaye de faire des ponts.

MRC de Manicouagan

Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, estime que sa ville doit pleinement jouer son rôle de ville centre pour améliorer les statistiques démographiques de la MRC Manicouagan.

Entre le 1er juillet 2017 et le 1er juillet 2018, la MRC Manicouagan a perdu 369 personnes, ce qui représente 1,22 % de sa population.

On a adopté un plan stratégique avec clairement une vision que l’on veut être un modèle d’attraction de nouveaux citoyens, fait valoir Yves Montigny. Il y a 420 postes actuellement de disponibles à Baie-Comeau en plus des emplois que l’on va créer par les différents projets que l’on travaille.

Le maire de Baie-Comeau, Yves MontignyLe maire de Baie-Comeau, Yves Montigny Photo : Radio-Canada / Benoît Jobin

On voit la construction de Mason Graphite qui s’approche, après il y a Métaux Canadiens et puis il y a d’autres projets que l’on travaille, ce qui fait que l’on parle de la création d’au moins 500 emplois dans la région de Baie-Comeau, estime Yves Montigny. Alors clairement, on va manquer de main-d’œuvre.

Sur un camion remorque, un énorme cylindre sur lequel on voit le nom de la compagnie Mason Graphite.Un des derniers broyeurs de la compagnie Mason Graphite arrivé à Baie-Comeau Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Il est important de bien faire valoir les atouts de la Côte-Nord, selon lui, pour inciter des travailleurs des autres régions et des immigrants à venir s’installer sur la Côte-Nord.

Vous savez que, sur la Côte-Nord, on est réputés pour avoir des salaires beaucoup plus élevés qu’ailleurs au Québec, insiste Yves Montigny. D’autant plus que nos maisons, actuellement, ont perdu de la valeur donc elles sont peu chères et très attractives. On peut avoir à Baie-Comeau une maison pour 120 000 $ qui vaudrait au moins 200 000 $ même 300 000 $ dans des régions urbaines.

L’ensemble des statistiques dévoilées aujourd’hui par l’Institut de la statistique du Québec peuvent être consultés sur son site (Nouvelle fenêtre).

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