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  • Archives
  • Il y a 65 ans, Maurice Duplessis jonglait avec l’impôt sur le revenu

    Carrefour (audio), 5 octobre 1954
    Radio-Canada

    Le 24 février 1954, le gouvernement de Maurice Duplessis instaure l'impôt provincial sur le revenu. Les contribuables québécois deviennent les seuls au pays à cumuler deux niveaux d'imposition. S'ensuivent des discussions avec le fédéral pour repenser la répartition des revenus. Nos archives témoignent des balbutiements de la péréquation.

    Dans cette archive d’exception datée du 10 octobre 1954, le premier ministre du Québec Maurice Duplessis sort d’une rencontre avec le premier ministre du Canada Louis St-Laurent.

    Le ton familier et plaisantin qu’il emprunte pour s’adresser aux journalistes qui l’assaillent de questions a de quoi étonner.

    « Bonjour le p’tit Vincent, ça va bien? » salue le premier ministre Duplessis.

    Le journaliste René Lévesque couvre la nouvelle pour l’émission radio Carrefour.

    « Est-ce qu'on pourrait avoir l'essentiel? » demande-t-il à travers ce branle-bas de combat.

    Maurice Duplessis affirme qu’il a eu une réunion particulièrement amicale avec le premier ministre du Canada. Les deux hommes ont pu discuter des moyens de concilier leurs différents points de vue sur l’harmonisation des impôts.

    « Est-ce qu'on peut s'attendre à une autre entrevue? » demande un journaliste, avide d’obtenir davantage de détails. « Une autre entrevue? Comment ça? Vous n’en avez pas une? » badine le premier ministre Maurice Duplessis.

    Le premier ministre du Québec se défend de ne pouvoir faire d’annonce avant d’avoir informé son Cabinet.

    Mais l’on se doute bien que la rencontre n’a pas mené à des mesures concrètes.

    « C'est parce qu'on a hâte de payer le même total que tous les autres, comprenez-vous? » l’interpelle le journaliste René Lévesque. « Vous n’êtes pas contents des écoles, des hôpitaux? » lui répond du tac au tac le premier ministre Maurice Duplessis.

    Et sur un dernier éclat de rire, la serviette et le chapeau à la main, le paletot brun joyeusement déboutonné, monsieur Duplessis s'en va en refusant, avec un sourire, de se laisser photographier avec son hôte de ce matin. Et on s’aperçoit tout à coup qu'on n’en sait guère plus qu'avant.

    Le journaliste René Lévesque
    Louis St-Laurent, premier ministre du Canada, à l'écoute lors du Congrès de la Corporationdes agronomes de la province de Québec en 1951.Le premier ministre du Canada Louis St-Laurent Photo : Radio-Canada / Henri Paul

    Son hôte, le premier ministre du Canada Louis St-Laurent, n’en dévoilera pas beaucoup plus.

    « Nous avons discuté très franchement et très cordialement des problèmes qui sont la responsabilité respective de chacun de nous », déclare le premier ministre du Canada. « Je crois que nous avons constaté tous les deux que nous voulions faire notre possible pour l'avancement des intérêts des Canadiens avec la formule de Constitution que nos pairs ont donnée au pays. »

    À travers ces mots opaques, le journaliste René Lévesque remarque tout de même que la déclaration livrée par la suite en anglais est quelque peu différente.

    Aux journalistes anglophones, le premier ministre Louis St-Laurent laisse entendre que le Québec n’aura pas de traitement spécial et que les autres provinces devront être consultées.

    René Lévesque tire la conclusion que si cette rencontre a brisé la glace, les Québécois sont bien loin de la coupe aux lèvres.

    L'espoir est dans le cœur de tous les optimistes et je crois que la plupart des gens de la province de Québec sont des optimistes!

    Le premier ministre du Canada Louis St-Laurent
    Nouvelles, 28 février 1956

    Il faudra effectivement quelques réunions et une conférence fédérale-provinciale pour en arriver à une entente sur le partage des impôts.

    Deux ans plus tard, dans cet exposé du 28 février 1956, le journaliste Jean-Louis Gagnon explique le scénario qui a été accepté par le premier ministre Maurice Duplessis.

    « Le plan C », tel que le nomme le journaliste, est un système de redistribution plus démocratique du produit des impôts par le gouvernement fédéral.

    Ainsi naît la péréquation, à laquelle s’ajoute une entière liberté pour les provinces de taxer leurs contribuables.

    Le problème n’est plus « d’ordre constitutionnel », conclut le journaliste Jean-Louis Gagnon en 1956. « Il se situe au niveau administratif. »

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